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« Nieve […] appartient à la lignée de ces jeunes filles diaboliquement angéliques de la littérature moderne. […] de la Claudine rebelle de Colette à la perverse narratrice de L’amant de Duras. Sans oublier les Journaux de l’apatride Anaïs Nin, auteur vénérée par Wendy Guerra. […] Mais W. Guerra choisit une citation du journal de Anne Frank pour ouvrir le roman : signe que la lignée des jeunes filles perverses et tourmentées à laquelle appartient son personnage en croise une autre, celle des victimes, celle de ces êtres dont l’enfance se voit réduite à néant par quelque grand moment historique. […] À une époque où les romans paraissent se faire seulement avec des idées, Guerra montre qu’un bon texte littéraire, quel que soit son genre, doit toujours être écrit. » El PaÃs
Ce premier roman revêt la forme d’un journal intime, celui de Nieve, qui grandit dans la Cuba des années 1980. Elle consigne là les événements marquants de son existence, de l’enfance aux prémisses de sa vie de femme.
Tiraillée entre des parents artistes et bohèmes qui se déchirent, elle va connaître un destin fait de perpétuels départs, de séparations successives. Le lecteur suit l’évolution personnelle, intellectuelle, politique et artistique de la jeune fille. Enfant, alors que ses parents viennent de se séparer, elle vit à Cienfuegos avec sa mère et son amant suédois, qui lui transmettent le goût du jeu et de la lecture. Puis son père obtient brutalement sa garde et l’entraîne dans les montagnes avec sa troupe de marionnettistes. Après avoir subi les pires traitements, elle sera confiée au « Centre de détention infantile », l’orphelinat en jargon castriste, avant de pouvoir revivre avec sa mère et quitter avec elle le sud de l’île pour La Havane d’où elles ne cesseront d’espérer une autorisation de quitter le pays. Alors que tout le monde s’en va…Au fil des mois, et des pages, la plume de Nieve se fait plus réflexive, tandis qu’elle gagne en jugement critique. Ses expériences amoureuses vont participer de l’éveil de sa sensibilité artistique comme de sa conscience politique. La pulsion créatrice, artistique est au cÅ“ur de ce récit, comme possibilité d’accomplissement, mais aussi de résistance.Chaque mot porte tant Wendy Guerra se refuse à faire usage de sensiblerie et d’emphase surfaite. L’important et l’indicible se devinent souvent en creux, ce qui confère à ce texte une intense charge émotive.