Un jour avant Pâques est le troisième livre de l’auteure arménienne d’Iran, Zoyâ Pirzâd, traduit du Persan et publié en 2008 chez Zulma. Pour nous conter l’histoire d’une famille arménienne - Edmond et les siens - , la romancière a choisi de nous les décrire, juste avant Pâques, à trois âges de la vie, en trois tableaux. Premier tableau : le rideau se lève sur le bord de la mer Caspienne, dans une petite communauté arménienne, entre l’église, l’école et le cimetière, où cohabitent Chrétiens et Musulmans dans le choc des cultures. Deux enfants d’une classe primaire se sont liés d’amitié et se retrouvent en fin d’après-midi dans la cour de l’école pour partager leurs jeux et découvertes de la nature. Edmond, le garçon (12 ans), est issu d’une famille chrétienne aisée tandis que Tahereh est la fille du concierge musulman de l’école. Il n’était pas souhaitable que le père d’Edmond apprenne leur fréquentation en raison de leurs différences sociales, religieuses et ethniques. Le garçon nous brosse un délicieux et poétique portrait de Tahereh qui aimerait tellement se fondre dans la population chrétienne qu’elle assiste à tous les offices de l’église, apprend par coeur prières et cantiques et prie chez elle à genoux ; il éprouve pour elle une admiration sans bornes parce qu’"elle parle l’Arménien comme si elle lisait à voix haute un livre de littérature" et "sa mère est la plus belle femme du monde". "Tahereh ne marchait pas, elle glissait, chaque fois que je la voyais, elle me faisait penser à la houle marine qui vient chatouiller les coquillages sur les bancs de sable avant de les retirer calmement". Cette fille si gracieuse est aussi très large d’esprit : tolérante, elle porte alternativement la croix chrétienne et "un petit Allah", dans le but de n’offenser aucun dieu. Les deux enfants observent minutieusement l’environnement et débordent d’imagination : coccinelle, grenouille, graine de tournesol..., nuages aux formes extravagantes qui font apparaître des monstres et des anges. Au cimetière, qui devient pour eux une aire de jeux, les statues funéraires s’animent. A la tombée de la nuit, ombres et lumières exécutent un ballet fantastique et les enfants dansent au-dessus des tombes, Tahereh saute à cloche-pied en faisant des bonds ! Ils s’entendent merveilleusement : évocation lumineuse de l’enfance... Juste avant Pâques, arrivent la tante d’Edmond et son oncle, les bras chargés de cadeaux dont une cagette de griottes fraîches ; aussi, la maman s’empresse-t-elle de préparer des confitures et son fils va en porter un pot au directeur de l’école. Quand il arrive, par la porte entr’ouverte, il l’aperçoit en compagnie de la mère de Tahereh parmi les innombrables livres qui jonchent l’appartement. C’est alors que surgit, en furie, le père de Tahereh, une scène violente éclate : "des cris, des pleurs, des objets qui heurtent le sol"... Apeuré, Edmond se réfugie derrière un pilier. Puis, alertés par le vacarme, ses parents s’élancent dans l’escalier pour maîtriser le forcené "qui voulait "tuer le directeur". Je laisse aux lecteurs le plaisir de découvrir les deux tableaux suivants. En conclusion, Un jour avant Pâques est un très beau roman émouvant où l’auteure explore les difficultés de vivre dans un milieu multiculturel ; son style est fluide, clair et concis ; son écriture, simple, sensible, élégante, délicate et toute en nuances. Ce texte est aussi une ode à la famille, l’une des valeurs fondamentales de la société arménienne riche en traditions et Zoyâ Pirzâd met l’accent sur les dissensions entre les communautés arménienne et musulmane. Lecture magnifique et constructive !
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