A Philadelphie, les Flood sont les piliers de la mafia irlandaise locale ; ils tirent leur pouvoir d’influence du syndicat des couvreurs qui est complètement entre leurs mains. Charley est taciturne, peu expansif, il habité de certaines valeurs qui font presque figure de boulets dans son milieu... et puis c’est une inébranlable tête de mule. Phillip (le frère de Charley) est tout à l’opposé : grande gueule, faux cul, cruel et passablement stupide. Les deux frères ont chacun un fils, respectivement prénommés Peter et Michael, à leur image ou peu s’en faut.
1961. La petite fille de Charley est renversée par un flic ripoux à la solde du syndicat. Elle meurt sur le coup. Phillip exhorte son frère à ne pas se venger, en vain. Charley, jugé incontrôlable, sera éliminé et Phillip recueillera Peter qui sera élevé avec Michael.
1966. 1972. 1974. 1986. Les enfants ont grandi. Entre temps, Phillip a mal fini lui aussi. C’est donc Michael qui prend la direction des opérations et qui doit assurer la pérennité de l’entreprise face aux vieux italiens dont l’influence n’est pas morte, loin de là . Peter se traîne dans l’ombre de son cousin Michael, sans jamais se laisser bouffer. Si Peter ne cède jamais ou presque aux lubies imbéciles et sadiques de Michael, ils ne s’affrontent jamais ouvertement, ou alors tout ça est étouffé très vite. Jusqu’à ce que le gros Michael aille trop loin et que le châtiment tant attendu s’abatte.
Après la légende (Deadwood, 1986) et les traditions (Cotton point, 1988), c’est le poids de l’hérédité qui écrase cette fois-ci les personnages tourmentés de Pete Dexter. L’hérédité des caractères, tant les deux cousins sont les répliques – à peine réactualisées – de leur paternel ; mais aussi celle des actes terribles commis alors que Peter et Michael n’étaient que des enfants, et que ces derniers subissent comme un joug tiré vers un inéluctable dénouement. L’écriture de Dexter est constante dans son intelligence et sa remarquable simplicité, jusque dans les dialogues toujours impeccables et percutants. Encore un texte très noir, plombant (on a l’habitude) et vraiment remarquable, même s’il n’a pas tout à fait la puissance des deux précédents cités plus haut.
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