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Chroniques
Jean-Marc Laherrère - 17 mars
Tu ne verras plus
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Chti31 - Décembre 2007
Le Bestiaire de Pascal Dessaint
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Prix mystère de la critique
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Pascal Dessaint à Toulouse
Suivez les pérégrinations de Félix à Toulouse.
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Rencontre virtuelle de Pascal Dessaint
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Questions envoyées le 9 mars 2008 par Claire Barbot

Question 1. Aujourd’hui je vais voter. Allez-vous voter vert ?

Ça commence fort ! Non et oui… J’ai voté pour la liste d’union de la gauche conduite par Pierre Cohen que j’ai soutenu de tout cÅ“ur. Je suis heureux et fier d’avoir été de cette aventure. Il y a désormais plusieurs Verts au nouveau Conseil municipal de Toulouse. Il y a même un adjoint aux écoquartiers ! Certaines choses vont changer, dans le bon sens. Je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous. Vous découvrirez le texte que j’ai lu à la tribune lors du dernier meeting de Pierre Cohen.

Question 2. Ma sÅ“ur pense que vous n’écrivez pas vraiment du polar. Vous êtes d’accord ?

Si l’on en juge par “La vie n’est pas une punition”, oui. Mais si j’évoque “Loin des humains” ou “Tu ne verras plus”, je suis moins catégorique. Je ne suis sans doute pas un auteur de polars au sens strict, mais je suis assurément un auteur de romans noirs.

Question 3. Je m’aperçois que les gens qui vous lisent sont des femmes. Pourquoi ?

Vous êtes entourée par beaucoup de femmes ! Sérieusement… Les lecteurs de romans sont surtout des lectrices. C’est peut-être une raison… Il se peut aussi que la manière dont je parle d’elles les touche tout particulièrement. Et pourtant il est arrivé qu’on qualifie mon écriture de misogyne. Mais depuis, je me suis soigné… car les femmes lisent mes romans !

Question 4. Pourquoi donnez-vous autant d’importance à la nature dans vos livres ?

C’est ma première vocation. A dix ans, je suis devenu ornithologue et protecteur de la nature. Dans la région où je vivais, le Nord, sur le plan environnemental, la situation était déjà dramatique, c’était dans les années 70, et ça ne s’est pas arrangé. Par des comportements aberrants, nous faisons peser les pires menaces à la planète où nous vivons. Ça me révolte. Ça me fait craindre le pire. Aussi, il me semble aujourd’hui absolument nécessaire de traiter de sujets liés à l’environnement, ne serait-ce que pour soulager mon angoisse, et parce que malgré tout j’ai envie d’espérer.

Questions envoyées le 13 mars 2008 par BiblioMan(u)

Question 1 Bonjour. Je me souviens encore de votre participation à l’aventure "Poulpe", et j’aurais tout simplement aimé savoir si l’envie vous titillait de retrouver ce personnage sous votre plume, en sachant qu’il est maintenant de retour ?

1996… C’est déjà une vieille histoire… Non, ça ne me titille pas… C’est parfois plaisant d’écrire sous la contrainte, mais il ne faut pas que ça devienne une habitude !

Question 2 Quels souvenirs gardez-vous de cette participation ?

J’étais pour ainsi dire à mes débuts. Je me souviens d’abord du plaisir que j’ai eu quand Jean-Bernard Pouy m’a proposé de vivre cette aventure, même s’il ne me donnait qu’une vingtaine de jours pour écrire mon épisode ! Quand on est capable d’une telle performance, on se dit qu’on est peut-être enfin un écrivain… Dans le polar, à l’époque, l’ambiance était un peu folle. C’étaient les beaux jours des festivals de Saint-Nazaire et de la Roche-sur-Yon où se sont créées de nombreuses amitiés. Toutes éditions confondues, mon Poulpe s’est vendu à près de cent mille exemplaires. Le livre a provoqué des rencontres tout à fait surprenantes. Ce ne sont que de bons souvenirs.

Questions envoyées le 13 mars 2008 par Cyrille Mousset

Question 1. C’est la troisième fois que Félix Dutray tient le premier rôle dans vos Å“uvres, comment est né le personnage ?

