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Heureuse initiative que celle des éditions Plon de rééditer l’un des romans composant la série « Les Compagnons du destin » d’André Héléna. André Helena, un auteur peu ou mal connu, redécouvert cycliquement par des maisons d’édition qui ne mènent pas jusqu’au bout leur entreprise : 10/18, Fanval, et autres. Mais rééditer son œuvre, même partiellement, n’est que justice. Des romans qui malgré un petit air désuet n’ont pas pris une ride. Paradoxal ? Non. Ceux qui n’ont pas connu ces endroits chauds que sont Pigalle, Barbès, La Goutte d’Or, n’ont pas connu Paris à la fin de la guerre, n’ont pas connu ces bouges avec les comptoirs en zinc, et la sciure sur le sol, ne peuvent pas se rendre compte de la force d’évocation des écrits d’Héléna. Si les mauvais garçons et les filles écument encore les trottoirs entre l’avenue de Clichy et Barbès, les lumières, les musiques, les devantures accrocheuses ne sont plus les mêmes et c’est le Paris d’aujourd’hui qui semble superficiel. Les romans d’Héléna n’ont pas pris une ride car son écriture possède toujours cette force d’évocation, ce mélange acidulé de langue française et d’argot que l’on retrouve chez les grands anciens comme Francis Carco. De même les histoires sont de tout temps. Cette mouise dans laquelle se débattent les acteurs des drames de la ville, cette déchéance dans laquelle ils sont aspirés comme dans des sables mouvants, cette misère qui s’accroche à leurs basques et avec laquelle ils s’habituent à vivre, tout cela existe encore. Les demi-sels qui veulent se prendre pour des caïds ou qui sont jugés à tort comme tels, des victimes de la société, des autres, d’eux-mêmes ou du hasard qui complique toujours la vie. Ce roman d’Héléna retrouve une nouvelle jeunesse, et ce n’est que justice. Mais une fois de plus l’auteur, comme bien d’autres, ne jouira pas de ce regain d’intérêt porté à son œuvre car il est décédé en 1972. Restent ses compagnons de route, ses admirateurs, ses condisciples qui rendent hommage ici ou là à un romancier trop tôt disparu, dans l’indifférence générale et qui n’eut jamais de chance auprès des éditeurs ou alors trop tard. Sans oublier qu’il fut spolié, réédité sous des noms d’emprunts pseudo-américains, ou obligé d’écrire à la va-vite chez des éditeurs plus ou moins véreux afin de gagner la pitance quotidienne. Et ceux qui aiment chiner dans les vide-greniers tenteront de retrouver ses romans parus dans la collection La Chouette sous le pseudonyme de Noël Vexin qui pour certains critiques sont des ouvrages mineurs, mais pour les nostalgiques des romans populaires des ouvrages dignes de figurer sur les étagères des bibliothèques populaires.
Voir en ligne : Mystère Jazz
« Mais par chance, le célèbre Raoul Signoret, le chevalier Bayard du journalisme marseillais, pourfendeur d’injustice, pulvérisateur d’assassins impunis, terreur des criminels et des voyous, va fourrer son nez dans les secrets de l’affaire Natanson et nous rapporter, non seulement les preuves de notre impéritie, mais la solution de l’énigme qui n’est qu’un jeu d’enfant pour son esprit fulgurant ». Ainsi s’exclame Eugène Baruteau, le chef de la police phocéenne, au cours d’un repas qui réunit sa petite famille dont son neveu unique et préféré Raoul Signoret du journal Le Petit Provençal. Il est vrai que Raoul, journaliste couvrant les affaires criminelles et judiciaires n’a pas son pareil pour mettre son nez dans des affaires délicates. Et pour une fois, il n’est pas allé quérir une nouvelle aventure, c’est l’aventure qui vient à lui sous la forme d’un jeune homme qui l’aborde à la sortie de la représentation d’un opéra de Berlioz. Se décrivant comme artiste peintre et écrivain, Guillaume Natanson, âgé de dix-neuf ans, a rompu avec sa famille. Son père a été assassiné dix ans auparavant, et sa mère s’est remariée, le délai de viduité expiré, avec Jacques Bernès le meilleur ami de son géniteur. Mais l’affaire est plus complexe qu’il y parait et c’est peut-être pour cela que Raoul Signoret s’y