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3344 références

Bande dessinée
Natacha (9 chroniques) - 10 septembre 2010 18h57
Les Années douces. T1 / Jiro Taniguchi

Un nouveau Taniguchi, c’est toujours, pour moi, un événement. Cette fois, il adapte un récit d’une romancière japonaise, Hiromi Kawakami, et le résultat est tout simplement fabuleux. Le Taniguchi que je préfère est celui du Gourmet solitaire, et c’est celui que je retrouve ici. On connaît l’argument : une jeune femme retrouve par hasard un ancien professeur, septuagénaire. Ce sont deux solitudes, deux êtres très différents qui vont dès lors se côtoyer, apprendre à se connaître, partager des moments de douceur, souvent autour d’un verre, d’un repas. Il n’y a rien de trépidant, des moments de vie très simples, mais par lesquels Taniguchi, sur l’histoire de Kawakami, touche à des questions essentielles : ce qui nous rapproche ou nous éloigne des autres, la perte de ceux que l’on a aimés, notre rapport au passé… Le dessin de Taniguchi, superbe, porte la beauté du récit : qu’il saisisse les émotions des personnages par des plans serrés sur les visages, ou qu’il embrasse les rues, les parcs et les forêts du Japon, son trait très pur exprime toujours la même poésie. Tout est calme, beau et serein, tout touche ici à l’essentiel. J’attends bien sûr avec impatience le prochain tome, mais je sais d’ores et déjà que je vais relire et relire encore cet ouvrage : en cette période sombre et agitée, c’est un peu de la noirceur du monde qu’il dissipe, et je ne connais rien de plus précieux.

Livre vivement conseillé par Natacha


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Roman policier
Paul Maugendre (274 chroniques) - 10 septembre 2010 13h09
Le demi-sel / André Héléna

Heureuse initiative que celle des éditions Plon de rééditer l’un des romans composant la série « Les Compagnons du destin » d’André Héléna. André Helena, un auteur peu ou mal connu, redécouvert cycliquement par des maisons d’édition qui ne mènent pas jusqu’au bout leur entreprise : 10/18, Fanval, et autres. Mais rééditer son œuvre, même partiellement, n’est que justice. Des romans qui malgré un petit air désuet n’ont pas pris une ride. Paradoxal ? Non. Ceux qui n’ont pas connu ces endroits chauds que sont Pigalle, Barbès, La Goutte d’Or, n’ont pas connu Paris à la fin de la guerre, n’ont pas connu ces bouges avec les comptoirs en zinc, et la sciure sur le sol, ne peuvent pas se rendre compte de la force d’évocation des écrits d’Héléna. Si les mauvais garçons et les filles écument encore les trottoirs entre l’avenue de Clichy et Barbès, les lumières, les musiques, les devantures accrocheuses ne sont plus les mêmes et c’est le Paris d’aujourd’hui qui semble superficiel. Les romans d’Héléna n’ont pas pris une ride car son écriture possède toujours cette force d’évocation, ce mélange acidulé de langue française et d’argot que l’on retrouve chez les grands anciens comme Francis Carco. De même les histoires sont de tout temps. Cette mouise dans laquelle se débattent les acteurs des drames de la ville, cette déchéance dans laquelle ils sont aspirés comme dans des sables mouvants, cette misère qui s’accroche à leurs basques et avec laquelle ils s’habituent à vivre, tout cela existe encore. Les demi-sels qui veulent se prendre pour des caïds ou qui sont jugés à tort comme tels, des victimes de la société, des autres, d’eux-mêmes ou du hasard qui complique toujours la vie. Ce roman d’Héléna retrouve une nouvelle jeunesse, et ce n’est que justice. Mais une fois de plus l’auteur, comme bien d’autres, ne jouira pas de ce regain d’intérêt porté à son œuvre car il est décédé en 1972. Restent ses compagnons de route, ses admirateurs, ses condisciples qui rendent hommage ici ou là à un romancier trop tôt disparu, dans l’indifférence générale et qui n’eut jamais de chance auprès des éditeurs ou alors trop tard. Sans oublier qu’il fut spolié, réédité sous des noms d’emprunts pseudo-américains, ou obligé d’écrire à la va-vite chez des éditeurs plus ou moins véreux afin de gagner la pitance quotidienne. Et ceux qui aiment chiner dans les vide-greniers tenteront de retrouver ses romans parus dans la collection La Chouette sous le pseudonyme de Noël Vexin qui pour certains critiques sont des ouvrages mineurs, mais pour les nostalgiques des romans populaires des ouvrages dignes de figurer sur les étagères des bibliothèques populaires.