Bonsoir Cyrille, alors tu me vouvoies maintenant ? Pas moi. Je te fais des bises. Bon… Félix est apparu pour la première fois dans “Du bruit sous le silence”, il y tenait un rôle secondaire, et il ne ressemblait pas à ce qu’il est devenu, il portait alors des lunettes… Quand j’ai commencé à réfléchir au cycle que je voulais placer sous le signe de la nature, je me suis dit que j’avais besoin, une fois n’est pas coutume, d’un enquêteur récurrent, et que ce garçon ferait l’affaire… Je lui ai enlevé ses lunettes et voilà… Il s’est fait sa place dans “Mourir n’est peut-être pas la pire des choses”, il s’est étoffé dans “Loin des humains” et il a fini par tenir seul la vedette dans “Tu ne verras plus”… A l’avenir, on verra. Je vais attendre qu’il cesse de déprimer…

Question 2. Avez-vous déjà songé à réorienter Félix Dutray vers une autre carrière que celle de la police ?

Lui y songe parfois, mais c’est moi qui décide… Non, je n’y pense pas… Je conçois qu’il s’agit là d’une sorte de condamnation…

Question 3. Félix Dutray fait partie d’une famille de personnages qui gravitent dans chacune de vos Å“uvres (Marc et Magali, Elisa, Cathala, etc.), savez-vous à l’avance qui va tenir le prochain rôle ?

Je ne pars jamais au hasard dans une histoire. Je connais la structure, les sujets que je veux aborder et le rôle que je vais attribuer à chacun. Néanmoins, il arrive, et c’est une joie, qu’un personnage prenne une dimension que je n’avais pas soupçonnée. Naturellement, il prend dans le récit une place plus importante. Pour le pire ou le meilleur. Il se peut alors qu’il intervienne à des moments que je n’avais pas programmés. Donc, il y a une part d’inconnu…

Question 4. Le genre humain fait-il partie des natures cruelles pour Pascal Dessaint ?

Comment je peux répondre à une telle question ? Pour bien connaître la nature, je sais qu’aucun animal ne tue pour le plaisir, mais seulement pour survivre. Un lion repu ne vous mangera pas, sinon par peur, pur réflexe de conservation. Il y a de la sauvagerie dans la nature mais pas de cruauté. La cruauté est le propre de l’homme. Mais tous les hommes ne sont pas à mettre dans le même sac. Le genre humain est beau, complexe et, parfois, inquiétant.

Question 5. Le thème de la nature est récurent dans vos livres, quelle relation entretenez-vous avec le monde d’aujourd’hui ?

Nous allons droit dans le mur. Le monde m’effraie. Il m’oblige à la peur. Oui, une relation de peur.

Question 6. Imaginez... en dépoussiérant votre poste de télévision, vous réveillez le génie du septième art de sa boîte et il vous propose d’adapter au cinéma une de vos Å“uvres, laquelle choisiriez-vous et pourquoi ?

Mon poste de TV en aurait bien besoin… Il y a un génie du septième art ? Je l’attends !… Sérieusement… Je crois que “Loin des humains” ferait un beau film, une tragédie intéressante. Mais il se trouve que le choix, récemment, s’est porté sur “Cruelles Natures”, que va réaliser un jeune réalisateur, Franck Guérin, et qui sera produit par Alteregofilms. Ça risque d’être un film très curieux, très noir, sans concession, comme le roman. Etrange : c’est mon seul livre à ce jour à ne pas se situer à Toulouse et c’est le premier qui sera adapté… Il y a eu d’autres projets (“Du bruit sous le silence”, “La vie n’est pas une punition”), mais ils n’ont pas abouti.

Questions envoyées le 18 mars 2008 par Bernt

Question 1. Félix Dutrey, narrateur, est déprimé de l’humanité (c’est au moins mon interprétation) et pourtant il porte très haut les valeurs de l’amitié. N’est-ce pas contradictoire ?