intéresse. Hélène de Cazalis, la mère de Guillaume, s’était retrouvée enceinte alors qu’elle avait à peine seize ans, bien que fréquentant l’honorable institution des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Or une famille de notables ne peut accepter un tel accroc dans leur respectabilité et un mariage fut arrangé avec Louis Natanson, dont l’avenir comme avocat d’affaires était bien engagé. Louis Natanson avait été contacté par un certain Harry Brougham afin de déterminer les possibilités de l’ouverture d’une ligne de Steamers vers la mer Noire. Son cadavre avait été découvert dans un petit pied-à-terre qu’il louait sous une fausse identité près d’Allauch sur les indications épistolaires d’un nommé Harry Brighton qui écrit que Natanson avec lequel il devait parler des modalités de cette entreprise s’était tué accidentellement avec une arme qu’il manipulait. Les recherches effectuées ont conclu à la non existence officielle de ces deux hommes, Brougham et Brighton, et qu’il s’agirait d’un inconnu agissant sous des identités diverses et grimé pour l’occasion. Jacques Bernès durant le mariage fréquentait assidument la belle Hélène attisant le courroux non affiché, toujours le respect des convenances, de Natanson. Guillaume est persuadé que Bernès est, sinon l’auteur d’un meurtre, du moins le commanditaire, à seule fin de pouvoir s’unir à Hélène. Eugène Baruteau et le juge Massot, aujourd’hui en retraite mais qui avait instruit l’affaire à l’époque, possèdent quelques documents dont Raoul prend connaissance avec étonnement. Et malgré son travail de reporter judiciaire, il doit se rendre quotidiennement à Toulon couvrir le procès Ullmo, un officier militaire français accusé traitrise, il s’implique plus qu’il l’aurait cru. Raoul Signoret enquête donc afin de démêler le vrai du faux et le faux du vrai, et les rebondissements, fausses trappes, impasses ne manquent pas dans ce labyrinthe qui devrait déboucher sur la vérité, celle qu’aimerait voir afficher Guillaume : le forfait de Bernès envers son père.
Heureusement Cécile, la belle et douce épouse de Raoul Signoret, qui est infirmière de son état, n’a pas son esprit encombré par toutes ces complications et c’est un peu grâce à elle que Raoul pourra dénouer cette affaire. Malheureusement l’épilogue, qui pourtant se tient autour d’une bonne table chargée de mets typiquement marseillais, nous laisse quelque peu sur notre faim, car le lecteur n’en a jamais assez. Jean Contrucci parsème son roman comme souvent, coïncidence ou pas, par des faits qui étrangement rejoignent les préoccupations d’aujourd’hui. Ainsi en cette début d’année 1908, Eugène Baruteau, le chef de la police marseillaise, est fort remonté contre ses supérieurs et plus particulièrement Clémenceau qui travaille sur le projet de constitution de brigades mobiles qui seront plus connues sous le nom de Brigades du Tigre. Et bien entendu Baruteau vitupère sur le travailler plus avec moins d’effectifs, les chiffres recensés par le ministère n’étant pas en adéquation avec ceux affectés sur le terrain. Une guerre des chiffres qui existent toujours et pendant ce temps on berne le petit peuple qui croit la voix de son maître, même si celui-ci l’ouvre pour ne rien dire ou se gargarise de déclarations intempestives et déplacées.
Voir en ligne : Mystère Jazz
Une nouvelle histoire de serial killer… en séries.
Alors, on prend les mêmes, et on recommence :
soit, un homme célibataire à l’Oedipe un rien dérangé par une mère étouffante et sans pudeur,
soit, un monde intérieur un rien mégalo et parano, foisonnant et luxuriant,
soit, une libido perverse et compulsive avec une aversion pour l’homosexualité et un Ça complètement débridé,
soit, un complexe d’infériorité compensé par une envie de pouvoir et de domination, notamment sur les femmes,
soit, un Surmoi abondamment humilié dans l’enfance incitant à violenter les plus faibles, à commencer par les animaux (sauf les plus dénués d’empathie, comme Jéhovah et Cornichon, paix à leurs âmes).
Jusque-là, le lecteur est en terrain connu.
