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Le serpent aux mille coupures Citoyens clandestins Citoyens clandestins

Rencontre virtuelle de DOA

avec les internautes
Mise en ligne le Mars 2009 | 2013 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami


Photo C. Hélie Gallimard

Laurent : Une question toute bête : Pourquoi DOA ?

DOA : C’est un sigle, il faut donc en prononcer les lettres séparément, comme des initiales. Il a plusieurs significations mais la plus communément admise est Dead On Arrival (mort à l’arrivée), issue de la terminologie médico-légale américaine. Et tout à fait appropriée au genre dans lequel j’ai choisi d’œuvrer. A une époque où nous sommes de plus en plus exposés, j’ai voulu conserver un peu de distance entre la partie publique de mon métier et ma vie privée, d’où l’utilisation d’un pseudo.

Vero : Bonjour J’ai eu le plaisir de vous rencontrer à Frontignan. Vous n’êtes pas forcément un personnage public, que l’on croise souvent ou dont on parle, sauf à la sortie de votre livre. J’aime bien lire votre blog. Vous serez à Lyon, retournerez vous à Frontignan ?

DOA : Merci pour le blog. Je ne suis pas très assidu mais c’est surtout par manque de temps. Je serai à Lyon pour Quais du polar cette année. Je n’irai en revanche pas à Frontignan, mon agenda ne me le permets pas.

BS : Plus largement, déplacez-vous facilement, acceptez-vous les invitations en bibliothèque, dans les librairies ?

DOA : J’accepte assez volontiers de me déplacer. Mais je dois avouer que je préfère éviter les rencontres ou les signatures mal ou peu préparées. C’est une perte de temps et d’argent pour les organisateurs et pour moi si le public ne répond pas présent lors de ce genre d’initiative. Quitte à traverser la France pour rencontrer des gens, autant s’assurer qu’ils y soient.

Bernt : Il y a beaucoup de protagonistes dans ce polar : le motard, les Colombiens, les vignerons, le couple, les enquêteurs... Est-il difficile de donner vie à autant de personnages en si peu de pages ?

DOA : D’aucun disent que je n’ai pas réussi. J’ai lu ici et là des critiques qui expriment une certaine frustration de ne pas en voir plus sur les différents protagonistes, allant même parfois jusqu’à les qualifier de « caricatures ». Evidemment, je ne suis pas d’accord. Je dirais même que j’ai plutôt gagné mon pari. Vouloir en savoir plus cela veut dire que l’on a été suffisamment accroché.

Et non, je n’ai pas trouvé difficile de leur donner vie, même en si peu de pages. L’idée qui sous-tend le « Serpent » est celle de la cristallisation d’une situation et de son explosion. A partir de là, j’ai essayé d’en explorer les différentes facettes à l’aide des personnages qui s’y retrouvent naturellement impliqués, que ce soit à cause de leur place dans la société ou de leur rôle dans la création de ladite situation. Le but n’étant pas de discourir sur eux mais de suivre l’enchaînement des évènements, je me suis contenté de donner à voir pour chacun ce qui était essentiel. C’est une toute petite fenêtre sur les réalités de gens qui entrent en collision sans l’avoir réellement cherché. Comme dans la vraie vie, on ne sait pas toujours tout des gens que nous croisons.

Bernt : Votre polar est un vrai massacre. Tuer un personnage est-ce plus difficile que le créer ?

DOA : Non, au contraire, un personnage peut s’effacer d’un trait de plume alors qu’il faut parfois tout un livre pour le construire. Les seules questions à se poser sont pourquoi (au sens de qu’est-ce que cette mort apporte à mon récit), où, quand et comment ?

Eric Porte (+ Bernt + Laurent) : Allez vous abandonner Lynx ou au contraire en faire un personnage récurrent à la Connelly.

DOA : Lynx est un personnage qui a acquis une certaine autonomie au fil du temps. Je ne vous cacherai pas que j’avais initialement envisagé de le tuer à la fin de « Citoyens Clandestins ». C’était son destin. En accord avec toutes les extrémités auxquelles il se livre au cours du récit (et celles que l’on devine dans son passé). Mais je n’ai pas pu m’y résoudre et j’ai laissé la question en suspens à la fin du roman. Il revient dans une position différente dans le « Serpent », et reviendra peut-être plus tard encore, sûrement en fait, mais j’ai semé, dans ce quatrième livre, la graine qui scelle d’ores et déjà son karma. Je ne crois pas qu’il deviendra un vrai récurrent, j’y vois le risque de l’épuiser et de m’épuiser avec lui. Je n’ai pas envie d’écrire que sur Lynx et son univers.