Voir en ligne : Mystère Jazz


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Roman policier
Paul Maugendre (274 chroniques) - 10 septembre 2010 13h08
L’inconnu du grand hôtel / Jean Contrucci

« Mais par chance, le célèbre Raoul Signoret, le chevalier Bayard du journalisme marseillais, pourfendeur d’injustice, pulvérisateur d’assassins impunis, terreur des criminels et des voyous, va fourrer son nez dans les secrets de l’affaire Natanson et nous rapporter, non seulement les preuves de notre impéritie, mais la solution de l’énigme qui n’est qu’un jeu d’enfant pour son esprit fulgurant ». Ainsi s’exclame Eugène Baruteau, le chef de la police phocéenne, au cours d’un repas qui réunit sa petite famille dont son neveu unique et préféré Raoul Signoret du journal Le Petit Provençal. Il est vrai que Raoul, journaliste couvrant les affaires criminelles et judiciaires n’a pas son pareil pour mettre son nez dans des affaires délicates. Et pour une fois, il n’est pas allé quérir une nouvelle aventure, c’est l’aventure qui vient à lui sous la forme d’un jeune homme qui l’aborde à la sortie de la représentation d’un opéra de Berlioz. Se décrivant comme artiste peintre et écrivain, Guillaume Natanson, âgé de dix-neuf ans, a rompu avec sa famille. Son père a été assassiné dix ans auparavant, et sa mère s’est remariée, le délai de viduité expiré, avec Jacques Bernès le meilleur ami de son géniteur. Mais l’affaire est plus complexe qu’il y parait et c’est peut-être pour cela que Raoul Signoret s’y intéresse. Hélène de Cazalis, la mère de Guillaume, s’était retrouvée enceinte alors qu’elle avait à peine seize ans, bien que fréquentant l’honorable institution des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Or une famille de notables ne peut accepter un tel accroc dans leur respectabilité et un mariage fut arrangé avec Louis Natanson, dont l’avenir comme avocat d’affaires était bien engagé. Louis Natanson avait été contacté par un certain Harry Brougham afin de déterminer les possibilités de l’ouverture d’une ligne de Steamers vers la mer Noire. Son cadavre avait été découvert dans un petit pied-à-terre qu’il louait sous une fausse identité près d’Allauch sur les indications épistolaires d’un nommé Harry Brighton qui écrit que Natanson avec lequel il devait parler des modalités de cette entreprise s’était tué accidentellement avec une arme qu’il manipulait. Les recherches effectuées ont conclu à la non existence officielle de ces deux hommes, Brougham et Brighton, et qu’il s’agirait d’un inconnu agissant sous des identités diverses et grimé pour l’occasion. Jacques Bernès durant le mariage fréquentait assidument la belle Hélène attisant le courroux non affiché, toujours le respect des convenances, de Natanson. Guillaume est persuadé que Bernès est, sinon l’auteur d’un meurtre, du moins le commanditaire, à seule fin de pouvoir s’unir à Hélène. Eugène Baruteau et le juge Massot, aujourd’hui en retraite mais qui avait instruit l’affaire à l’époque, possèdent quelques documents dont Raoul prend connaissance avec étonnement. Et malgré son travail de reporter judiciaire, il doit se rendre quotidiennement à Toulon couvrir le procès Ullmo, un officier militaire français accusé traitrise, il s’implique plus qu’il l’aurait cru. Raoul Signoret enquête donc afin de démêler le vrai du faux et le faux du vrai, et les rebondissements, fausses trappes, impasses ne manquent pas dans ce labyrinthe qui devrait déboucher sur la vérité, celle qu’aimerait voir afficher Guillaume : le forfait de Bernès envers son père.

Heureusement Cécile, la belle et douce épouse de Raoul Signoret, qui est infirmière de son état, n’a pas son esprit encombré par toutes ces complications et c’est un peu grâce à elle que Raoul pourra dénouer cette affaire. Malheureusement l’épilogue, qui pourtant se tient autour d’une bonne table chargée de mets typiquement marseillais, nous laisse quelque peu sur notre faim, car le lecteur n’en a jamais assez. Jean Contrucci parsème son roman comme souvent, coïncidence ou pas, par des faits qui étrangement rejoignent les préoccupations d’aujourd’hui. Ainsi en cette début d’année 1908, Eugène Baruteau, le chef de la police marseillaise, est fort remonté contre ses supérieurs et plus particulièrement Clémenceau qui travaille sur le projet de constitution de brigades mobiles qui seront plus connues sous le nom de Brigades du Tigre. Et bien entendu Baruteau vitupère sur le travailler plus avec moins d’effectifs, les chiffres recensés par le ministère n’étant pas en adéquation avec ceux affectés sur le terrain. Une guerre des chiffres qui existent toujours et pendant ce temps on berne le petit peuple qui croit la voix de son maître, même si celui-ci l’ouvre pour ne rien dire ou se gargarise de déclarations intempestives et déplacées.

