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Rencontre avec Yasmina Khadra

Mise en ligne le Décembre 2006 | 3003 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

A l’occasion de la sortie de son roman L’Imposture des mots aux éd. Julliard, Yasmina Khadra a accepté de se prêter en avril 2002 au jeu des questions réponses avec l’ensemble des abonnés de la liste de discussion du site Mauvais genres.


Questions portant sur la trilogie du commissaire Llob

Jean-Marc Laherrère : Tout d’abord merci et bravo pour vos romans, qui en plus d’être beaux, âpres et poignants, font partis des rares écrits qui nous arrivent d’Algérie, et nous raconte son drame de l’intérieur. Le commissaire Llob est honnête, et cherche la vérité, même, et surtout, si cela l’amène à mettre en cause des gens très haut placés. Est-ce pour cela qu’il était condamné dès le départ ? Ou au contraire, sa mort est devenu une nécessité qui est apparue au cours de vos romans ? Plus généralement pourriez vous nous raconter comment ce personnage a vu le jour, et a évolué ?

Yasmina Khadra : J’ai pensé au commissaire Llob en 1986. A cette époque, les étals de nos librairies nous proposaient des ouvrages qui ballottaient entre une littérature "savante", voire pédante et un arrivage de livres horribles, outrageusement chauvins et indigestes que leurs auteurs tentaient de faire passer pour des textes engagés. Le lecteur algérien s’en plaignait beaucoup. J’ai décidé de lui soumettre des romans policiers pour le divertir. Mes ambitions étaient modestes. Jamais je n’avais soupçonné que Llob allait conquérir des milliers de lecteurs en Europe et s’entourer de fans en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Suisse et jusqu’en Autriche. Mais mon statut d’officier ne m’autorisait pas à dépasser certaines limites, encore moins d’embrasser un genre traditionnellement considéré comme mineur et dévalorisant. En optant pour la clandestinité, en 1989, j’ai renoué avec Brahim Llob en écrivant d’une traite "Le dingue au bistouri", salué par la presse algérienne, et "La foire", certainement le plus médiocre ouvrage que je connaisse. "Morituri" est né en 1994 sous le pseudonyme de Yasmina Khadra. Il devait paraître en 1995. Cette année-là, des attentats intégristes meurtriers avaient bouleversé la France. Gallimard ne savait comment réagir. La première version de "Morituri" était d’une virulence extrême. Mon anonymat rendait sa publication aléatoire. Après 17 mois d’indécision, mon manuscrit a atterri aux éditions Baleine, par je ne sais quel hasard, et l’aventure a commencé ainsi. C’est vrai que la mort prématurée de Llob est injuste puisqu’il s’est éteint au moment où il a commencé à se faire aimer. Je le regrette aujourd’hui, ce qui ne m’empêche pas de le ressusciter à travers une enquête antérieure puisque un roman est déjà en chantier et sera prêt, inchallah, avant la fin de cette année. En 1997,je traversais une période assez pénible et les rumeurs qui menaçaient ma personne m’ont amené à écrire "l’Automne des chimères" pour mettre en garde ceux qui tentaient, par amitié, de me démasquer contre les conséquences malheureuses de leurs entreprises.

Jean-Marc Laherrère : Est-ce que les romans mettant en scène Llob sont vos premiers romans ?

Yasmina Khadra : Non. J’avais écrit six livres avant, sous mon vrai nom. Des romans assez modestes ainsi que deux recueils de nouvelles primés en Algérie et en France.

Jean-Marc Laherrère : Pourquoi avoir choisi le roman policier, avec ses codes, pour écrire ce qui vous tenait à coeur ? Est-ce le résultat d’un choix conscient, ou une nécessité qui s’est imposée à vous ? Et dans ce cadre, pourquoi avoir pris un personnage de policier (donc représentant de l’état) comme personnage principal plutôt qu’un "civil" (privé, journaliste, simple quidam ...) ? Etait-ce une façon de relier ce personnage à votre expérience personnelle de militaire ?

Yasmina Khadra : Le choix d’un flic n’a jamais eu lieu. Avant "Morituri", j’avais écrit deux romans blancs pour rendre compte de la situation intégriste dans mon pays. "Les Califes de l’Apocalypse" (1989), dont lequel j’annonçais la guerre civile qui sévit encore au bled. C’était un livre prémonitoire, tellement violent que les éditeurs parisiens, y compris Julliard, l’avaient rejeté, pensant qu’il s’agissait d’une autre audace sensationnelle puisque le syndrome Salman Rushdie embrasait la planète entière à l’époque. En 93, j’avais proposé un autre roman "La part des choses" - l’intégrisme au début des hostilités, vu de l’intérieur puisque je relatais l’histoire d’une unité militaire dans les maquis. Là encore, j’ai essuyé des refus ; certains éditeurs situant mon texte en-deçà des qualités littéraires minimales, d’autres, comme Robert Laffont, me suggérant d’atténuer la violence des tortures telle rapportée dans mon texte. Début 94, j’ai soumis à un autre éditeur parisien "Les Agneaux du Seigneur". Ce dernier me proposa de participer financièrement à la fabrication de l’ouvrage. Je n’avais pas les moyens d’insister, et le manuscrit fut disqualifié. " Morituri" est venu au monde suite à un choc psychologique qui a failli m’emporter. Un attentat terroriste dans un cimetière, à Sidi Ali, du côté de Mostaganem. C’était la première fois que je voyais des enfants déchiquetés par une bombe artisanale enfouie dans une tombe. J’avais perdu mes repères. Pendant trente jours, j’ignore ce qu’il m’était arrivé. Au sortir du cirage, j’avais "Morituri" entre les mains. Je suis incapable de dire comment je l’ai écrit.