Ajoutons à cela que l’homme est un simulateur : Joe-le-Boucher dans la vie privée se transforme en Joe-le-Lent dans la vie publique. A son travail, qu’il trouve dégradant mais qui lui permet à la fois de couvrir ses agissements et ses arrières, Joe à un QI de 70 environ, dans ses meilleurs jours. Le gentil benêt, quoi, avec sa serpillière et son seau, il en est même attendrissant…
Mais dès qu’il vaque à ses occupations personnelles, cet employé modèle se transforme en un « nettoyeur » machiavélique et rusé, aux stratégies élaborées et aux déductions inspirées. Epris de justice, il traque l’imposteur, le traître, le copieur qui a osé lui imputer un crime qu’il n’a pas commis.
A ce stade, le personnage s’affine. Après tout, c’est original de nous présenter un psychopathe sous son aspect infantile et irresponsable. La distance qu’il prend avec ses victimes nous empêche de nous apitoyer sur leur sort. Ses crimes ressemblent à des petits jeux inoffensifs, tout au plus un passage obligé d’infraction à l’interdit guidé par l’immaturité et quelques mauvaises pulsions mal canalisées. Un comportement bon enfant, un peu dérangé certes, mais somme toute, nous ne sommes pas loin de nous laisser aller à lui pincer la joue et lui remettre la frange en place.
Le lecteur commence donc à le trouver… sympathique, ma foi. Il est vrai que parfois, Joe pousse le bouchon un peu loin : par exemple, lorsqu’il utilise les instruments virils et tranchants de sa petite mallette ou lorsqu’il joue à Guillaume Tell avec un pauvre chat errant rescapé de la route….
Nous en sommes à la moitié du livre à peu près : et là, coup de théâtre. L’enfant est puni et sa correction est sévère ! Mes amis de la gent masculine vont sûrement en faire des cauchemars… je trouve pour ma part que la vengeance est plutôt drôle et que « Kill Melissa » a du cran et de la classe (mais c’est tout à fait personnel).
Dernier personnage complétant le tableau : Sally, la collègue. Joe la méprise un peu et considère à tort que c’est une attardée mentale amoureuse transie… Indifférent voire agacé par les marques de sympathie qu’elle ne cesse de lui montrer, Joe ne se méfie pas assez et surtout ne lui accorde pas l’attention qu’elle mérite. Sally deviendra alors la faille de Joe, celle qui fera tout basculer… Comme quoi, on a beau se croire hyper-intelligent, la condescendance est notre pire ennemi…
Cette petite plongée dans l’univers mental d’un détraqué de 9 ans d’âge affectif est plutôt burlesque et presque rafraîchissante… Allez-donc savoir pourquoi, mais on dirait presque une farce ! Même pas peur…
Voir en ligne : La Ruelle bleue
Une découverte avec Maurice Gouiran et son Train bleu, train noir, paru initialement en 2007 chez Jigal.
Le train bleu, c’est celui qui amène les supporters de l’Olympique de Marseille en 1993 vers Munich à l’occasion de la finale contre le Milan A.C. Un train empli de bruit, de rires, de gens joyeux, parfois lourds et vulgaires certes mais souvent plus bêtes que méchants. Un train de spectateurs de foot un peu gras et avinés quoi…
Le train noir, c’est celui qui, en 1943, a débarrassé Marseille et ses vieux quartiers des « éléments indésirables » qui faisaient la mauvaise réputation de la cité phocéenne et dont il fallait absolument, en ces temps de Révolution Nationale, la purger.
Si les voyageurs du train bleu savent où ils vont et pourquoi, ceux du train noir ne connaissent ni la destination, ni les raisons d’un voyage qui sera, pour beaucoup d’entre eux, leur dernier. Evidemment…
A bord du train bleu, trois hommes qui avaient aussi à l’époque emprunté, si l’on peut dire, le train noir et qui, en ce soir d’avant match, prennent la direction de l’Allemagne.
Il y a Robert, un octogénaire encore assez vert, un ancien docker, qui a vécu seul depuis son retour des camps de concentration ; sa femme et sa fille n’ayant pas eu la même « chance » que lui.