Du tout. Une amitié solide soulage de bien des tourments. Je partage les mêmes sentiments que mon personnage. Une amitié peut être la dernière bouée, la dernière branche à laquelle s’accrocher. Et on ferme les yeux sur les horreurs du monde…

Question 2. Félix Dutrey fantasme dur... presque avec toutes les femmes qu’il rencontre. Vous aimez jouer avec ces perturbations ?

Félix Dutrey est un homme, et il aime les femmes, et il trouve des qualités en chacune d’elles… Quel homme de sa nature, intelligent et en bonne santé, serait insensible aux charmes d’une jolie femme ? Il ne me paraît si perturbé que ça, ou alors je le suis aussi et je ne m’en rends pas compte… Je ne sais pas si je joue avec ses “perturbations”, mais il est évident que celles-ci conditionnent toujours l’histoire…

Questions envoyées le 28 mars 2008 par Maïté

Question 1. Bonjour Pascal
Puisqu’il paraît que ton film préféré est « Festen », je voudrais te parler d’un autre danois célèbre…Kierkegaard ! Oui, rien que ça ! Tu disais que tu avais glissé ces dernières années vers une veine verte, écologique. Or je me demandais si le véritable glissement n’était pas existentiel (ce qui se traduirait par cet intérêt pour l’écologie). Je t’explique.
Pour Kierkegaard, il y avait trois stades dans la vie d’un homme. Le stade esthétique où l’homme recherche le plaisir, qu’il soit charnel ou intellectuel. Son désir est changeant et toujours insatisfait, ce qui le rend profondément mélancolique, voire enclin au désespoir, sauf… S’il passe au second stade, le stade éthique, où il essaie alors d’accomplir son devoir. Il cherche un engagement, que ce soit dans un amour ou une cause, en espérant ainsi donner un sens à son existence. Est-ce que tes romans d’avant « Mourir n’est peut-être pas la pire des choses », et notamment la série Emile, pourraient correspondre à une vision de l’homme dans son stade esthétique, et ceux d’après à une vision de l’homme dans son stade éthique ?

Bonjour Maïté. Je ne connais qu’une Maïté, alors je suppose que tu te prépares à un beau séjour au pays des toucans, tu en as de la chance ! Vaste et profonde question que tu me poses là… Tout d’abord, je voudrais dire que j’ai toujours considéré l’écriture comme une quête, une réflexion en mouvement d’ordre métaphysique… Mes personnages ont évolué dans leurs pensées en même temps que j’évoluais moi-même… Le glissement est assurément existentiel. Je ne pense pas cependant qu’il y ait une limite aussi nette entre les deux périodes. La période en cours n’est pas exempte de mélancolie et de désespoir. Mais elle marque certes une responsabilité différente, un engagement qui s’est franchement affirmé. C’est intéressant de réfléchir à cette question. On peut en effet porter ce regard. Mais je dois avouer que j’écris d’une manière intuitive. Si je répondais oui, cela voudrait dire que j’avais au préalable des intentions précises quant au projet d’ensemble, alors que les choses sont beaucoup plus aléatoires, plus simples. A la vérité, je me sens désarmé face à une telle question. Le ventre et le cÅ“ur guident mon écriture plus que le cerveau. J’imagine que tu as cette perception. Pourquoi pas ?

Question 2. D’après Kierkegaard, la troisième phase était le stade religieux. En effet, quel est l’homme qui peut toujours se maintenir dans le devoir ? Il se trouve alors déchiré par la réalisation que ce que je peux être, je ne le suis pas et ce que je suis, je ne le veux pas. Donc terriblement angoissé, voire désespéré. Mais chez Kierkegaard, cette angoisse n’est pas forcément une mauvaise chose. L’homme angoissé est un homme éveillé, qui a conscience d’autre chose et qui le cherche. Le désespoir n’est qu’une étape vers cette autre chose. Ce qui m’amène à ma question…et Dieu dans tout ça ? Comment se fait-il que toi qui as toujours écrit des romans aussi existentiels, tu n’aies jamais (dans mon souvenir en tout cas) mis d’église, de prêtre, de nonne, de questionnement sur la foi dans tes romans ?