Luis Alfredo : Je viens de finir Double blanc. Superbe, au style sec et saignant ! et souvent hilarant, malgré la réalité tragique à laquelle il fait référence.

Vous avez écrit sous pseudonyme et vous ne projetez pas de l’abandonner. Mais pourquoi avoir choisi un pseudo féminin ? Cela a-t-il à voir avec la condition des femmes en pays musulman ?

Yasmina Khadra : Si l’Algérie tient encore debout, c’est grâce aux engagements de la femme. Il fut un temps où le fait de pleurer une victime du terrorisme ou de geindre un peu plus que les autres vous exposait d’office aux représailles des GIA. Les gens témoignaient de la tragédie cachés, le visage derrière un écran flou, la voix déguisée. La peur était partout ; les attentats et les assassinats s’encordaient à travers une spirale insoutenable. Et pourtant, alors que s’attarder dans la rue relevait d’une attitude suicidaire, une femme a osé condamner les exactions intégristes à la télé, le visage flamboyant de vaillance, la voix claire, nette et péremptoire. Devant des millions d’Algériens pétrifiés. Pour nous tous, cette femme venait de s’étaler sur l’autel des sacrifices. On avait pitié pour eux ; certains lui en voulaient de provoquer sottement la colère des gourous. Cette femme fut traquée des mois durant. Cela ne l’a pas empêché de revenir dire son dégoût aux Assassins. Son zèle dépassait l’entendement. Lentement, d’autres femmes l’ont rejointe. Bientôt des manifestations investissaient l’hypothique espace public négligé par les Tueurs d’enfants. Rien ne semblait dissuader ces femmes-là. On avait beau les décapiter, les dépecer, les enlever la nuit pour les écarteler au petit matin après les avoir violées par contingent entier, les femmes redoublaient de pugnacité, piétinant tchador et slogans obscurantistes. Les hommes mettront longtemps avant de s’inspirer de leur courage et consentir à défendre leurs enfants et leurs biens. Si j’ai choisi un pseudonyme féminin, c’était pour m’inspirer du courage de ces dames. C’est un honneur pour moi. Une façon comme une autre de pouvoir regarder ma femme dans les yeux sans rougir.

Luis Alfredo : Le polar algérien existe-t-il et plus généralement le polar arabe ?

Yasmina Khadra : Des initiatives ont été tentées en Algérie. Notamment dans les années 80. Quelques titres ont attiré un simulacre d’attention, pas plus. Les lecteurs n’ont pas suivi. Très vite, les auteurs de polar ont renoncé à l’aventure. Ils avaient du talent, mais manquaient de soutien. Les éditeurs ne les encourageaient pas. Ils les volaient copieusement. Leur mentaient sur l’impact de leurs ouvrages sur le lectorat. La déception eut raison de l’enthousiasme. Les grands projets tombèrent à l’eau.

Quant au polar arabe, il prolifère en Egypte. D’abord grâce à l’énorme apport des traductions ensuite, aux ambitions d’auteurs égyptiens. Le cinéma de ce pays a pris en charge ce genre de production. La télévision aussi. La demande a donc incité les romanciers à écrire davantage. Malheureusement, ce pays reste hostile aux tentatives maghrébines, et les auteurs algériens, déjà sérieusement handicapés dans leur pays à cause d’une politique culturelle désastreuse, ne savent où donner de la tête.

Luis Alfredo : Dans double blanc vous écrivez « les petites crapules du seigneur sont les champions de la volte face » cela veut-il dire que dans la réalité les terroristes « musulman » collaborent facilement avec la police… que leurs idées ne sont que superficielles, qu’ils sont corruptibles…

Yasmina Khadra : Beaucoup d’opportunistes ont cru saisir la chance de leur vie avec l’avènement de l’intégrisme en Algérie. Ce sont d’anciens repris de justice, des délinquants notoires ou des psychopathes à l’affût. Ils ont rejoint les maquis islamistes pour s’en mettre plein les poches. Une fetwa, et ils étaient autorisés à violer, tuer et piller avec la bénédiction des émirs avec, en prime, une confortable retraite aux paradis. Ces énergumènes n’ont pas plus de scrupules qu’une hyène. Ils sont prompts à faire allégeance à un gourou, et prompts à lui mordre la main. J’en ai connu un tas. Beaucoup étaient incapables de réciter un seul verset coranique. Tout ce qui les intéressait était l’impunité que le "djihad" leur accordait quant aux crimes et aux horreurs qu’ils perpétraient. D’une lâcheté inouïe, ils changeaient de veste plus vite qu’un escamoteur. Prêts à tout donner pour sauver leur peau. La bête immonde est presque une vision féerique à côté d’eux.

