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Train
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Pete Dexter
Tag(s) : Littérature nord américaine - Roman noir

traduit de l’anglais (ÉtatsUnis) par Olivier Deparis. Paris : Points, DL 2006. 1 vol. (349 p.) ; couv. ill. en coul., 18 cm. (Points ; P1522). ISBN : 9782757800744.

Il s’appelle Lionel Walk, mais on le surnomme Train. Il a 18 ans, il est noir et travaille comme caddie dans un club huppé de Los Angeles. Il est doué pour le golf et s’exerce en cachette jusqu’au jour où Packard, un inspecteur au passé trouble, le remarque. Mais dans les années 50, les Noirs ne sont bons qu’à porter les sacs des Blancs... Un roman sombre et troublant, tendu à l’extrême.

« Y a un type qu’est mort. Il est tombé sur le green et il est mort. »




rien Livre conseillé par votre libraire


3 chroniques

  • Train

    28 décembre 2006 21:26
    par Bernard ( 17 chroniques )

    Train, c’est le roman d’un désaccord entre un cadre idéalisé et une époque sombre, une supercherie, Hollywood dans les années cinquante, qui cache mal une tension maximale engendrée par la ségrégation raciale.

    Train, c’est aussi un lieu d’action inhabituel pour un roman noir, un terrain de golf sur lequel évolue un couple mal agencé, Train, jeune caddie noir - Tiger Woods avant l’heure - et Packard flic au comportement contradictoire.

    Pete Dexter est un maître du roman noir : il sait nous capter mais aussi nous mettre mal à l’aise. Exemple, susan sans majuscule expose des clichés de pauvres dans des galeries fréquentées par des biens pensants. Pour obtenir un effet optimal, elle est prête à exciter son sujet avant de le photographier dans des poses humiliantes : pieds nus et le sexe levé. Amour, humiliation et haine. Il y a un peu du Haneke dans la façon de procéder de Peter Dexter qui joue tour à tour de l’ellipse, du flash back, de la surprise, pour une progression constante de la tension. Il nous entraîne dans une histoire dont les personnages foncent droit dans le mur.

    L’été dernier, j’avais vraiment eu un choc avec Le sabot du diable de Kem Nunn, dont l’intrigue se déroule dans l’univers du surf et dans une réserve indienne. L’inconscience des surfeurs déclanche la révolte des indiens dans un décor grandeur nature et effrayant. J’apprécie particulièrement ces romans noirs. Dans une veine semblable, nous avons découvert cette année sur le site Caryl Ferey.

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  • Train

    14 janvier 2007 18:08
    par Jean-Marc Laherrère ( 629 chroniques )

    Nous sommes à Los Angeles, dans les années 50. Train est un jeune homme de 18 ans, noir, caddie dans un club huppé. Il est naturellement doué pour le golf, mais il est hors de question pour un noir de jouer contre en dehors de heures de fermeture du club. Jusqu’au jour où train est remarqué par Packard, un flic aux méthodes très personnelles. Il le prend sous son aile, et le fait jouer contre de l’argent. Dans le même temps, Packard tombe amoureux de Norah, une femme superbe qu’il a rencontré le jour où son mari s’est fait tuer, et elle tabasser et violer par deux jeunes noirs qui travaillaient dans le même club que train, à bord du yacht de son époux. Elle a réussi à leur échapper, a appelé la police, et c’est Packard qui est arrivé, est remonté sur le bateau et a froidement abattu les deux agresseurs.

    Étrange roman, envoûtant, aussi énigmatique que Packard qui, jusqu’à la fin reste un mystère pour le lecteur. Outre sa description, en creux, de la condition des noirs dans les années cinquante, son impact sur le lecteur viennent de la profondeur de tous les personnages. Norah, femmes blessée, remise en apparence mais qui succombe finalement à des failles cachées, Train et son ami Plural, un colosse, ancien boxeur très abîmé, dont la relation n’est pas sans rappeler Des souris et des hommes, et Packard, drôle de bonhomme, que personne ne comprend, et qui n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il est en danger. Tous se croisent, se tournent autour, pour se rejoindre dans un final que l’on sent, dès le départ, tragique. On referme le bouquin dans une sorte de rêve, ou de cauchemar, hanté par ces personnages qui n’ont pas fini de nous trotter dans le crâne.

    A noter dans vos tablettes, en début d’année prochaine, le génial "Deadwood" du même Pete Dexter, à paraître en Folio Policier. Il avait injustement fait un flop dans le Noire, il serait bien qu’il trouve son public en poche.

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  • Train

    2 août 2007 12:48
    par Thierry Godefroid ( 189 chroniques )

    C’est l’histoire d’un Tiger Woods avant l’heure, celle pas si lointaine depuis laquelle des noirs peuvent s’afficher au plus au niveau dans des disciplines réservées jusque là à une élite à la peau plus claire. Il s’appelle Lionel Walk, et on l’appelle Train. On est dans la banlieue de LA en 1953. A 18 ans, Train est caddie dans un golf fréquenté par la haute, c’est-à-dire qu’il trimballe les clubs de joueurs plus ou moins doués qui le considèrent la plupart du temps avec un mépris souverain.

    C’est aussi l’histoire d’un drôle de gus nommé Miller Packard, un inspecteur de police à la morale très particulière mais aussi un accro à l’adrénaline qui semble jouir de sa propre mise en danger, capable d’une violence extrême au mépris de la loi qu’il prétend servir.

    Les deux personnages se croisent et finissent pas faire un bout de chemin ensemble. Miller détecte très vite les extraordinaires capacités du jeune homme et l’entraîne dans des rencontres mouvementées avec de riches joueurs qui n’acceptent pas toujours spontanément de se confronter à un gamin noir. Il y a aussi la cohorte naturelle des personnages secondaires, toujours traités avec la plus grande vérité psychologique. La femme de Miller, rencontrée dans des circonstances vraiment extrêmes ; Plural, un boxer vieillissant, progressivement aveugle, aussi costaud qu’imprévisible, que train a pris sous son aile ; Cooper, le propriétaire d’un golf minable pétri d’idées progressiste, et sa très jeune épouse, une artiste déjantée salement perverse, etc.

    Le grand retour de Pete Dexter annonce la 4e de couverture. Pour une fois, le message publicitaire dit juste. On retrouve dans Train toutes les grandes qualités de cet écrivain de plus en plus rare, dont tous les romans – sauf le 1er, God’s Pocket, sorti en 1984 – ont été traduits en français. Six romans au total espacés de 2, puis 3, puis 4, puis 8 ans. Train apporte cependant un ton nouveau dans l’oeuvre de son auteur ; au pessimisme parfois étouffant qui imprègne toute sa production est superposé ici, pour la première fois ou presque, un humour qui surgit de façon inattendue au travers de métaphores originales et très imagées. Extrait, dans la bouche d’un vieux tenancier de salle d’entraînement au noble art :

    " Y a une fille qui a créché à la salle y a quelques années de ça, une fille légère, une fille des rues. Elle sentait le jus de fruit et elle inventait des mots quand elle s’envoyait en l’air. Mais pour la virer, ç’a été pareil que de faire partir un matou par le trou des chiottes. J’ai encore les marques. (...)"

    Et puis le personnage de Miller Packard n’aurait pas dépareillé chez Elmore Leonard. Mais sous les parenthèses désinvoltes, la gravité des faits et l’injustice criante qui accable les plus démunis l’emportent pour donner le ton. Train est finalement un roman saisissant, pourvoyeur d’une émotion intense et d’une saine indignation devant les situations sociales intolérables. Un très grand Dexter.

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