J’ai découvert Marie Ndiaye avec Mon cœur à l’étroit, que j’avais trouvé très étrange et envoûtant.
Cette écriture m’a intriguée et séduite parce qu’elle est singulière.
J’en ai surtout retenu une capacité étonnante à tricoter rêves et fantasmes les plus déplaisants à une réalité triste, lisse et froide.
Je n’ai pas vraiment retrouvé dans ce nouveau livre d’éléments fantasmatiques flirtant avec le fantastique. pourtant, l’emploi de nombreuses métaphores pour exprimer une attitude ou une posture face à un évènement traumatisant et la présence des oiseaux qui court tout le long des trois parties rappellent cette manière particulière d’écrire des émotions secrètes.
"Trois femmes puissantes" nous raconte des bouts d’histoires de trois femmes, des moments de vie qu’elles traversent dans la douleur.
Leurs destins se rejoignent dans la profondeur de la blessure, la manière dont elles sont niées et les humiliations qu’elles subissent avec une résistance qui semble leur être chevillée au corps.
Le corps parle beaucoup dans ces textes. Il transpire, pisse, saigne, est tuméfié ou brûle sous de multiples violences physiques ou psychologiques.
Les agresseurs sont des hommes, père, mari, amants, et ils sont lâches, violents ou manipulateurs, honteux ou veules.
Les trois héroïnes résistent à tout. Mais est-ce là leur puissance ?
Sachant rester dignes envers et contre tout, elles ne renoncent jamais à la vie et à l’espoir.
L’histoire qui m’a le plus touchée est la troisième, celle de Khady Demba.
C’est sans doute la plus poignante, mais c’est aussi celle qui réussit à s’immiscer dans la tête d’une femme très démunie qui manque de mots et d’énergie pour penser. Elle subit des violences et des abandons successifs sans jamais renoncer à avancer vers ce qui est donné comme sa vie : précieuse, unique et aimée, malgré tout.
Un texte exigeant.
"Oh, certes, elle avait froid et mal dans chaque parcelle de son corps, mais elle réfléchissait avec une telle intensité qu’elle pouvait oublier le froid et la douleur, de sorte que lorsqu’elle revoyait les visages de sa grand-mère et de son mari, deux êtres qui s’étaient montrés bons pour elle et l’avaient confortée dans l’idée que sa vie, sa personne n’avaient pas moins de sens ni de prix que les leurs, et qu’elle se demandait si l’enfant qu’elle avait tant souhaité d’avoir aurait pu l’empêcher de tomber dans une telle misère de situation, ce n’était là que pensées et non regrets car aussi bien elle ne déplorait pas son état présent, ne désirait à celui-ci substituer nul autre et se trouvait même d’une certaine façon ravie, non de souffrir mais de sa seule condition d’être humain traversant aussi bravement que possible des périls de toute nature."
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