Il y a Michel, dit le Blond, qui n’était encore qu’un môme à l’époque et que Robert a réussi à faire échapper au sort terrible réservé à tout Juif embarqué vers l’Est. Ce sont ses parents qui n’ont pas réussi à échapper à la Shoah.
Enfin, il y a Georges, ou Jo pour les intimes. Si ce dernier est parvenu à éviter les rafles qu’une police française décidément bien zélée envers l’occupant a opéré, ses parents, qui l’avaient caché dans une armoire, n’ont pu partager sa fuite. Il n’est pas utile de dire ce qu’il est advenu d’eux…
Ces trois hommes, approchant la soixantaine pour le plus jeune, sont pourtant différents de caractère, de culture, de statut social ou de centres d’intérêts.
Robert n’a jamais réussi à faire vraiment le deuil (mais le peut-on vraiment ?) : il a passé son temps à séduire, à boire et à parler haut…
Miche s’est construit une petite vie étriquée, banale, pas forcément désagréable mais dénuée de toute passion, de toute flamme. Le tout en pleine conscience.
Seul Jo paraît être l’Humain le plus accompli. Riche, comblé et finalement plutôt heureux.
Ce qui les lie, c’est le souvenir, la tragédie et, surtout, en ce mois de mai 93, non pas un match de football qui amènera l’équipe de Tapie sur les toits de l’Europe, mais plutôt la vengeance qu’il s’apprête à aller accomplir à Munich, lieu hautement symbolique de l’horreur nazie. Une vengeance que l’Esquinade, un quatrième protagoniste de 1943, se refuse à perpétrer : il est trop tard et cela ne changerait rien.
Récit polyphonique – chacun des quatre personnages se chargeant de la narration alternativement – et ancré dans deux temps différents, Train bleu, train noir tient non seulement du polar en ce qu’il évoque la préparation d’une vengeance à retardement mais aussi du roman à caractère historique. En prenant ces parti pris narratifs et génériques, Gouiran se donne la possibilité de développer de manière relativement exhaustive son propos. A côté d’un joli tableau de personnages meurtris, il parvient à lever une grande partie d’un voile recouvrant un épisode lamentable de l’Histoire de Marseille. En effet, et sur ce dernier point, non seulement il dénonce la collaboration des autorités françaises avec l’occupant et pointe leur responsabilité (chose que l’on savait déjà mais qu’il est toujours, en tout cas à mes yeux, important de souligner) mais met à jour les véritables motivations de la destruction des vieux quartiers marseillais. Derrière l’idéologie fascisante, les promoteurs et autres capitaines d’industrie ne semblent jamais bien loin…
L’ensemble se lit donc avec intérêt, empathie pour ces victimes et, si Gouiran ne verse jamais dans le misérabilisme larmoyant, l’émotion n’est jamais absente de ses mots. Un exercice relativement ardu car, les exemples sont nombreux, il est tellement facile de faire pleurer avec un tel thème. Au lieu des larmes, l’auteur nous tire plutôt des sentiments de colère et de mépris pour ceux qui se montrèrent coupables et responsables de l’innommable.
Mais comme nous sommes ici dans du polar, à caractère populaire certes mais dans le bon sens du terme, l’écrivain sudiste nous réserve quelques rebondissements et une sacrée surprise pour clore son roman. Si on se montre réservé sur la manière dont cette dernière est amenée, notamment parce qu’elle nous est apparue arriver un peu trop rapidement, on ne peut pas nier qu’elle ajoute un intérêt pour un récit qui n’en manquait déjà pas.
Evidemment, on pourrait disserter sur quelques expressions trop régionales pour être honnêtes, discuter de la cohérence de deux chapitres qui ne nous paraissent pas crédibles (Qui est le narrateur des scènes de Sobibor ?), relever certaines incohérences, comme ce dialogue où l’un des personnages cite des documents écrits par coeur au bout de cinquante ans, ou encore pointer une certaine facture classique de ce roman.
Cependant, et parce qu’on est bien disposé, on préférera vanter les mérites d’un beau roman humain qui ne révolutionne pas le genre mais qui se révèle plaisant, intelligent et instructif sans didactisme.
Sachons donc apprécier certains moments de lecture pour ce qu’ils sont.
Les lectures « rentre-dedans », ce sera pour très bientôt. Promis, surtout après le roman que je viens de terminer.