Luis Alfredo : Toujours dans double blanc vous écrivez « une tragédie certes, mais une sacrée aubaine pour une certaine minorité friquée. Une occasion inestimable pour fermer enfin sa gueule au socialisme de pacotille qui empêche les initiatives de féconder les fortunes ». Le terrorisme serait-il, dans la réalité, manipulé à des fins politico-économiques. Vous semblez estimer que le socialisme de pacotille était un frein à l’enrichissement de certains. En quoi était-il un frein ? la vague de terreur qui sévit répondrait-elle à cet objectif masqué ou bien n’est-ce que de la fiction ?

Yasmina Khadra : C’est ma profonde conviction. La Nomenklatura avait amassé des fortunes colossales au nom du socialisme et de l’Etat-providence. Boulimiques, elle raclait le fond des coffres-forts sans répit, expatriant les richesses du bled. Résultat, pendant que ces empires financiers croupissaient dans les banques occidentales, le pays s’écroulait et les slogans ne parvenaient plus à calmer les ventres affamés. Les nababs n’avaient ni culture politique ni projet de société. Ils se divertissaient au gré de leurs fantasmes et chacun essayait de s’enrichir plus vite que le voisin. La course au trafic d’influence et au pillage étaient leur jeu préféré. Le désastre n’a pas tardé à frapper aux portes de la ville. Le citoyen exigeait sa part du gâteau. Il devenait même trop collant. D’un autre côté, la faillite de la voie socialiste était flagrante. Il fallait rectifier le tir au plus vite. Puisque le nouvel ordre mondial l’exigeait. Puisqu’il fallait bien profiter des fortunes expatriées et commencer à les récupérer pour les investir au bled. Mais comment assagir le citoyen aigri et curieux qui n’arrête pas de poser des questions embarrassantes ? Une guerre, pardi ! Brutale, traumatisante, expéditive. Mais une guerre gérable. Le cheval de Troie piaffait à l’ombre des mosquées. Le FIS. Déjà largement infiltré, la Nomenklatura avait pensé à tout pour bien l’instrumentaliser. Seulement aucun crime n’est parfait. Après le déclenchement des hostilités, l’armée du FIS est rapidement supplantée par d’autres antagonistes auxquels personne n’avait fait attention : Les GIA, qui relèvent de l’International intégrisme et qui reçoivent leurs ordres directement et exclusivement de ce que le monde connaît aujourd’hui sous l’appellation d’El Qaïda. Raison pour laquelle, ses calculs faussés, la Nomenklatura n’arrive pas à arrêter les tueries qui se poursuivent encore dans nos contrées.

Anne Pambrum : Dans une interview que vous accordez au journal Lire , vous déclarez que vous travaillez à la résurrection du commissaire Llob sur une période antérieure à son décès. Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus ?

Yasmina Khadra : Il s’agit d’un roman que j’avais commencé en Algérie quelques mois avant de prendre ma retraite. Je venais de terminer "L’Ecrivain" et je ne pouvais pas supporter l’attente et l’angoisse de voir enfin ma demande de quitter l’armée aboutir. Je vous signale que dans "L’automne des chimères", le commissaire Llob a été cambriolé. Parmi les objets emportés par les esprits frappeurs figuraient des manuscrits. Ce sont ces derniers qui vont revenir. Jamais je n’ai vraiment pensé à enterrer mon flic qui a été mon compagnon d’arme et mon grand allié durant la guerre contre l’horreur intégriste. A Mexico, j’ai repris le manuscrit, mais impossible d’aller bien loin. L’exil me déconcentrait. Après la parution de " l’Ecrivain", et l’accueil formidable qui a salué ma première apparition publique, je me sentais assez enthousiaste pour poursuivre l’écriture de Llob. Malheureusement, j’ai été appelé à déchanter bien vite après la polémique qui a jalonné les invraisemblables accusations portées contre l’institution militaire de mon pays où j’ai servi pendant 36 ans. Mes interventions médiatiques m’ont fait passer pour un écrivain suspect. Cela m’a beaucoup affecté, d’où "L’imposture des mots", un livre qui m’a totalement guéri de l’insignifiance humaine. Là encore, j’ai dû reporter mon polar à plus tard puisque je trouve inconcevable de sauter du coq à l’âne. Aussi ai-je fini d’écrire un autre roman qui sortira en septembre ; un roman à travers lequel je revendique pleinement mon statut d’écrivain. C’est important, pour moi, de savoir où j’en suis. Le commissaire Llob suivra. J’ai déjà parcouru la moitié du texte. J’espère ne pas décevoir ses amis.