Voir en ligne : Mystère Jazz


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Roman noir
Paul Maugendre (274 chroniques) - 10 septembre 2010 13h07
Frère de sang / Richard Price

Comment se fait-il que ce roman, paru aux Etats-Unis en 1976, et alors que d’autres ouvrages de Richard Price ont été traduits en France, n’est proposé qu’en 2010 aux lecteurs français, friands de littérature urbaine et noire ? Un des nombreux mystères de l’édition que nous ne tenterons pas de percer plus avant, nous intéressant plus principalement au contenu du roman.

La famille De Coco, d’ascendance italienne, pourrait n’être qu’une famille comme les autres, avec ses problèmes internes, fondue dans la population du Bronx. Mais ses membres justement ne sont pas tout à fait comme les autres. D’abord Tommy, le père, électricien dans le bâtiment, affilié au Syndicat et qui aimerait bien que son fils Stony embrasse la même profession. Jusque là tout va bien, sauf qu’il aime sortir le soir avec son frère Chubby qui est en surcharge pondérale, et fréquenter les plus ou moins jeunes femmes qui veulent bien se laisser tenter à essayer leur marchandise sexuelle. Stony, le fils aîné, bientôt dix-huit ans, ne sait pas trop ce qu’il veut faire. Enfin si, ne pas aller à l’Université car la seule à avoir accepté sa candidature se trouve en Louisiane. Et suivre les traces de son père ne le tente pas. Il se gargarise volontiers dans les bars en compagnie de son pote Butler et n’apprécie pas du tout que sa petite amie Cheri fricote avec d’autres, ce qui lui arrive trop souvent. Stony étant d’un naturel jaloux, la castagne ne lui faisant pas peur, les coups tombent drus très souvent. Son jeune frère Albert, de dix ans plus jeune, est anorexique et il ne peut manger. Il voudrait bien, il se force, mais son estomac n’accepte pas les offrandes et rejette tout sans pitié. Marie la mère est psychopathe, elle force Albert à ingurgiter ce qu’elle a préparé et celui-ci doit se forcer sous l’œil je m’enfoutiste du père et le courroux du grand frère. Ce qui entraîne animosité de part et d’autre, et les réunions autour de la table ne manquent pas de mordant et de piquant. Les taloches sont distribuées généreusement accompagnées de cris, de pleurs, de récriminations. Bref des ambiances indigestes. Marie fait des cauchemars, Albert aussi, peut-être une explication à leurs problèmes. Ça dégénère le jour où Marie perdant le contrôle d’elle-même, une fois de plus, bat à bras raccourcis Albert. Stony qui arrive à ce moment-là s’invite dans la danse et frappe sa mère. Stony s’explique auprès du docteur qui aimerait comprendre les raisons de cet acharnement. Celui-ci se rend compte que Stony désire protéger son petit frère, aussi il lui propose de travailler dans un hôpital à s’occuper d’enfants malades. Les premiers jours ne se passent pas au mieux car Stony est versé dans un service de gériatrie mais il parvient à intégrer le service de pédiatrie et s’en sort plutôt bien. Ses quinze jours faits il accède à la demande plusieurs fois réitérée de travailler avec son père comme électricien dans un immeuble en construction.

Quel genre de travail l’emportera ? Deviendra-t-il un homme ?

Autant de questions qui se posent à tout un chacun dans cette chronique d’une famille somme toute ordinaire même si elle accumule les travers et les défauts. Bagarreurs, à moitié alcooliques, queutards, racistes quoiqu’ils s’en défendent, « Tu sais que je suis pas raciste, mais les Antillais, je peux pas les sacquer », Tommy et Chubby, et autres protagonistes qui défilent dans un casting urbain, se montrent comme bien d’autres vus à travers une lunette grossissante. Souvent poignant, parfois loufoque, ce roman nous entraîne dans une symphonie du travailleur d’origine émigrée. Poignant dans les rapports entre Albert et sa mère, poignant et loufoque dans la description du travail de Stony dans le service de gériatrie, et dans bien d’autres situations. Le langage cru est celui de la rue et sa verdeur emprunte à ce que l’on appelle aujourd’hui des brèves de comptoir. Un roman à lire en se disant que tout n’est pas vrai, mais que tout n’est pas faux non plus. Quant à l’apprentissage de la vie, surtout lorsqu’on n’est pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche, cela s’avère compliqué, malgré la bonne volonté déployée.