Travis : Une question qui me trotte dans la tête depuis un moment. Lynx c’est un peu toi ? dans le sens c’est un peu un reflet, une projection d’une personnalité qui te plait ? Un peu comme Scorsese qui se projetait à travers De Niro et les personnages qu’il incarnait... Je ne sais pas si je suis très clair. En tout cas à bientôt et comme toujours le meilleurs pour "Le serpent".

DOA : En tant que romancier, il y a un peu de moi dans chacun de mes protagonistes, le bon comme le moins bon. Plus chez certains que chez d’autres. Dans « Citoyens », les 3 personnages principaux reflètent, dans une certaine mesure, des facettes de ma personnalité et de mon vécu. C’est encore le cas dans le « Serpent », avec d’autres. Je me sens ainsi très proche d’Omar Petit et du lieutenant-colonel Massé du Réaux. Mais peut-être que Lynx est ma part d’ombre. (rires)

Bernt : "Sous ses pieds, le sol dur, irrégulier. Gelé." Vous écrivez à l’oreille, comme Marc Villard ?

DOA : A l’oreille, non. Au ressenti. Je projette, je me remémore avant d’écrire, je cherche à retrouver des sensations. Et après de les retranscrire en allant à l’essentiel, de la façon la plus simple possible pour transmettre ladite sensation. Et le style s’adapte, plus long dans les moments de contemplation, plus saccadé, jusqu’au télégraphique, dans les moments d’urgence et de confusion. Avec toujours en tête cette envie de sécheresse, d’épure.

Cynic63 : Travaillant comme scénariste, comment appréhendes-tu les deux approches d’écriture (scénario et roman) et, surtout, quels sont les principaux écueils à éviter quand on "jongle" avec ces deux genres pour ne pas risquer un "mélange pas très homogène" ? J’espère que je ne suis pas trop confus. Merci.

DOA : Il y a une part de travail commun. Comme j’essaie de travailler sur les mêmes thématiques dans les deux domaines, tout ce qui, à mon sens, concerne réflexion de fond, documentation, création et développement de l’intrigue, des personnages, suit à peu près le même cheminement. A noter cependant que pour diverses raisons, j’ai décidé de m’orienter quasiment exclusivement vers l’adaptation (des écrits des autres) au cinéma et à laisser tomber la télévision. Cela change un peu l’approche du travail, il y a un pré-existant.

Sinon, pour le reste, les deux écritures n’ont vraiment rien à voir. Là où le romancier recherche, en plus du reste, à donner un style à sa langue, le scénariste doit être le plus neutre et le plus didactique possible. Le romancier ne travaille que pour lui. Le scénariste, dernière roue du carrosse audiovisuel, est au service du réalisateur. Il n’y a pas vraiment de liberté en TV ou au cinéma, pour un scénariste. Elle est totale en littérature. Et le plus grand risque pour moi serait de perdre ma « littérature » à trop manipuler un langage cinématographique simplifié parfois à l’excès qui, dans sa pratique quotidienne, surligne tout.

Jean-Marc Laherrère : Ton écriture est très visuelle, très cinématographique. Est-ce un effet que tu recherches ou est-ce le style qui te vient "naturellement" ?

DOA : Visuelle, j’accepte, et c’est effectivement assez naturel, bien que tous mes textes aient procédé d’un long et continuel travail de relecture et de correction à mesure qu’ils se sont écrits. Cinématographique, non. L’écriture cinématographique, ce n’est pas ça. Une illustration : dans un roman, les personnages pensent toujours beaucoup, déduisent, réfléchissent et, ce faisant, font passer des informations au lecteur. Dans un film, on ne peut pas recourir à la pensée et l’usage systématique de la voix-off peut rapidement se révéler lourdingue. Il faut trouver d’autres moyens pour transmettre l’information, des moyens spécifiques au médium, qui passent par l’image et le son. C’est entre autres ça, l’écriture cinématographique.