J’ai mis en scène, furtivement, une nonne, et c’était un homme… Ça serait difficile pour moi. Je respecte les croyances mais je ne suis pas croyant. Je n’ai jamais ressenti la nécessité de m’interroger sur la foi. Le drame, c’est que si elle console l’individu, elle génère souvent, en même temps, du malheur. Dès lors, je fais œuvre de mécréant.

Questions envoyées le 5 avril 2008 par BS

Question 1 : Comment choisis-tu les lieux où tes personnages vivent, agissent et meurent ?

Le plus simplement du monde. Je connais toujours les lieux que je décris, pour y avoir vécu, pour m’y être promené par hasard. À un moment ou à un autre, ils s’imposent à moi comme le cadre idéal d’une histoire et mes personnages y trouvent naturellement leur place. Parfois, cependant, j’ai le goût de l’aventure ! J’étends le plan guide de Toulouse, par exemple, et je pointe un secteur dont j’ignore presque tout. Pendant quelques jours alors, j’enquête, je visite, je m’imprègne. La toponymie m’inspire beaucoup. J’essaie de rendre une certaine poésie, une certaine singularité. J’ai la matière à disposition. C’est confortable.

Question 2 : Se loger dans une péniche sur les bords du canal du Midi, c’est un rêve à toi ?

Ce n’est pas un rêve, mais j’avoue que j’ai pensé un jour que ce serait une expérience intéressante. Félix Dutrey ne vit pas sur une péniche par hasard… D’une certaine façon, je vis désormais sur une péniche par procuration… Certains lecteurs, aujourd’hui, sont convaincus que j’ai réellement vécu sur l’eau. C’est possible…

Question 3 : Dans Tu ne verras plus, il pleut beaucoup. Et alors la carte postale, Toulouse, ville rose, qu’en fais-tu ?

Il faut battre en brèche les clichés ! En plus de vouloir coller à l’état d’esprit déliquescent de mes personnages, je rends compte là d’une réalité météorologique : le printemps à Toulouse est généralement pluvieux ! L’épisode du sanglier qui, chassé du bord de Garonne par les pluies diluviennes, remonte soudain une rue de Toulouse, est vrai.

Question 4 : Toulouse, ville verte, écolo au quotidien, est-ce possible ?

Il y a désormais une volonté dans ce sens. Cela dit, une ville restera toujours une ville, avec les nuisances sonores et autres que cela suppose. Il dépend pourtant de chacun de nous. Il y a de l’espoir, bien que souvent, par leurs comportements, les gens m’affligent. A Toulouse comme ailleurs, la prise de conscience est lente.

Question envoyée le 5 avril 2008 par Louison

Question 1 : Bonjour, Je viens de terminer "Cruelles natures", c’est le troisième livre de vous que je lis. J’ai beaucoup aimé, comme les 2 autres (Loin des humains et Mourir n’est peut-être pas la pire des choses) et surtout j’aime votre intérêt pour les oiseaux.
Enfin, voici ma question, pourquoi cette noirceur ? Ce pessimisme ? On ne sort pas indemne de vos lectures...
Cordialement

Merci, Louison, pour le compliment. Pourquoi cette noirceur ? Je dirais simplement, paraphrasant Victor Hugo, que le monde est noir et que, dès lors, je n’ai pas d’autre choix. Mais ça ne m’empêche pas de parler des fleurs et des petits oiseaux ! Suis-je pessimiste ou lucide ?

Je tiens à remercier chacun pour l’attention portée à mes livres. Je ne vous cacherai pas que je suis fier d’avoir d’aussi bons lecteurs ! Bon vent littéraire ! Amitiés. Pascal Dessaint

http://www.pascaldessaint.fr/Pascal_Dessaint.html


Tu ne verras plus A trop  courber  l’échine Cruelles natures La  vie  n’est  pas  une  punition Loin  des  humains On  y  va  tout  droit Mourir  n’est  peut-être  pas  la  pire  des  choses Du  bruit  sous  le  silence Une  pieuvre  dans  la  tête Les  hommes  sont  courageux Bouche  d’ombre Un  drap  sur  le  Kilimandjaro :  chroniques  vertes  et  vagabondes Les  paupières  de  Lou

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