Amos Oz, écrivain israëlien, auteur de Seule est la mer, livre publié en 2002 pour la traduction française chez Gallimard, Du monde entier, puis en 2005 in Folio, est lauréat du Prix de la paix. Et militant du mouvement La paix maintenant. Son roman a pour cadre Bat-Yam, dans la banlieue de Tel Aviv au bord de la Méditerranée ; il nous raconte une histoire émouvante dont les personnages principaux, Albert Danon et Nadia, sa femme, ont quitté la Bulgarie pour se réfugier en Israël, s’y installer afin de mener une vie tranquille : "Nous sommes venus dans ce pays pour vivre de salade et d’omelette, pour trouver notre place, changer, nous défendre quand il n’y a pas d’autre solution, chasser les vieux démons, guérir des anciens cauchemars, nous installer sous la tonnelle dans le jardin d’été...". Nadia vient de mourir d’un cancer, Rico, leur fils s’est exilé au Thibet où il se cherche et Dita, sa petite amie, scénariste sexy, tient compagnie à Albert, sexagénaire loin d’être insensible à ses charmes...
La sensualité des personnages, qu’exacerbe la chaleur de l’été, donne naissance à une orgie, au sens littéraire du terme choisi par l’auteur, propice à la création d’une oeuvre polyphonique - où les personnages s’expriment tour à tour - , originale très réussie. Le roman est subtil, aérien ; Amos Oz "a voulu décoller avant de construire l’avion... j’ai compris que ce livre... devait chanter, danser, être une pièce de musique" (sic). Et l’on est à tout moment à la frontière entre poésie et prose ou à la frontière entre littérature et musique... ; il veut aussi effacer la démarcation entre tragédie et comédie. Sa grand-mère lui a toujours dit : "Lorsque tu as fini de pleurer toutes tes larmes, c’est le moment de commencer à rire.". Le livre est ainsi composé de multiples sketches et poèmes, très musicaux, qui se fondent naturellement les uns dans les autres pour ne former qu’un magnifique roman. On y trouve aussi des connotations bibliques : au Thibet, Maria, la prostituée - qui recueille
Rico - fait penser à Marie-Madeleine, ou encore le psaume de David... Tous les thèmes classiques de la vie quotidienne sont abordés, par exemple, pour Albert : "honteux du désir violent qui le traverse, il est poursuivi par l’odeur de Dita, par son parfum... la petite amie de son fils... mais où emportera-t-il son déshonneur ?". La voix d’outre-tombe de Nadia (Stabat mater, p 86) est superbe de même que les méditations de l’auteur. L’idée de la mort est omniprésente : nos morts habitent nos âmes, nous accompagnent et le lien qui nous unit à eux est indestructible. La description des paysages paradisiaques est sublime. Epris de la vie - à noter que la mort fait partie de la vie -, tous les personnages vivent en harmonie avec le cosmos dans une même quête métaphysique. Et seule la mer est toujours là . "Tout s’amoindrit. Se désagrège. Ce qui a été devient exsangue. Tous les fleuves vont à la mer et la mer est silence, silence, silence." Seule la mer est un beau roman, dense, très poétique, riche sur le plan psychologique, philosophique et culturel, particulièrement attachant.
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