Dominique Manotti : J’aime beaucoup l’écriture, rapide, efficace et élégante. Comment écris tu ? Est ce que ça vient "spontanément" (le style, c’est l’homme), ou est ce le fruit d’un travail, et de quel type ?

DOA : Les deux, mon capitaine. J’ai une approche d’abord pragmatique et naturelle de l’écriture. Le texte doit dire ce que je souhaite qu’il dise, de la façon la plus efficace possible. Cela passe par les mots, leur sens, et le rythme des mots. La taille et la structure des phrases correspond au moment, au sujet. Mais j’ai aussi une approche plus laborieuse de l’écriture, dans un second temps. Il faut couper le superflu, garder l’essentiel, éviter les lourdeurs et les métaphores poétiques maladroites. L’art de la métaphore n’est pas donné à tous. Pas à moi en tout cas. Donc plus ça va, plus je vais à l’os et me surveille constamment.

Travis  : Est ce que pendant la phase d’écriture d’un roman, tu continues à lire "pour le plaisir" ou bien te détaches-tu de la lecture, autre que les recherches pour l’œuvre en court d’écriture ?

DOA : Je ne « recherche » plus quand je rentre dans mes phases d’écriture, en général assez intenses. Je suis donc libre de lire ce que je souhaite. Mais je n’y parviens pas toujours. Mon esprit a du mal à se concentrer sur autre chose ou à ne pas remettre en cause ce qu’il lit à l’aune de ce qu’il écrit. C’est assez pénible, en fait.

Antoine Chainas : Première question sans intérêt mais qui te fera remplir quelques lignes de plus - c’est mon côté sadique : Quelle différence entre Nemesis (premier titre de travail, ce me semble, et accessoirement intitulé d’un superbe page-turner des années 80 signé Shaun Hutson) et Serpent version finale ? Et puis pourquoi cette nouvelle appellation "pulpesque" ?

DOA : Aucun rapport entre les deux, Nemesis est le titre de travail d’un autre roman, à ce jour inachevé. Quant à l’appellation, elle a tout à voir avec les deux protagonistes principaux de l’histoire, Tod, celui qui pratique le Leng Tch’e, et le Motard, le serpent du titre.

Antoine Chainas : Autre question sans intérêt mais qui me taraude encore et toujours : Existe-t-il, selon toi et d’une manière générale dans la littérature de genre, une écriture, une narration "à l’américaine" ?

DOA : Il existe dans la littérature américaine, générale ou de genre, des courants narratifs peu pratiqués chez nous, comme le courant « behavioriste », et, d’une façon plus globale, cette littérature est traversée par une pulsion d’efficacité qui relègue la langue, le plus souvent, au rang de simple outil. Il n’y a pas comme chez nous, je crois, cette vénération du mot, chez les auteurs américains, cette quasi-divinité des Lettres. Ils n’hésitent pas à dénaturer, tordre, presser, faire rendre gorge à leur langue. Cela leur donne, à mon avis, une plus grande liberté, une fantastique vitalité littéraire. En ce sens peut-être peut-on parler de « narration à l’américaine ». Et il est probable qu’elle influence plus certains d’entre nous élevés au biberon de la culture US plutôt qu’à celui des belles lettres à la française.

Laurent (Et Travis) : Le format de votre dernier livre est beaucoup plus court que Citoyens clandestins. Était-ce une envie de faire moins dense, ou plutôt un manque de temps, ou un choix éditorial ?

DOA : Choix personnel doublé d’une évidence, l’histoire que je voulais raconter, comme je voulais la raconter, n’aurait pas souffert d’être plus longue. Elle aurait perdu en énergie. A chaque roman sa forme et sa taille propres.

Eric Porte : Etant amateur de cinéma, avez-vous des propositions d’adaptation de Citoyens clandestins ?

DOA : Une option a été mise sur les droits audiovisuels de « Citoyens clandestins ». Et un script est en cours d’écriture. Je n’interviens pas dans ce travail. Il faut cependant rester prudent, une option n’est rien d’autre que cela, une option, et ne garantit absolument pas que le film se fera.

