Les lecteurs de Bibliosurf ont lu !
- 27 août
Un roman estonien/ Katrina Kalda
L’Estonie est à la mode en cette rentrée littéraire. Beaucoup avec Purge, le livre phénomène de Sofi Oksanen, un peu avec le premier roman de Katrina Kalda, née à Tallinn, mais qui a grandi en France et écrit dans notre langue. Néanmoins, son livre s’intitule Un roman estonien et ses péripéties s’articulent autour de l’indépendance des années 90, un peu avant, un peu après. C’est d’ailleurs un ouvrage assez fuyant, qui décrit une contrée comme fantasmée, ce si petit pays du nord de l’Europe, dont Katrina Kalda aime à rappeler, quasiment à chaque page, combien son climat est rude et angoissant. L’histoire est singulière, puisqu’elle est racontée par le pseudo héros de fiction d’un roman-feuilleton qui prend la plume pour évoquer son créateur, et comment sa vie réelle influe sur la fiction qu’il écrit. C’est un peu l’effet Vache qui rit, qui ne fonctionne qu’à moitié, on ne sait trop pourquoi, peut-être parce qu’il manque un peu de chair à ce roman, à l’écriture trop propre et qui cavale comme un cosaque à la poursuite du temps perdu, sans suffisamment le prendre (son temps).
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tulisquoi - 23 août
Le dernier mot/ Gisèle Fournier

Des mots jetés sur le papier, à la va vite ; des bouts de vies morcelés ; des fragments de pensées. Pour essayer de contrôler cette folie qui l’a gagne, pour la tenir à distance, la narratrice couche sur le papier son mal-être. Tantôt en mono syllabe lorsque tout va mal, tantôt en spectatrice de sa vie pour essayer de comprendre. Alors dans ces moments-là, elle essaye de démêler les fils. De savoir à quand tout a commencé à déraper : après son passage dans cette petite ville de Naples ? A la naissance de sa fille peut-être ? Ou même, ce jour où son mari lui a menti ?

Le dernier mot, c’est celui qu’a laissé la narratrice dans ses carnets. Un dernier mot interrompu, dont on ne connaitra que les premières lettres « fag ». Et c’est à partir de ces carnets et de ce dernier mot que sa fille va tenter d’amener un éclairage sur cette mère. Elle va retracer petit à petit la vie de celle qui l’a portée. Retracer le chemin de la folie pour essayer de comprendre et surtout, surtout briser ce cycle de folie qui se transmet de mère en fille.

Un roman en miroir où la fille donne la réplique à une mère déjà disparue, donnant d’autant plus l’impression de la difficulté à communiquer entre ces personnes. Sur l’héritage aussi, celui qu’on porte dans les non-dits, dans les silences. Un livre intéressant, mais où j’ai eu l’impression que la précision clinique, mise en avant dans la quatrième de couverture, nous laissait en surface, comme en retrait, ne me permettant pas de partager réellement cette histoire avec ses personnages.


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La Ruelle bleue - 20 août
L’éternité n’est pas si longue/ Fanny Chiarello

Nora est une jeune trentenaire, vive et drolatique, à la limite de l’excentricité. Son monde intérieur est foisonnant, débridé, toujours en ébullition.

Ses pensées tournent, virevoltent, se posent, s’emballent comme d’éphémères papillons butineurs ; les questions fusent, ralentissent le rythme des idées avant de relancer l’esprit sur mille et une nouvelles pistes d’explorations intellectuelles, de spéculations hasardeuses, d’hypothèses saugrenues, de lubies décalées.

De caractère assez fantasque et de tempérament hypersensible, Nora se perd souvent dans les méandres instables de ses humeurs. Il faut dire qu’elle a vécu un traumatisme récent : le coma dont elle a été la victime a modifié sa perception de la vie et son rapport à la mort. Elle a certes gagné en froide lucidité mais aussi en vulnérabilité, sentiment angoissant qu’elle tente de compenser par une attitude cynique.

"La plupart des gens qui m’entourent me considèrent comme une miraculée mais depuis mon coma, il y a pourtant presque deux ans maintenant, seule la quête d’une vérité supérieure est capable de m’enthousiasmer…"

L’apparition d’une pandémie mortelle de variole et sa cuisante rupture amoureuse, provoquée par une de ses élucubrations aussi drolatiques que spirituelles, accentuent encore son malaise. Nora, bien qu’entourée de sa petite bande d’amis fidèles et dévoués, se coupe de plus en plus de la société, s’invente un monde imaginaire, se replie sur elle et ses angoisses.

"Moi, je ne peux rien entreprendre en sachant que je vais bientôt partir, j’attends près de la porte avec mon manteau sur le dos et mon sac entre les mains. Certains de mes amis me plaignent de ne savoir jouir de rien en cette vie, et ils ont raison. Mais mon gouffre existentiel me définit désormais tellement que je ne peux même plus m’imaginer sans lui. Que resterait-il de moi ?"

Engluée dans un complexe d’infériorité, atteinte douloureusement par l’inexorable vanité de l’existence et son caractère parasitaire, paralysée à l’idée de la mort, Nora échafaude des justifications intellectuelles souvent pleines d’humour et de dérision mais qui la condamnent à ressasser ses frustrations.

"Quand on a tendance à se sentir inutile, on devrait au moins s’épargner de devenir encombrant".

"...quand elle rit, je suis aussi fière que quand mon psy prend des notes".

La faille psychique de la jeune femme, alimentée et amplifiée par son intelligence aigüe et sa sensibilité exacerbée, se mue en une sévère pathologie psychologique. La frontière entre le réel et l’imaginaire devient trouble, ses rapports aux autres se compliquent et se tendent, son insatisfaction intérieure s’exprime par des réactions violentes et inadaptées.

Nora et son caractère passionné et excessif, ses faiblesses et démons ; Nora et ses épiphanies lumineuses, ses traits d’humour jubilatoires ; Nora et son étrangeté au monde, son insatiabilité à vivre…

L’auteure a su construire un personnage très attachant et émouvant dans un style enlevé et vif même s’il souffre parfois d’un manque de spontanéité et de simplicité. La description des états d’âmes dépressifs est éclairée et juste, surtout quand elle servie par des phrases percutantes dont la sobriété fait gagner en efficacité. Certains lecteurs auront l’écho clair et fulgurant d’émois déjà ressentis, d’autres approcheront la vérité de cette indisposition de l’âme d’un peu plus près, en finesse, sans sombrer dans le pathos ni subir une écriture plombante. Une jolie réussite pour une auteure si jeune encore…


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