Zeki-Gijón ( La Gangsterera) : Je suis Zeki de la web La Gangsterera... je précise ceci car comme vous savez nous écrivons pour un public espagnol. Tout d’abord permettez- moi de vous saluer. Ensuite je voudrais que vous nous disiez comment vont vos éditions en Espagne... après le succès du commissaire Lob... qu’en est -il du reste de vos libres publiés ailleurs que Zoela ?

Yasmina Khadra : Je crois avoir accordé une interview à Gangsterera. J’ai rencontré, à Gijon, un journaliste formidable qui avait pour le commissaire Llob un amour profond. Mes polars, en Espagne, ont fait l’objet d’une couverture médiatique exceptionnelle. Des libraires les ont proposés à leurs clients avec insistance. Aux dernières nouvelles, mon éditrice était très contente. Elle envisage de lancer une nouvelle édition, cet été. A propos des ventes, j’ai touché quelques milliers d’amateurs qui n’ont pas été déçus. Mais les meilleurs ventes du commissaire, après la France, sont italiennes puis, allemandes puisque la trilogie est à sa quatrième édition en passant au livre de poche.

Questions portant sur "Le dingue au Bistouri"

Antoine Contensou : Dans Le dingue au bistouri, le narrateur écrit : "vous vous demandez sûrement pourquoi, moi, j’écris en français. C’est parce qu’on enseignait pas l’arabe à l’école, de mon temps. J’ai cinquante piges et des poussières, et je porte encore dans mes chairs des saloperies de tatouages avilissants". Je vous remercie d’abord d’écrire en français, ça nous permet de profiter de vos livres en VO... Mais je me pose effectivement la question, d’autant plus que vous pimentez souvent vos phrases de mots arabes ou de jeux de mots métissés (l’épée de Da Mokhless, dans le même livre) ; la réponse donnée dans le livre par le "commy" vaut-elle aussi pour vous ? Et est-ce la seule réponse ?

Yasmina Khadra : Ce n’est pas la même réponse. La mienne, vous la trouverez dans mon récit autobiographique "L’Ecrivain". J’ai pour la langue française la plus haute considération ; la preuve, elle est ma langue d’écrivain. Ce que pense Llob n’est pas obligatoirement ma conviction. Mon personnage est représentatif d’une certaine attitude citoyenne en Algérie. C’est un maquisard, un nationaliste invétéré et un peu mauvaise langue. Il a beaucoup de qualité, mais un tas de défauts aussi. Par ailleurs, c’est par pur réflexe unipartiste que Llob a réagi. A l’époque, nous pensions que notre ennemi était l’étranger. Une vieille tradition de colonisé. Jusqu’au jour où nous avons découvert que le pire de nos ennemis est en nous.

Cependant, je reste conscient de la nécessité de sauvegarder la langue arabe. Elle est la langue de mon pays, et celle de ma religion. Pour moi, écrire en français ne signifie pas renier ma langue maternelle. Elle relève de mes passions. Je l’aime, un point c’est tout. Si elle était femme, je l’aurais épousée. Mais elle n’est pas femme, et celle qui partage ma vie est ce qui m’est arrivé de plus beau sur terre.

Anne Pambrum : A mon avis, "Le dingue au bistouri" est le moins réussi des romans racontant les aventures du commissaire Llob. Et il a été publié après la trilogie chez Baleine. Est-ce que vous pourriez revenir sur l’édition de ce roman ? En France, vous avez successivement été publié par les éditions Baleine, Flammarion et Julliard. Quelles sont vos relations avec l’édition française ? Yasmina Khadra : "Le dingue au bistouri" est mon tout premier polar. Je l’ai écrit en 1989. Il a paru en Algérie, chez Laphomic, en 1990. A l’époque, mes ambitions se limitaient à divertir un lectorat algérien constamment agressé par une littérature instable et vaniteuse. Flammarion n’a fait que le rééditer, dix ans plus tard. Effectivement, il ne peut être que moins réussi que les suivants. J’ai beaucoup hésité avant d’accepter sa réédition. Il existe un autre Llob, " La foire" (Laphomic-1993) écrit en même temps que "Le dingue", que j’ai refusé de revoir sur les étals des librairies à cause de sa médiocrité.

Mes relations avec les éditions françaises sont inégales. Certaines m’éprouvent, d’autres me réconfortent. J’ai choisi de rester chez Julliard car ils m’ont adopté très vite et me soutiennent dans les moments difficiles. Julliard a été le seul éditeur à s’être déplacé en Algérie, en 98, pour voir de ses propres yeux l’auteur qu’il publie. Convaincu, il m’accorde toute sa confiance et son respect.