Bernt : Page 110, vous écrivez : "Quand les chefs s’en prennent aux sous-fifres, neuf fois sur dix, c’est parce que les sous-fifres sont top bons. Et ça les angoisses, les chefs, les sous-fifres trop bons." Est-ce du vécu ?

DOA : A votre avis ? (rires)

Bernard Blanc : Le polar doit-il être engagé ? Peut-il servir à éveiller les consciences ? Bref, l’écrivain est-il un militant ? Veux-tu écrire avec moi un grand polar anti-nucléaire ?

DOA : Non, le polar, qui est et demeure de la littérature, ne DOIT rien, il est. Peut-être peut-il servir à éveiller les consciences, mais cela revient à conférer à la littérature un bien grand pouvoir. Existe-t-il dans l’histoire littéraire un exemple d’œuvre qui ait éveillé quoi que ce soit au-delà de son auteur ? Et pour écrire ce polar, Bernard, il faudrait que trois conditions soient remplies : que nous puissions travailler ensemble pour faire quelque chose de GRAND, ce qui me semble a priori présomptueux, que j’adopte une position anti-nucléaire, or vous aurez remarqué que j’évite bien de prendre parti pour quoi ou qui que ce soit dans mes romans, et enfin que je ne sois pas déjà en train d’aborder la question du nucléaire dans un texte à quatre mains avec Dominique Manotti.

Katia : Le polar un genre porteur ? Finalement n’est-ce pas un des rares genres littéraires qui peut tout aborder et finalement traiter les vrais faits de société ?

DOA : Porteur, assurément, il n’y a qu’à voir le nombre de collections noires qui occupent les tables des libraires. Viable ? Pour la plupart de ses auteurs, non. Pour ses éditeurs, sans doute encore un certain temps, jusqu’à ce que l’abondance se transforme en surabondance et fasse décliner la qualité des ouvrages publiés.

Et le polar est sans doute un des rares genres qui aborde les faits de sociétés, mais les traite-t-il vraiment ? Et puis ce n’est pas le seul à le faire et certainement pas le seul à pouvoir le faire. On peut tout de même se poser la question de savoir quelle peut être la légitimité des auteurs de noir à aborder et traiter les sujets de société. Sont-ils plus légitimes que les journalistes, par exemple ? Ou que les sociologues ? Ou que les politiques ? Ou que les simples citoyens, ce qu’ils sont et restent, en fin de compte ?

Travis  : Est ce que le Polar et la SF ne sont pas finalement les deux genres permettant le mieux une critique sociale et un divertissement ?

DOA : Ces deux genres font ces deux choses. Et le font souvent bien. Mais la littérature générale peut le faire aussi. Aujourd’hui, elle est traversée par d’autres aspirations, du moins en France. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Et il n’y a aucune raison pour que cela ne change pas à nouveau. Finalement, on en revient toujours à une guerre de cases, de catégories. Je trouve cela assez fatiguant, en fait, en tant qu’auteur.

Laurent : Pourquoi être passé du polar SF/Fantastique au polar sombre ?

DOA : Je n’ai pas l’impression que mes deux premiers livres étaient plus gais, moins sombres que mes deux derniers opus. Plus maladroits peut-être, moins efficaces à la rigueur… mais moins sombres ? Et puis, je me plais à répéter partout, même si l’on ne veut pas l’entendre, que ma ligne n’a pas vraiment varié, en fait. Depuis le début, j’écris du Noir et je me permets d’aborder les thématiques que je veux, aux époques qui m’intéressent. Qu’il s’agisse du passé récent (« Citoyens » et « Le serpent ») ou d’un futur proche (« Les fous d’avril »). De ce point de vue, les seules choses qui m’importent sont la cohérence et le réalisme - éventuellement prospectif - des univers que j’explore. Maintenant, il existe toujours, chez l’éditeur, le distributeur et le lecteur, cette tentation de la case… Celle dans laquelle il faut ranger les auteurs et leurs livres.

QQ.Lapra : De quoi se cache-t-on lorsqu’on écrit ? Les masques ont-ils une âme qui les révèle au "monde du réel" ? Pourquoi dépenser cette énergie pour "raconter une histoire" ?
Pourquoi, pourquoi ? Et la princesse de Clèves dans tout ça ?

