Max Mingus, à 46 ans, a déjà tout un long passé derrière lui : policier à Miami pendant 11 ans, puis détective privé, il a exécuté de sa main, sans passer par la case justice, le trio de camés très déjantés coupable d’avoir rapté et tué l’enfant qu’il recherchait, ce qui lui a valu 8 ans de prison. A peine libéré, il accepte une mission quasiment impossible : retrouver Charlie, petit garçon d’un milliardaire haïtien, Carver. Il faut dire que la somme proposée, 10 millions de $, est plutôt tentante ; et puis la mort accidentelle de sa femme, afro-cubaine, peu avant sa sortie, l’a plongé dans un état de vacuité considérable, Malgré les difficultés qu’il pressent, mettre le pied sur une terre dont il ne connaît rien si ce n’est sa misère extrême et sa situation politique instable (on est dans les dernières années du siècle dernier, peu après le départ forcé d’Aristide, dernier en date des dictateurs du pays,) le voilà plongé dans une quête longue, passionnante et au fond pleine d’empathie entre le détective et la terrain même de l’enquête.
Ce thriller est captivant à plus d’un titre : la figure de l’enquêteur, certes quasiment indestructible comme tout détective à l’esprit vif, au cÅ“ur d’acier et aux muscles qui vont avec ; son passé de taulard le rend plus apte à pénétrer et comprendre des organisations criminelles, qui sont légion à Haïti ; sa sensibilité personnelle aux enfants victimes, son aisance à pénétrer une société multiculturelle sont des atouts considérables. L’immersion( toute relative certes, - car malgré tout Max est du côté des nantis, il travaille pour eux- dans Haïti, le pays le plus pauvre du monde) est l’une des réussites majeures de ce roman : la description de la misère extrême, comme celle du quartier de la Cité Soleil, immense bidonville de Port- au- Prince, la capitale, les ravages de la déforestation qui ont transformé la terre en quasi - désert, le poids de la religion vaudoue qui font quelquefois tanguer le livre sur les lisières du fantastique, et surtout l’existence d’une société non policée où tout est littéralement possible, voilà des aspects terriblement attachants de Tonton Clarinette . Le rappel de la sanglante et accablante histoire politique de la république haïtienne ajoute à la dimension tragique de l’histoire : les liens entre la dynastie des Duvalier, Papa Doc le père et Bébé Doc le fils et les barons de l’économie, dont la famille Carver est l’un des meilleurs « fleurons » servent aussi de fils conducteur à l’intrigue ; l’auteur remonte même jusqu’à la guerre d’indépendance contre la France, fin XVIIIème, qui fit d’Haïti la seule révolte victorieuse d’esclaves de l’humanité et qui aurait donné lieu au mythe de Tonton Clarinette, ensorceleur et voleur d’enfant.
Polar au rythme soutenu, et comme cadencé par les lourds et lancinants tambours que supporte Max tout au long du récit, intrigue pleine de rebondissements et comme entrelacée dans les mythes de la religion vaudoue ; voilà un atout majeur de ce roman qui donne aussi l’image d’une famille criminelle aux dimensions d’abord d’un pays et peut-être de l’univers…
Livre vivement conseillé par bernard Daguerre
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