Questions portant sur "Les Agneaux du seigneur"

Bernard Strainchamps : Est-ce que vous avez rencontré Zane ? Est-ce à partir de personnages réels que vous créez vos protagonistes ? Yasmina Khadra : Je rencontre Zane à chaque fois que je suis en face de la bassesse et de l’abjection. Ce personnage incarne ce que nous avons de pire en nous et contre quoi nous sommes condamnés à lutter. Notre vocation est de ne pas permettre à nos démons de nous supplanter. Si nous restons droits devant l’adversité, si nous réussissons à dominer nos ressentiments, à assagir nos cruautés et ne point ressembler à nos bourreaux, nous sommes sauvés. Par contre, si nous cédons à la facilité et au besoin de nous venger des travers que d’autres nous ont faits subir, alors pour rien au monde nous ne méritons d’être meilleurs que ceux qui nous ont bafoués. Toute la chance humaine réside à cet endroit précis. Qui sommes-nous ? Nous sommes ce que nous faisons. Il y a deux raisons à notre souffrance : celle de ne pas pardonner le tort qu’on nous fait, et celle de s’en inspirer pour ne jamais avoir à l’infliger aux autres. La définition des braves et des ignobles est en fonction de ces deux réactions. Souvent, j’ai cherché Zane du côté des victimes. Depuis quelques temps, il m’arrive de le croiser aussi parmi les bien-pensants. C’est triste à mourir.

Jauhel : Les romans que j’ai lus de vous évoquent pour moi trois autres écrivains, et trois autres livres :

"Uranus" de M. Aymé, "l’Avenir radieux" d’A. Zinoviev, et "Fils de ta mère !" de M. Mokeddem

Le point commun, en dépit de différences importantes dans les styles, c’est la vision profondément pessimiste de la nature humaine. L’idée que l’homme est fondamentalement mauvais, et que certaines sociétés permettent plus que d’autres l’épanouissement de cet état originel. Pour M. Aymé, c’est la France de l’occupation, pour A. Zinoviev c’est le régime soviétique, et pour M. Mokeddem comme pour vous c’est l’Algérie contemporaine.

êtes-vous d’accord avec ces rapprochements, et plus précisément, avez-vous lu le livre de M. Mokeddem ?

Yasmina Khadra : Je ne suis pas d’accord avec ces rapprochements. Il s’agit d’attitude, et non de conviction. Je ne suis pas foncièrement sombre dans mes approches et je ne peux pas ressembler à ces trois écrivains pour une seule raison : dans mes livres, il n’y a pas de ressentiment. Ce n’est pas une affaire personnelle. J’essaye d’être sobre, de porter un jugement objectif sur une société déraisonnable. Lorsque j’écris, je fais abstraction de ma personne et me contente d’être un rapporteur à l’écoute de ses personnages. Je ne suis que leur nègre.

Jauhel : Il y a (heureusement) des personnages positifs dans vos romans, je pense à Sarah à Allal et Dactylo dans "Les Agneaux du Seigneur", et dans une moindre mesure à Jafer, ou commissaire Llob. Comment expliquer que ces héros aient échappé au mal ? Comment l’espoir reste-t-il possible dans l’univers que vous décrivez ?

Yasmina Khadra : Dans mes livres, je parle de l’horreur. Elle agit, s’explique, revendique son droit d’expression pour ne rien laisser au hasard. Bien sûr, son univers est cauchemardesque et sa logique absurde. La seule façon de le prouver est de la laisser aller au bout de son exposé. Ce que j’essaye de faire. Pour, à mon tour, ne rien laisser au hasard. Le lecteur s’en trouve un tantinet pénalisé. Il découvre, voit, touche du bout des doigts ce que son esprit repousse ou refuse d’admettre. Il est dans le contexte. Mal à l’aise certes, mais bien servi. De là à penser que mes personnages sont négatifs, c’est inexact. L’Algérie est malmenée depuis des lustres. A aucun moment, elle n’a baissé les bras. N’est-ce pas là la plus belle preuve de sa vaillance ? Je reviens d’Algérie. Je suis rentré hier, 12 avril. J’ai rencontré les Algériens que j’ai trouvés étonnamment lucides, et les Algériennes plus belles que jamais. Cela n’excuse pas les tueries qui se poursuivent encore cependant, malgré les atrocités d’un quotidien injuste et impénitent, les Sarah continuent de flamber le coeur des garçons, Llob s’évertue à dénicher les anguilles sous roche, Jafer à fumer son joint en cherchant dans le ciel une étoile à domestiquer, et les espoirs à se susciter au détour de la moindre des initiatives. L’Algérie, c’est ça : La vie pleine, jamais perdue de vue, au coeur de la tourmente.

Questions portant sur "A quoi rêvent les loups"

Jean-Marc Laherrère : La trajectoire de ce jeune algérien, qui ne rêve au départ que de gloire, et de vie facile à Paris, et finit tueur sanguinaire islamiste est effrayante, peut paraître incroyable ainsi résumée, et pourtant est totalement crédible quand on lit le livre.

Comment avez-vous créé ce personnage, et sa trajectoire ? Est-il inspiré de personnages réels ? Quand à la structure du livre, pourquoi avoir choisi de le construire en flash-back ? Est-ce pour, dès le départ, ne laisser aucun espoir au lecteur ?