DOA : Je n’écris pas pour me cacher, j’écris sur le chaos du monde parce que le chaos du monde m’effraie et que, paradoxalement, je cherche – mais c’est impossible – à lui redonner un sens, un ordre. Je dépense donc de l’énergie pour faire ma catharsis. En fait, on pourrait presque penser que mes lecteurs sont mes psys (rires). Quant à « La princesse de Clèves » n’est-ce pas ce livre récemment revenu en odeur de sainteté malgré lui pour d’obscures raisons que je n’ai pas saisies ?

John Doe : Félicitations pour vos deux derniers livres remarquables. Votre éditeur – et ce n’est pas toujours le cas – met le paquet au niveau communication pour la sortie de votre dernier livre. Ça fait quel effet de se sentir soutenu ?

DOA : Merci pour vos compliments sur mes romans. Vous semblez très au courant des pratiques de mon éditeur, plus que moi en fait. Je vous laisse donc seul juge du « paquet », réel ou supposé, qu’il met pour me soutenir. Je crois qu’il fait, avec moi, comme avec le reste de la Série Noire, un excellent travail. La collection se porte bien, elle a déjà ses stars Férey, Nesbo, Bruen, ses outsiders qui montent Chainas, Stone, et tout le monde parle d’elle. En ce sens, je ne me sens pas tant « soutenu » que partie prenante d’un avènement, d’une renaissance. Et ça fait du bien, oui.

Philippe : Je viens d’achever la lecture du SERPENT.... Et cela me fait penser à du Francis Ryck : LE COMPAGNON INDESIRABLE, porté à l’écran par Robert Enrico en 1972 avec Philippe Noiret, Marlène Jobert et Jean Louis Trintignant. Même genre d’histoire : un type recherché pour on ne sait quoi et par on ne sait qui et qui trouve refuge au fin fond du trou du cul de la France, chez un couple de paysans... Je ne dis pas que c’est du plagiat. On a le droit d’avoir des influences. Et puis parmi les dizaines de milliers d’histoires qui germent dans la tête des auteurs, il peut parfaitement y en avoir parfois des semblables ou simplement approchantes. L’histoire est très bien construite et l’intrigue haletante. Quant aux persos, il n’y en a pas de principal, et c’est tant mieux. Il n’y a rien de plus insupportable qu’un perso qui monopolise tout le livre, de la première à la dernière page. J’attends le suivant avec impatience.

DOA : Merci de votre « impatience ». Je ne saurais dire si j’ai subi des influences de Ryck – ou alors sans doute bien malgré moi – je ne connais pas son travail. Mais Dominique Manotti m’a assuré que c’était une comparaison plutôt flatteuse alors… Pourquoi pas ?

Cynic63 : Ton pseudonyme d’écriture Dead On Arrival est aussi le titre d’un excellent film noir de 1950. J’aurais aimé savoir si ce cinéma de genre, et de cette époque, fait partie de ton "panthéon" (je ne trouve pas d’autre mot) ?

DOA : Rudolph Maté, oui. Un réalisateur que j’ai découvert après avoir visionné le remake de DOA, sorti dans les années ’80 avec Dennis Quaid. J’ai vu pas mal de films noirs des années ’50 / ’60, comme tout un chacun. Je connais assez bien le cinéma d’Hitchcock, celui de Welles, mais je dois avouer que ces films ne font pas vraiment partie de mon panthéon, qui s’est construit avec des Å“uvres plus proches de moi et de mon époque. Parmi mes réalisateurs fétiches on trouvera donc des gens comme Michael Mann, Martin Scorcese, Brian dePalma, Ridley Scott, Francis Ford Coppola, David Fincher, Gus Van Sant, Curtis Hanson, etc.

Jean-Marc Laherrère : Je vois une grande parenté entre tes romans et ceux de Dominique Manotti : Même rigueur dans la recherche, la documentation et la construction, même type d’écriture sèche, sans un mot de trop. Est-ce un écrivain qui t’a inspiré ? D’autre part, j’avais cru entendre parler d’un travail en commun ? Rumeur ou réalité ?