Richard Price n’avait que vingt-sept ans quand ce roman fut publié aux USA, mais il démontrait déjà une grande maîtrise d’écriture.

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Roman
tulisquoi (39 chroniques) - 8 septembre 2010 15h45
La lamentation du prépuce / Shalom Auslander

Imaginé que depuis tout petit, on vous serine que Dieu vous surveille, partout, tout le temps, et que tout ce que vous ferez de mauvais dans votre vie se retournera contre vous ou votre famille. Pire même, on vous laisse croire que cela risque de tuer vos proches. Il y a de quoi traumatiser un enfant. Et lui laisser des séquelles psychologiques à vie. C’est ainsi que Shalom a grandi. Dans une religion stricte où manger non casher pouvait entrainer la fureur de Dieu, mais où en même temps son père pouvait s’emporter violemment contre les siens. Alors forcément, à l’adolescence il se rebelle. Et ne voit aucun châtiment divin arriver. Mais il sait que Dieu doit attendre son heure pour le punir. Et son heure, ça ne serait pas maintenant ? Alors que sa femme attend son premier enfant ?

Ce livre, c’est celui que lui conseille d’écrire son psychologue. Pour expliquer à son fils pourquoi il ne verra pas beaucoup ses grands-parents. Pourquoi aussi son père a peur du Jugement de Dieu. Tout le temps. Et pourquoi, d’un coup, le prépuce de son enfant prend une telle importance dans sa vie. Pourquoi aussi son père continue de croire en Dieu à cause, ou malgré, son histoire.

L’humour peut sembler limite parfois dans ce roman : insulter Dieu, en général, ça ne se fait pas. Surtout pour qui a reçu une éducation religieuse stricte. Mais dans ce roman, on assiste plus à une condamnation des biens pensants qui cherchent à inculquer des préceptes et des règles qu’eux-même ne respectent bien souvent pas. Car au fond, sur un ton humoristique mais un peu désespéré parfois, il aimerait bien y croire en Dieu, Shalom. Mais tout simplement pas à ce Dieu qui tue, qui juge, qui condamne. Ce n’est pas ça qu’il a envie de transmettre à son fils. Alors il fait ses petits arrangements avec Dieu, à sa sauce. En espérant que ça suffise pour le protéger lui et sa famille.

On sourit souvent devant les subterfuges que Shalom met en place pour essayer d’avoir Dieu dans sa poche. Mais on sent aussi tout le désespoir d’un adulte qui tente, tant bien que mal, de transmettre quelque chose de positif à son fils. Et quelqu’un qui attend enfin qu’on l’aime pour ce qu’il est. Même si lui n’aime pas le Dieu qu’on a voulu lui imposer quand il était petit.

Voir en ligne : La lamentation du prépuce


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Roman
traversay (192 chroniques) - 8 septembre 2010 15h17
Le Secret de jasper jones / Graig Silvey

Il était une fois dans l’ouest australien. Un été moite où des secrets inavouables vont remonter à la surface, avec une forte odeur d’égout, dans cette petite ville de Corrigan, bien sage en apparence, corsetée dans ses préjugés, confite dans son souci de respectabilité. Bon sang, mais c’est bien sûr, on dirait le sud ... des Etats-Unis, les paysages du bush remplaçant sans effort ceux du Mississipi. Deuxième roman de Craig Silvey, jeune prodige australien de 28 ans, Le secret de Jasper Jones est davantage qu’un hommage aux auteurs américains, en général, et à Mark Twain, en particulier. L’oeuvre de ce dernier l’a inspiré fortement pour créer un climat délétère autour de son héros de 13 ans, sorte de Huckleberry Finn local, avec un peu moins de culot et de vivacité d’esprit que l’original. Le livre utilise une intrigue de polar pour sa mise en place, mais le récit se révèle plutôt psychologique, dans la tête de son personnage principal, Charlie, bouleversé par des découvertes qui dépassent son entendement : la mort, l’inceste, le racisme, l’adultère ..., et aussi, et surtout, chronique d’une ville qui ne supporte pas les têtes qui dépassent. Dans un genre très classique, le roman d’apprentissage, Craig Silvey se montre très doué, poussant le bouchon fort loin avec une désinvolture et une tranquillité désarmantes alors que le pire se produit. Les portraits, d’une précision clinique, des "amis" de son jeune héros, l’un à moitié aborigène, l’autre d’origine vietnamienne, et tous les deux marginaux et victimes de l’intolérance des bien-pensants, permettent à Silvey de décrire avec acuité le sentiment de transgression qu’éprouve Charlie, entre excitation et épouvante. Même son idylle naissante avec la plus belle fille de l’école a un côté non conventionnel et le romantisme qui s’en exhale sent un peu la vase. On peut reprocher au livre au moins deux choses. Primo, de nous mener en bateau : Charlie, à 13 ans, analyse les événements avec une telle maturité qu’il ressemble davantage à un adulte. C’est d’ailleurs le décalage avec son comportement, qui est lui celui d’un garçon de son âge, qui crée un effet grotesque et parfois même hilarant. Secundo, ce côté "à la manière de", en décalque de Mark Twain, a quelque chose d’excessif dans le sens où cela dépasse largement le stade du simple clin d’oeil. A ces réserves près, Le secret de Jasper Jones est un roman brillant, d’un style excessivement sobre, qui ménage ses effets jusqu’à un suspense terrible, et dont le caractère malsain, voire sordide, s’efface derrière la maîtrise d’une écriture calme et presque douce, y compris dans les scènes d’horreur. Craig Silvey est un conteur dont on pressent qu’il a encore bien des histoires dans sa besace à nous offrir. Vivement !