Yasmina Khadra : Les Nafa Walid qui ont rejoint les maquis intégristes sont légions. Avant de s’embarquer dans cette histoire, ils vivaient leur part de rêve et d’espérance avec une patience exemplaire. A cette époque, si on était venu leur dire qu’ils finiraient criminels, ils auraient réagi violemment, indignés. Pourtant, ils le sont devenus. Comment ? "A quoi rêvent les loups" apporte quelques éléments de réponse. Ce n’est pas un réquisitoire contre les obscurantistes, mais un livre sur l’alarmante fragilité humaine. Un rien peut tout faire basculer. Les Assassins d’aujourd’hui ont, dans leur majorité, été des garçons magnifiques. Ils aimaient les enfants et les filles, avaient du respect pour les personnes âgées - celles-là même qu’ils décapitent allègrement derrière les bosquets. C’est parce qu’ils étaient marginalisés, bafoués, persécutés, parce qu’ils étaient mal aimés qu’aujourd’hui ils ne trouvent aucune raison de ne pas haïr. A force d’être humiliés, ils n’éprouvent aucune pitié pour le monde entier. Nafa Walid n’est pas un personnage de fiction, il est ces jeunes qui se faisandent à l’ombre des quartiers défavorisés et que nous voyons tous les jours en train de faire les intéressants dans l’indifférence générale jusqu’au jour où ils décideront de nous en mettre plein la vue.

Le choix du flash-back est philosophique. Généralement, on prend conscience de son erreur trop tard. Et c’est à partir de ce constat que l’on revient sur l’itinéraire qui nous a conduits si loin dans l’irréparable.

Questions portant sur "L’Ecrivain"

Bernard Strainchamps : L’Histoire avec un grand H est souvent révélatrice de la grandeur et du courage de l’homme... mais plus souvent encore de sa petitesse. Et la mesquinerie est constante en période de guerre comme de paix. Comme gardez-vous espoir et confiance en l’humain ?

Yasmina Khadra : Parce que j’en suis un. Si la mesquinerie n’a pas eu raison de moi, c’est que, quelque part, elle a consolidé mes convictions. Jamais je ne me suis senti tout à fait seul dans l’isolement auquel m’ont condamné certains. Au milieu de l’incompréhension, il m’arrivait de déceler quelques sourires bienveillants. Dans l’obscurité, des mains anonymes venaient me réconforter. C’est la preuve que là où opèrent les mauvaises consciences, il existe des gens bien. L’histoire de l’Humanité est justement celle de cette cohabitation tumultueuse. Je garde espoir car je sais que la majorité des hommes est profondément brave. Son péché est peut-être de céder trop vite la place à une minorité nocive mais terriblement active. Aujourd’hui, la planète entière assiste à une nouvelle forme de nihilisme orchestré cette fois par l’Argent. L’empire financier est en train de néantiser toutes les valeurs - en particulier les valeurs fondamentales qui veillent sur les hommes depuis la nuit des temps - ne répondant pas aux critères promotionnels de la Bourse. La qualité humaine ne relève plus de la Morale ; elle dépend exclusivement du relevé bancaire. L’Argent est devenu le dieu Tout-puissant. Rien ne semble lui résister. Il fait la pluie et le beau temps, élève les nigauds au rang des idoles, relègue les mythes au fin fond de la clochardisation, manipule les masses grâce à la télé, les abrutit à travers les spots publicitaires, les assujettit par la consommation abusive, les séduit au gré du clinquant illusoire. Regardons ce qui se passe autour de nous. Plus personne n’a voix au chapitre. Ce sont les médias qui font et défont les vérités, qui décident qui est suspect et qui est crédible, ne recueillent que les informations qui les arrangent, ne présentent que les faits qui leur conviennent. Parce que des nababs ont compris de quelle façon museler les consciences et imposer un totalitarisme intelligent et efficace. Le monde entier subodore le danger. Comment l’éviter ? Comment parer aux manoeuvres scélérates de cette minorité outrageusement riche et ignoble ? De prime abord, ça paraît perdu d’avance. Pourtant, une poignée d’hommes saura s’insurger contre ce nihilisme "savant" , éveiller les consciences et redonner confiance au commun des mortels. Sans cela, la vie n’aurait aucun sens. Et le sens véritable de la vie est l’espoir.

Intissar Aslaoui : J’ai commencé à lire l’écrivain que je trouve formidable. Je souhaite que le lectorat du monde arabe découvre notre Taha Hocein algérien. Pensez vous un jour écrire en arabe ?