On soulignera, pour finir, le travail assez remarquable d’un éditeur comme Jigal qui, s’il se propose de traiter à la fois du Sud et du polar, parvient assez remarquablement à s’installer dans le paysage éditorial.
Voir en ligne : train noir, train bleu
Adepte de romans noirs, c’est le premier livre que je lis de cet auteur et je dois dire que je n’ai pas du tout aimé. Je trouve le style assez lourd, souvent alambiqué et le suspens particulièrement mal mené. Au fond lorsqu’on a lu le résumé au dos cela ne laisse plus d’autres surprises importantes. On sait dès le début ce qui se passe dans les bas fonds, des expériences médicales, et on n’en apprend pas grand chose de plus. Les terreurs d’Anne Boher (papillons, évocation de Bélial etc.) restent peu exploitées. Quant à la fin elle donne l’impression d’avoir été trop rapidement expédiée. Pour ceux qui aiment les enquêtes policières bien menées, sachez qu’on est loin, très loin de la tempe de Stig Larsson ou Camilla Lackberg par exemple.
Folio Policier vient de rééditer Le Démon dans ma Peau de Jim Thompson à l’occasion de la sortie en salle de son adaptation par Winterbottom. On parlera de cette dernière dans un autre papier mais, avant cela, examinons ce qui fait, selon nous, les grandes caractéristiques du roman et quelle est sa place dans l’univers d’un de nos auteurs préférés. Du moins en ce qui concerne les Grands Anciens.
Lou Ford est un gentil garçon qui approche la trentaine. Né à Central City, Texas, il ne l’a jamais quittée et a embrassé la carrière d’adjoint au shérif. Lou est apprécié de tous, collègues, connaissances ou simples habitants de sa ville qui a poussé tel un champignon suite à la découverte du pétrole : enfant du pays, il est courtois, affable, malin mais aussi, il faut bien le dire, parfois un peu insupportable avec les fameux clichés qu’il sert à l’envie en guise de sentence philosophique. En fait, Lou s’amuse du regard que lui jette chacune des personnes à qui il assène ses maximes. Il est comme ça Lou : il joue tout en portant un regard distancié sur les choses et les gens. Fils d’un pharmacien défunt, Lou habite seul la grande et belle demeure familiale. En outre, il aime bien Lucille, une amie d’enfance qui apprécierait de lui passer la bague au doigt, mais, si les tourtereaux forniquent régulièrement, hors de question de montrer leur idylle au grand jour tant que le jeune homme refusera de passer à l’Eglise avec sa Belle. Lou n’est pas pressé, il repousserait bien d’ailleurs le plus possible l’échéance, tant Lucille se montre, malgré les quelques sentiments qu’il éprouve pour elle, un peu trop rigide sur certains points. Qu’importe…
Le shérif Maples qui connaît bien et apprécie le jeune Ford lui confie une délicate mission dont il est sûr qu’il s’acquittera parfaitement tant ce dernier sait faire preuve de tact et de psychologie : Une certaine Joyce accorde ses faveurs à de nombreux hommes de la région moyennant finance. Il faut lui faire comprendre qu’elle a intérêt à faire profil bas ou, autrement, les forces de l’ordre se verront dans l’obligation de la forcer à quitter la ville. On ne plaisante avec la morale qu’avec mesure à Central City !
Lou se rend donc chez Joyce et trouve une jeune femme à la beauté vénéneuse qui, loin de s’en laisser compter, se défend tout en giflant et frappant l’adjoint. Ce dernier répond : sa violence sous-jacente refait surface…
Entre les deux personnes s’engage alors une relation fondée sur une sexualité bestiale et le sado-masochisme. Mais pas uniquement car Joyce, comme Lou, échafaude un plan diabolique : délester le fils Conway d’une somme très conséquente afin de commencer une nouvelle vie. En effet, fils d’un riche et autoritaire industriel qui domine Central City tel un Commandeur, Elmer Conway est très amoureux de Joyce et est prêt à tout pour elle. Malheureusement, son père, qui couvre depuis toujours ses frasques, ne peut envisager une mésalliance avec une prostituée, une traînée. Il faut donc qu’elle quitte la ville. Qu’elle prenne les milliers de dollars que le notable lui offre et qu’elle parte.
