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Villard’s mood
par QQ Lapra
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publié précédemment sur Mauvais genres


" -Je croyais que tu avais choisi de continuer à bosser pour ne pas devenir esclave des travaux de commande et pouvoir écrire quand tu en avais envie.

 C’est vrai.

 Alors pourquoi tu t’excites ?

Elle avait raison. J’en avais rien à foutre de vendre des livres. C’est toujours le cas d’ailleurs. "

Voilà. Pour parler de Marc Villard, j’ai mis sur la platine (on m’a piqué récemment mon lecteur de CD alors je tourne au vinyl), un truc raffiné. Actuellement, le diamant parcours le sillon de " Ezz-Thetic ". Un travail de George Russel enregistré à New York en 1956 qui reste pour moi un summum de l’élégance et de l’invention.

" Tramson marchait, le cœur à la casse, dans les rues naufragées " (1)

Musique.

Compliqué de parler de l’intime. De la résonance.

Il y a des rencontres. Villard, je sais pas qui c’est. Mais Villard, je le connais bien depuis longtemps.

" A la troisième partie, je décroche la loterie et peux enfin oublier maman. Mais c’est pas de la tarte, j’aime autant vous le dire " (2)

Pas de littérature sans musique. On peut faire des livres, avoir l’impression d’écrire, on pond des histoires, on raconte des trucs aux gens. Des fois ils lisent et puis des fois ils s’en foutent. On peut faire ce qu’on peut. Mais sans la musique, on est foutu.

C’est toujours George Russel mais, cette fois c’est l’enregistrement mythique avec Dolphy.

" Enfin, bref, alors que nous progressions dans le corbillard avec le cercueil pour toute compagnie, je me rendis compte que j’aimais ma femme. " (3)

C’est juste le problème du tempo. Ca s’explique pas. T’es dedans ou tu n’y es pas. T’as fais tes gammes des années durant. T’as essayé la poésie. Bon, t’as compris que n’est pas Rimbaud qui veut. Mais quand même. Il y a ce truc de la pulsation. Le tchac tchac poum poum qui devient zagam zagam zlap quand on veut. Pour ça faut taper sur la peau.

" -Avec quoi tu vas buter cette lavette, Enzo ?

 Mon flingue.

 Quelle marque ?

 Un Walther.

 Alors, comme ça, toi, un italien, tu niques Pietro Beretta qui fabrique les plus beaux pistolets de toute l’Europe !

 Putain, c’est rien qu’un flingue.

 Je veux que ce pédé de Mastroianni soit tué avec une arme ITALIENNE ! " (4)

Je réécoute constamment ces séances de 47 dans les quelles Miles et Bird se jouaient la mort dans des solos de trente secondes, 78 tours oblige. Bonjour la classe et l’urgence.

Et puis je lis Villard.

Même combat.

Je ne suis pas écrivain. Je ne sais comment l’on se détermine dans telle ou telle distance. Il y a des auteurs qui ont besoin de centaines de pages pour s’épanouir et d’autres qui sont capables de tout mettre en deux lignes.

" J’ai posé sur tout cela un regard vaguement désemparé, le cœur serré, puis j’ai cherché la lettre qui m’indiquerait ce que je devais faire de ma vie.

Il n’y en avait pas. " (5)

Exigence. Quelque chose comme ça. Une exigence. Un besoin qui demande énormément de travail avant d’être assouvi. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’avoir du style. Le style c’est de la connerie. C’est seulement la façon que tu as de regarder le monde. C’est vachement sélectif, en fait, la vue. Tout le bordel autour, tu sais bien que c’est fragile. Mais faut faire tenir le tout.

Avec les gens.

" Dites, Madame, vous connaissez le nom du saxophoniste, là derrière ?

Elle ne répondit rien sur le coup, prit une éponge et balaya toutes les merdes qui traînaient sur le bar pour les faire choir dans une poubelle. Enfin, sans relever les yeux, elle laissa filtrer entre ses dents :

 C’est mon mari et c’est un foutu fils de pute si vous voulez savoir. " (6)

Bernard, tu m’as demandé de faire le portrait de Villard et j’en suis incapable. J’ai pas envie de faire la bio. Je te dis quoi ? C’est un mec qui se cache derrière des lunettes chics parce qu’il a peur de disparaître. Quelqu’un que j’ai rencontré une fois. On a parlé de jazz.

" -Pourquoi vous écrivez ?

Eh bien, voilà, nous y sommes enfin. Il était dit qu’un jour ou l’autre l’un de ces moutards pervers me coincerait dans les cordes. Regard en perdition vers le bibliothécaire-arbitre. Le gong, please. En fait la question le passionne car le silence est total.

Faut-il dire la vérité à Djamila ? Lui avouer que j’écris pour ne pas descendre dans la rue un couteau à la main et tuer le premier venu. " (7)

Marc Villard, c’est juste un écrivain.

1 " Rebelles de la nuit " éditions Le Mascaret 1987
2 " Du béton dans la tête " éditions Rivages/noir n° 284 1997
3 " Un jour je serai Latin Lover " éditions L’Atalante 1998
4 " Personne n’en sortira vivant " éditions Rivages/noir n° 470 2003>
5 " Bonjour, je suis ton nouvel ami " éditions l’Atalante 2001
6 " CÅ“ur sombre " éditions Rivages noir/n° 283 1997
7 " J ‘aurais voulu être un type bien " éditions l’Atalante 1995





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