Yasmina Khadra : Merci de m’élever au rang de Taha Hocein, un écrivain qui me fascinera toujours. Je suis arabisant de formation. A mes débuts, j’ai commencé par des poésies en langue arabe. El Moutanabbi était mon phare. Il l’est encore. Très vite, j’ai été découragé par mes professeurs. Depuis, j’écris en français, une langue qui sied à mes états d’âme. Longtemps, je m’étais cru capable d’écrire en arabe. Il m’arrivait souvent de traduire moi-même mes rapports et ceux de certains de mes collègues lorsque j’exerçais dans l’armée. L’année dernière, je me suis autorisé à traduire, de l’arabe vers le français, "Dakirat el Jassad" de Ahlam Mosteghanemi. Résultat, je me suis essoufflé au bout d’une dizaine de pages. En me relisant, j’ai compris que j’avais perdu beaucoup de repères pour me remettre à l’arabe. Ceci dit, à aucun moment je n’ai pensé me défaire du français qui m’a tout appris et tout donné. Entre cette langue et moi, il y a une vraie histoire d’amour. Il s’agit d’un mariage mixte qui va à merveille. Et j’ai toujours été fidèle.

Questions portant sur "L’Imposture des mots"

Anne Pambrum : Quand "L’écrivain" se termine par votre incorporation prochaine dans l’armée algérienne et la fin de vos rêves de devenir écrivain, "L’Imposture des mots" raconte vos désillusions d’écrivain fraîchement arrivé en France. Est-ce que l’on peut attendre un roman ou un récit qui couvrirait la période entre ces deux dates ?

Yasmina Khadra : J’ai écrit l"Ecrivain" par devoir. Les gens qui m’avaient aimé et cautionné avant de me connaître méritaient l’expression de ma gratitude. J’ai raconté ma vie, fidèlement, pour leur dire merci et leur donner raison d’avoir cru en moi. Je pensais que jamais plus je n’aurais à me mettre à nu. Puis, certains ont trouvé qu’il y avait encore trop de zones d’ombre autour de ma personne pour m’autoriser à revendiquer pleinement mon statut d’écrivain. J’ai écrit, la mort dans l’âme, l"Imposture des mots" pour prouver ma droiture. Maintenant, je ne pense pas remettre ma crédibilité sur le tapis. Ceux qui doutent de moi sont de mauvaise foi. Ils ne méritent pas que je m’attarde sur eux une seconde de plus. Quant à écrire la suite de l’Ecrivain, cela me semble possible, mais pas dans l’immédiat. Pour l’instant, mes ambitions littéraires exigent de moi plus de retenue et mes lecteurs attendent de moi des romans. Je leur donne rendez-vous en septembre prochain. Je promets de ne pas les décevoir.

Bernard Strainchamps : Avec "l’Imposture des mots", il n’est plus question de l’Algérie dans vos derniers écrits. Quel est le cadre géographique et historique de votre prochain roman ? Est-ce un abandon définitif ?

Yasmina Khadra : L’Algérie traverse l’ensemble de "L’Imposture des mots". Elle est partout dans mon désarroi, ma colère, mon combat et mes états d’âme. Je ne l’abandonnerai jamais. Sans elle, je ne suis plus rien. Si j’ai choisi de situer l’histoire de mon prochain roman dans un autre pays, lointain et mystérieux, c’est juste pour me réconciler avec ma vocation d’écrivain. C’est une sorte d’épreuve qui consisterait à me prouver, à moi-même, si j’étais capable de créer ailleurs et de dire l’Homme partout où il se trouve. Notre littérature croule sous un fagot d’étiquettes dévalorisantes : littérature maghrébine, écriture d’urgence, écriture exotique, conjoncturelle etc... Comme si nous étions incapables d’être des écrivains tout court, aspirant à l’universalité comme tous les autres écrivains. En septembre, je serai définitivement fixé sur mon statut... et sur la justice littéraire occidentale. Je cesserai alors de me poser des questions, et tout le monde aura compris. Cependant, je reste optimiste. A septembre donc.

Bernard Strainchamps : Dans "l’Imposture des mots", les principaux protagonistes de vos derniers romans interpellent le narrateur . Et vous commencez ce récit avec ce terrible Zane qui ricane déjà de vos prochaines désillusions. Pourquoi ce dialogue ?

Yasmina Khadra : J’aurais pu en proposer d’autres. J’étais pris dans un tourbillon d’interrogations, de colère et de doute. Zane est venu vers moi car il a trouvé la porte de mon désarroi ouverte. A mon arrivée en France, en janvier 2001, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner. Tout le monde voulait me rencontrer, faire ma connaissance, m’inviter... Puis, dès le déclenchement de la polémique, plus personne au bout du fil. Un silence mortel s’est abattu autour de moi. Beaucoup ont dû penser que j’étais fini. L’engouement d’hier s’est transformé en prière de l’Absent. Lâché par tous, il ne me restait que mes personnages et mes idoles pour meubler mon imaginaire. Zane m’a tenu un langage franc. Ses intentions, malgré leur noirceur, étaient claires. Lui , au moins, croyait en moi.

Bernard Strainchamps : Il y a un style Khadra - qui devra être étudié à l’école. Vous affectionnez les figures de style, en particulier la métaphore. Est-ce que vous pourriez revenir en quelques mots sur votre manière d’écrire ?