DOA : Dominique Manotti est sans doute l’auteur de noir français que je respecte et apprécie le plus. Je l’ai découverte avec « Nos fantastiques années fric » et ne l’ai plus lâchée depuis. Et nous avons une idole commune : James Ellroy. En plus j’ai de la chance, elle est devenue mon amie. Malheureusement pour elle, j’ai réussi à l’entraîner à nouveau sur les sentiers de la perdition audiovisuelle, en 2007, pour un projet qui ne verra pas le jour avec nous – à la télé en tout cas – puisque nous avons décidé de transformer notre vision en roman à quatre mains. Une première pour nous deux, mais un exercice assez intéressant et stimulant. Cela va nous réclamer encore pas mal de travail et d’adaptation à nos façons de faire respectives, mais nous sommes effectivement animés d’un même esprit et des mêmes envies. Ce roman devrait paraître en 2011, à la Série Noire.

Dominique Manotti : J’ai beaucoup aimé Le Serpent aux mille coupures, que j’ai lu d’une traite.
Je sais que tu as beaucoup travaillé dans les jeux vidéo. Ce travail passé influence-t-il aujourd’hui ta façon de construire tes histoires ?

DOA : Je ne crois pas. Le jeu vidéo en est encore à ses balbutiements du point de vue de la narration. Et puis celle-ci est contrainte par un facteur incontournable : l’interactivité, le joueur est en quelque sorte créateur de sa propre histoire. Les scenarii de jeu vidéo, très souvent limités dans leur portée et leur profondeur, ne constituent pour l’essentiel qu’un habillage, un décorum et sont des versions simplifiées, allégées, d’intrigues de films ou de romans.

Olivier VERSTRAETE : Est-ce que la situation sociale que traverse le monde en général et la France en particulier inspire un auteur comme DOA ?

DOA : Il me semble, à lire mes deux derniers romans, que c’est le cas. Même si ce n’est pas l’objectif premier de mes livres, c’est au moins là en filigrane. Maintenant les gens ont-ils vraiment envie de lire sur la ou les crises que traverse ce pays ? Je n’en suis pas sûr. Et je ne me pose pas en militant, tout au plus en observateur sélectif. Je ne suis pas là pour condamner, dénoncer ou critiquer au sens négatif du terme. D’une part parce que je ne crois pas que cela soit mon rôle et d’autre part parce que je ne me sens pas légitime pour le faire. Je ne suis pas expert en quoi que ce soit, je suis auteur, romancier.

Laurent : Beaucoup de musique dans Citoyens Clandestins, tient-elle de la place dans votre processus d’écriture ?

DOA : J’écoute beaucoup de musique. Elle a ce pouvoir de révéler, sublimer, provoquer des émotions très fortes chez moi. Je travaille en musique. Dans « Citoyens », j’ai cherché un moyen de faire partager mes écoutes au lecteur de façon intelligente et pas plaquée. Lynx « le mélomane », dont chaque écoute précède une action, en est devenu le vecteur parfait.

Eric Porte : Comme je suis friand de votre univers, voudriez vous me faire découvrir des livres ou des disques de chevet. Ce serait un honneur de les lire ou de les écouter. Je viens de prendre le dernier Fredo Viola. Je suis en train de multiplier les écoutes.

DOA : Parmi mes livres de chevet classiques on peut trouver, entre autres, « LA Confidential », « Le Seigneur des Anneaux », « Les sept piliers de la sagesse », « American Psycho », « Les fleurs du mal », le livre de Mishima sur le Hagakuré et, les ayant rejoints récemment, « La Griffe du chien ». Parmi mes découvertes plus récentes, je citerai volontiers Gene Kerrigan et Cormac McCarthy. Tous leurs livres. Musicalement, en ce moment, j’écoute beaucoup Interpol et de nombreux autres groupes qui oeuvrent dans la même veine pop/rock, sans négliger mes classiques, Hendrix et Bowie, Sakamoto et Prince, 242, Joy Division et Art of Noise, etc. Et tout une ribambelle d’artistes électroniques aux noms obscurs.

Eric Porte : Monsieur soyez assuré d’avoir un lecteur. Je vous engage malgré tout à garder les pieds sur Terre et de ne pas faire comme certains qui "ont quitté la terre". Ceux-là me rendent triste car je suis obligé de les abandonner (Ex Maurice G. Dantec).

DOA : Je vais faire mon maximum, promis, sachant que n’étant pas amateur de certains abus, de confiance en moi notamment, je suis peu exposé aux risques de « décollage ». (rires)


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