Morvan Lespinguen, dit La Morve, est un tueur à gages qui aime le travail bien fait, le couscous en boîte, et aussi la religion. Mais il se trompe en tuant Janet Jenkins, ce qui lui occasionne bien des soucis.
Jean-Claude Ramier est un prof de français timoré, entièrement soumis à sa femme Juliette qui ne lui laisse aucune liberté.
Passoveur est un chef d’entreprise grossier et autoritaire, marié à Geneviève, malheureuse et geignarde.
Le lien entre ces personnages, c’est Lucinda, que La Morve devait tuer, dont Ramier tombe amoureux en se demandant ce qui lui arrive, que Passoveur aime au point de la vouloir pour lui – mais morte.
Mais comme l’a dit Manchette ("dans les marches et sur les marges", déc 79), à propos de Tarzan Malade, ce n’est pas "son intrigue assez pauvre qui retient l’attention", c’est sa "réussite stylistique". Je rajouterais pour ma part la galerie très réussie de personnages secondaires tous plus incroyablement farfelus les uns que les autres. Mais c’est vrai que la force de ce roman, c’est l’écriture, construite sur les alternances de perspectives : la Morve, Lucinda, Passoveur, Ramier, et Virgile, ex-flic un peu louche. Et plus le roman avance, plus les perspectives s’emmêlent, se succèdent, se juxtaposent, de plus en plus vite. En même temps, Prudon accumule les jeux de mots, mises à distance, rappels, connivences. Après l’étourdissement, le calme revient, et l’impression qui reste est celle d’avoir lu un roman où, à la fois, l’auteur a ciselé des personnages attachants, tout en exhibant et démontant les ficelles du polar avec beaucoup d’humour et de sens critique. Une grande réussite, époque néo-polar, du polar tout court.
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