Malheureusement pour elle, Joyce ne connaît ni les motivations secrètes, ni les desseins cachés de Lou qui a un compte à régler avec le vieux Conway qu’il sait responsable de la mort de son demi-frère. L’adjoint Ford voit ici une occasion rêvée de faire justice. Tant pis si Elmer et Joyce doivent être broyés. Et tant pis si d’autres devront l’être à l’avenir afin de préserver l’alibi que Lou ne manquera pas de se concocter…
Thompson a composé un roman relativement court, qui progresse et se développe en s’appuyant sur de nombreux dialogues généralement brefs et vifs. Véritable introspection comme récit en direct d’un psychopathe dangereux, Le démon dans ma peau constitue un des romans majeurs de Thompson. En effet, le lecteur découvre, souvent avec horreur, la personnalité d’un homme qui tue, non pas pour le plaisir, mais simplement parce que les événements le poussent à le faire. Et c’est bien là que l’auteur américain fait preuve d’une grande habileté : Par le choix d’une narration à la première personne, on pénètre à l’intérieur de l’esprit torturé de Ford, qui jamais, absolument jamais, ne regrettera aucun de ses gestes qu’il envisage comme des nécessités ou encore des résultantes d’un passé, plus ou moins lointain, dont les autres, le vieux Conway ou l’ancienne bonne de son père par exemple, sont les uniques responsables. La vengeance, mise en avant au début, passera d’ailleurs très vite au second plan, laissant la place à un déchaînement de fureur pure…(...)
Voir en ligne : le démon dans ma peau
Un polar digne de ce que peuvent nous réserver nos chers compatriotes scandinaves. Du suspens, des meurtres, de la peur, des hauts-le-cœur et tous ces autres sentiments terrifiants qui font qu’on doit absolument terminer ce thriller pour comprendre enfin. A lire, abominablement !
Un vétérant du Vietnam (d’une cruauté inouïe) reconverti dans l’usure de haute volée s’apprête à mener un dernier gros coup avant de prendre une retraite dorée. Pas de bol, l’ancien commandant de Jack Reacher se lance presque par hasard sur la piste de ce salopard majuscule. Le gradé, malade du cœur, décède avant d’achever son enquête ; mais il a eu le temps de lancer un privé à la recherche de Jack pour qu’il termine le boulot. Jack Reacher saura-t-il s’acquitter sans encombre de cette tâche délicate ? Trouvera-t-il le réconfort dans les bras de la fille (splendide) de son mentor ?
Ce 3e épisode des aventures de Jack Reacher ne démérite pas face aux précédents. C’est du lourd, mais ça se dévore à une vitesse supersonique. Un rôle en or pour Steven Seagal, Stalone ou l’ami Jean-Claude...
Je vais avouer un truc un peu honteux : j’aime les films avec Steven Seagal. Et pour les mêmes raisons, j’aime les aventures de Jack Reacher. Quel citadin planqué normalement constitué (présent !) n’a pas rêvé un jour se trouver dans la peau d’un grand et balèze tireur d’élite, ancien militaire astucieux et increvable qui brise les colonnes vertébrales des affreux labellisés que le destin met sur son chemin, sauvant au passage de splendides jeunes filles qui, parfois même avant d’être sorties d’affaire, se jettent immanquablement dans ses bras ?
Au début de cette 2e aventure, Reacher (tout le monde l’appelle Reacher) se promène peinard dans les rues de Chicago. Il croise par hasard une jeune agente du FBI et tous deux sont enlevés intempestivement par une dangereuse milice extrême droitière, puis conduits dans un camp retranché à mille kilomètres de là. Si le scénario ne fait pas dans la dentelle, le récit est suffisamment astucieux pour retenir l’attention, et captiver même. C’est simple, ce bouquin est impossible à lâcher ! Le style primaire mais efficace de Child (phrases courtes sans mots compliqués) est parfaitement adapté à son sujet. Alors même si ça vole pas haut, j’en reprendrai très volontiers.