Yasmina Khadra : Question très difficile. Lorsque j’écris, je n’essaye pas d’inventer ou de torturer mes phrases. Je me concentre sur le sujet et y adhère en entier. Les mots viennent d’eux-mêmes et il n’y a aucune volonté de ma part de pousser le bouchon plus loin. Je tente de convaincre, pas de séduire. Je suis scrupuleux vis à vis du lecteur. Je m’interdis d’abuser de son temps. Donc, le texte que je lui soumets se doit d’être à la hauteur de ce qu’on a appris à attendre de moi. La métaphore fait partie de ma vie. Je suis fils du Sahara ; je porte en moi la poésie des miens, hommes austères, élevés dans la rudesse du désert et l’inclémence des saisons, constamment à l’affût d’un signe ou d’une anomalie au large des horizons. C’étaient des bédouins qui savaient regarder et discerner les choses autour d’eux. L’immensité des ergs, le silence de la nudité et l’ascèse des nuits ont fait d’eux des sages et des espèces de griots. Aujourd’hui encore, un berger de chez moi, un guide ou un simple pèlerin pourrait vous dire le monde en deux mots et esquisser de superbes fresques rien qu’en agitant la main. Ce sont des gens gnomiques et sibyllins, qui ne vont jamais droit au but par pudeur et qui vous reprochent vos errements avec des mots imagés, assez nets pour vous interpellez mais suffisamment intelligents pour ne pas vous offenser.

Bernard Strainchamps : On sent chez vous une grande sensibilité. Est-ce que vous avez appris à vous protéger ?

Yasmina Khadra : Je ne suis pas fragile, je suis vulnérable... parce que je ne triche pas. Malgré les déceptions qui ont jalonné ma vie, je continue de faire confiance aux hommes qui souvent n’en sont pas dignes. Cette façon de s’ouvrir aux autres constitue une brèche à travers laquelle on me porte des coups. Ca me fait fléchir certes, mais ça ne m’étale jamais à terre. Je peux très bien dire "ça suffit" et repousser les faux jetons une fois pour toutes. Dans cette prudence exagérée, je pourrais repousser un ami sincère et désintéressé. Ce serait horrible. Aussi ai-je décidé de laisser venir. C’est ainsi que j’arrive à reconnaître le bon grain de l’ivraie. La vérité, ça coûte cher. Et je préfère payer cash pour être fixé là-dessus. Ca ne m’ennuie pas de laisser quelques plumes avant de prendre mon envol. Non, je ne suis pas fragile. A en juger par mon parcours de combattant, je crois que je suis plus coriace qu’une tête de mule.

Zeki-Gijón ( La Gangsterera) : Au sujet votre dernier livre "L’imposture des mots" est-il édité en espagnol ? Si non, avez vous l’intention de le publier ici ? Et si oui ne craignez-vous pas que (d’après les critiques que j’ai pu lire) le sujet sera perçu par le public espagnol, en dehors de sa qualité littéraire , - que tout compte fait peut surpasser le reste - comme un sujet trop localisé et se sentir non concerné ? (je vous répète que la question est posée d’après les critique que j’ai pu lire sur le web, et ou j’ai crû comprendre qu’il s’agissait, d’une "espèce" de comptes rendus avec certaine presse)

Yasmina Khadra : Mon éditeur espagnol est intéressé par "L’imposture des mots". Quant à ma qualité littéraire, elle est loin d’attirer l’attention un peu partout. Me présentant comme ancien militaire, mes textes passent beaucoup plus pour des témoignages que pour des oeuvres littéraires. A la longue, ça devient infernal. Mais, loin de me frustrer, cet ostracisme m’impose une raison supplémentaire de me surpasser. Je crois avoir fourni des oeuvres respectables. De "Morituri" aux "Agneaux du Seigneur", en passant par "A quoi rêvent les loups", à aucun moment je n’ai failli à mes engagements littéraires ou cherché à flirter avec la facilité. Mais un écrivain ne peut pas se permettre d’aller cogner sur les tables ou hurler sur les toits son talent. Un écrivain écrit. Le reste n’est pas de son ressort. Par ailleurs, "L’imposture des mots" n’est pas un règlement de comptes avec la presse ou autres. C’est d’abord une oeuvre profondément littéraire, singulière et forte qui me réinstalle dans mon univers d’écrivain. Je l’ai écrite pour moi. Pour retrouver mes repères et la saveur des valeurs que j’incarne. Désormais aucune mesquinerie ne m’empêcherait d’aller de l’avant. Je sais que je ne suis pas CHEZ MOI. En France, on refuse de s’attarder sur la qualité de mes textes. Je refuse de revendiquer quoi que ce soit. Ce que je pense de tout ça est assez grave pour le dire ici. Peut-être lui consacrerais-je un livre un jour ? Lorsque j’aurais fini d’écrire toutes les belles histoires qui grouillent dans ma tête.


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