Voir en ligne : http://alainsouche.blog4ever.com/bl...


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Roman noir
Thierry Godefroid (263 chroniques) - 8 septembre 2010 10h11
Clockers / Richard Price

Les clockers sont des dealers bas de gamme, parfois camés eux-même, de jeunes noirs à casquette, baskets fluos, chaînes en or autour du cou et lunettes de trouduc. Bien que n’ayant jamais sacrifié à ce code vestimentaire de carnaval, Ronald Dunham dit "Strike" a été l’un d’eux. Aujourd’hui, à 19 ans, il est monté en grade et surveille sa petite écurie de clockers dans un ghetto du New Jersey. Rodney Little est son patron, un type imprévisible, cruel, mais terriblement magnétique. Rodney branche Strike sur un mauvais cheval à éliminer, un gérant de restau de dernière zone, mais strike n’a pas les tripes pour ça ; à tout hasard, il en parle à son grand frère, Victor, un brave gars qui se tue dans des boulots honnêtes pour ses gosses et son épouse stupide et ingrate. Victor est bourré en cette fin de journée, et quand Strike lui invente l’histoire de la belle ordure du restau d’en face qui tabasse la mère de ses enfants, Victor promet qu’il connaît un type qui pourra s’en occuper. Peu de temps après, la cible se fait descendre.

Rocco Klein, vieux routier de la criminelle, est chargé de l’enquête avec son équipier, le cynique Mazzili. Victor se livre à la police, mais Rocco ne croit pas à sa culpabilité, malgré les aveux. Le syndrome de la "mission" s’empare alors de Rocco : il n’aura de répit que lorsqu’il mettra la main sur le vrai criminel.

Tout au long de ce pavé qui avance tout seul, on suit d’un côté le monde des dealers, et de l’autre les bandes de flics qui les tiennent vaguement à l’œil. Tout ça est aussi vrai que nature : les flics semblent sortir tout droit de chez Wambaugh, et la vie du ghetto est rendue avec une acuité exemplaire : le code de conduite des voyous est passé au scanner, les adultes écœurés, les flics qui laissent pisser ou donnent dans le harcèlement quand ça leur prend... Le style de Price est simple et irréprochable. Les dialogues sont criant de vérité jusque dans les scènes les plus tendues – au passage, saluons le travail du traducteur. Comme on disait dans la presse pro, on ne sort pas indemne de Clockers, tragédie minable au pays de la crasse, du cynisme, de la cruauté et de la bêtise, d’où émergent un gamin brillant et un flic en bout de course, finalement auréolés d’une même humanité purificatrice. Ce premier roman de Price traduit en français en 1993 est aussi fort qu’on l’a écrit partout. On ne saurait assez remercier l’éditeur pour cette indispensable réédition. Le chef d’œuvre de Price à ce jour.

Ajoutons aujourd’hui que ceux qui ont vu et apprécié les 5 saisons de The Wire (Sur Ecoute en VF) scénarisée par Price et Pelecanos (entre autres) retrouveront dans Clockers les précieuses qualités de cette série haut de gamme.

Signalons pour finir que le Clockers de Spike Lee, adaptation très scolaire pour le grand écran, manque terriblement de souffle et n’a pas le dixième de la puissance du Roman.

Livre vivement conseillé par Thierry Godefroid


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