Dès les premières pages, le lecteur se trouve enfermé dans un univers de suspense, un peu à la façon dont construisait ses romans Cornel Wollrich, plus connu en France sous le nom de William Irish. Une atmosphère envoûtante, oppressante, dans laquelle un homme qui frappé d’amnésie est obligé de se reconstruire, de retrouver son passé, et de chercher pourquoi il est devenu une sorte de paria. Lorsque Thomas Eckelton sort de ce qu’il pense être à l’origine un évanouissement prolongé, il est tout surpris de se trouver dans le Paraiso, un bidonville mal famé de Bogota. Son dernier souvenir remonte à quatre jours auparavant, alors que parti en mer afin de se détendre il dégustait un cocktail. Il avait bien trouvé un léger goût d’amertume au breuvage, et après c’est le néant. Il n’a en poche qu’un malheureux billet de vingt dollars, ses vêtements sont en loques et il doit sortir au plus vite du quartier. Il croit sombrer dans la folie lorsque dans une glace il découvre que son visage n’est pas le sien. Auprès de l’ambassade américaine, il tente bien d’obtenir un visa afin de quitter le pays, mais après vérification les empreintes qui sont enregistrées à son nom ne sont pas les siennes. Comment lui, Thomas Eckelton, en est-il arrivé là ? A San Francisco, il était le dirigeant d’une société informatique qui en deux ans s’était imposée sur le marché des moteurs de recherche, et attisait la convoitise d’autres entreprises qui souhaitaient l’annexer, dont la Techsystem. Auprès d’une jeune prostituée qui rêve d’aller aux Etats-Unis afin de fréquenter une école de danse réputée, il trouve assistance et espoir. Son frère ne lui propose pas de convoyer des boulettes de drogue, son estomac servant de récipient, mais simplement d’embarquer pour Los Angeles avec une mallette. Ce qu’elle contient ne le regarde pas et d’ailleurs il ne pose aucune question, trop content de pouvoir, peut-être, quitter la Colombie. A San Francisco, un inconnu réclame, pour libérer Thomas, une important somme d’argent auprès de Hannah, une jeune femme que le disparu a connue peu de mois auparavant, et qui comble sa solitude après son divorce. Le FBI est sur les dents et imagine un stratagème afin de pouvoir alpaguer l’homme au moment de la remise de la rançon. Hélas, le rendez-vous, situé près d’une pagode dans le jardin japonais du Golden Gate Park, est perturbé par une procession, genre parade de carnaval, le tout dans une ambiance indescriptible de tintamarre musical et de fumée. Grâce à quelques indices soigneusement épluchés, les agents du FBI sous les directives de leur patron Franck Anderson vont pouvoir remonter à la source et ils ne savent pas encore que ce qu’ils vont trouver va se transformer en un imbroglio machiavélique.
Avec un titre coup de poing qui affiche la couleur, Usurpé, ce roman pourrait n’être qu’une banale histoire d’usurpation d’identité. Mais Laurent Terry qui connait ses classiques, Grisham, Coben et autres auteurs à succès, et digéré la façon de faire monter la sauce, tient en haleine le lecteur par une écriture souple et entretient continuellement le suspense en alternant les scènes dans lesquelles se débattent les différents protagonistes : Thomas et les hommes du FBI. Hommes, c’est une généralité car parmi l’équipe d’Anderson, Heather, la seule femme du groupe n’est pas la moins présente sur le terrain. Sportive, intelligente, réfléchie, décidée, elle sait où elle va et n’a pas besoin d’ordres répétés pour effectuer son travail ou prendre des initiatives. Comme dans tout groupe, il peut exister des tensions et entre Anderson et Raynes qui vient d’intégrer la brigade, le courant ne passe pas toujours. Autant Franck est calme et posé, c’est d’ailleurs grâce à sa détermination qu’est née la brigade recherche suite à un problème familial, autant Sonny est emporté, violent. Lui aussi traîne une casserole, pourtant son analyse des événements n’est pas toujours erronée et lorsqu’il a quelqu’un dans le nez, il est comme une sangsue, il ne lâche pas sa proie. Enfin dans ce roman qui ne joue pas dans l’angélisme, l’amitié ou tout au moins la reconnaissance n’est pas un vain mot. Quant à la morale, elle est sauve, presque, mais certains des protagonistes paieront les pots cassés. Laurent Terry, un jeune auteur prometteur.
Voir en ligne : Mystère Jazz