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envoyer par mail à un amiCette rencontre, retranscrite par Sylvie Devier, a lieu le 17 mai 2001 en amont du festival suite pour Suite pour série noire.
Cette rencontre a lieu le 17 mai 2001 en amont du festival suite pour "Suite pour série noire" qui se déroulera les 30 novembre et 1 décembre 2001 à Bergerac.
Rencontre retranscrite par Sylvie Devier
Sylvie Devier : Sans vouloir être "inquisitrice", je commence toujours ces rencontres par une petite présentation de notre invité. Alors donc, Stéphanie, tu es anglaise, tu as suivi tes études en Angleterre, tu as obtenu une licence de russe et une licence de psychologie. Tu viens en France une première fois et tu décides de venir habiter en France...
Stéphanie Benson : ... de ne pas partir
SD : Puis tu intègres un centre d’aide aux toxicomanes...
SB : ... pas tout de suite
SD : Je connais Stéphanie depuis un certain temps, mais j’apprends plein de choses. Nous n’avions jamais vraiment parlé de tout cela...
SB : Non en fait, j’ai commencé par intégrer un foyer de... .c’est un terme qui me réjouis... un foyer de prédélinquants... c’est-à-dire, voilà, c’est des gamins pour lesquels on décide, avant qu’ils ne fassent quoi que ce soit, qu’un jour ils passeront à l’acte. Du coup, ils ont un passé qui fait qu’ils sont extrêmement malheureux et forcément ils vont passer à l’acte. Donc un foyer de jeunes, filles et garçons qui étaient enlevés à leurs familles pour des raisons diverses et variées et puis placés dans des foyers DASS, scolarisés et qu’on essayait malgré tout de raccrocher un peu à un certain nombre de choses. Mais les toxicos c’est vraiment venu beaucoup plus tard. C’était en fin de course. Après les IME, après un tas d’expériences professionnelles, après avoir fait des enfants, après avoir commencé à écrire. Ensuite il y a eu les handicapés mentaux adultes et puis vraiment après les toxicos.
SD : D’accord. Je te demande donc de bien vouloir excuser ces raccourcis, ces coupes sombres dans ton parcours. Il y en aura vraisemblablement d’autres, mais tu es là aussi pour rectifier le tir...
SB : Non mais le truc c’est que déjà la drogue c’est quelque chose qui me pose problème de plein de niveaux. C’est à dire un niveau individuel. Qu’est ce que ça me fait ? Pourquoi JE en tant qu’individu cherche à être autre que JE suis en tant normal par l’intermédiaire de la drogue ? Pourquoi est ce que l’être humain depuis l’aube des temps, dans toutes les civilisations cherche à être autre que ce qu’il est normalement ? Et donc la drogue c’était quelque chose de très présent dès que j’ai commencé à
écrire... On a tendance à dire "elle écrit sur la drogue parce qu’elle a travaillé avec des toxicos", en fait, c’est le contraire... Quand on m’a proposé un travail avec les toxicos j’ai dit oui parce que cette histoire m’intéressait déjà à plein de niveaux.
SD : Ce sont des précisions qui ont leur importance car il vrai que "ces raccourcis" ont quelquefois tendance à nous faire prendre l’histoire à l’envers. Par contre, et là je ne crois pas me tromper... quoique... il paraîtrait donc qu’en 1986 tu décides de te consacrer exclusivement à l’écriture et tu décides d’écrire directement en français...
SB :... .ça s’est pas vraiment passé comme ça...
SD : Super. Tout juste... ça commence vraiment très bien...
SB : Voilà. Donc en 1986 j’ai lu un livre qui m’a été
prêté par un ami. C’était un roman policier. Je l’ai trouvé relativement mauvais. Et comme je suis quelqu’un d’absolument modéré et diplomatique dans mes jugements, j’ai expliqué à cet ami pourquoi j’avais trouvé ce livre qu’il m’avait prêté en toute bonne foi relativement mauvais. Il a très mal compris ma diplomatie et la manière mesurée dont je lui avais présenté la chose. Il est vrai que j’avais terminé d’une manière très mesurée et très diplomatique en disant "il est franchement nul ce truc. Si c’est ça écrire du polar, moi je peux le faire". Donc il m’a dit
"Eh bien, vas-y... tu nous enquiquines depuis longtemps à critiquer tout le temps ce qu’on te donne à lire, il y a rien qui compte, le livre est mal construit, les personnages sont jamais là où il faut être, tu dis que tu peux faire la même chose en mieux, eh bien, vas-y". Donc là, tu n’as pas le choix. Il est vrai que l’écriture c’est quelque chose avec lequel je jouais. Mon fantasme quoi. Depuis que j’étais haute comme ça... j’écrivais tout le temps. Donc ce n’était pas "un jour j’écrirais" mais
"un jour j’écrirai quelque chose de grand". Alors j’ai écris quelque chose de... grand. Non, de très très... mauvais. D’horriblement mal construit, avec des personnages absolument incroyables et c’était terriblement nul, mauvais, archi mauvais. Mais... Moi, je trouvais ça... génial
... Pas l’objet fini, mais le fait de le faire, le temps passé dans ce monde là. L’acte de création absolu qu’est la littérature. Parce qu’on part de rien, il n’y a même pas d’instrument de musique intermédiaire où le luthier est passé avant. Il n’y a rien. A partir de rien, on prend aujourd’hui quand même un papier, un stylo bille, à l’époque c’était une mine de plomb ... .enfin, il y avait sans doute une nécessité
de créer des choses avant pour qu’on puisse transcrire sur un support quelconque enfin je ne sais pas ce qu’ils faisaient au début, bref le fait est d’avoir un monde. Parce que la littérature ce n’est pas juste des mots, c’est un monde. Le fait d’avoir un monde, avec des événements, des actes, des paroles, des pensées... .à partir de rien, j’ai trouvé ça absolument génial. Et donc, cette chose importante en nombre de pages avec une écriture très serrée, retapée à la machine mécanique en versant de l’encre sur les rubans parce qu’on ne trouvait plus les rubans... c’était vraiment LE truc. Bon... j’étais d’accord pour dire que c’était très mauvais. Mais peu importe...
SD : Ce livre là l’as tu écrit directement en français ?
SB : Oui, parce que celui qui m’avait prêté le livre, m’avait prêté un livre en français, une traduction, mais par conséquent si je voulais lui prouver que je pouvais faire mieux que ça il fallait que je le fasse en français. Alors sur le coup... c’était une histoire absolument pernicieuse... c’est que tu te trouves des tas de bonnes raisons pour dire "mais moi, je n’y suis pour rien, c’est le hasard total, j’ai absolument pas décidé." J’attendais sans doute un moment où j’étais obligée d’écrire en français. Parce qu’écrire en anglais, cela aurait
été un autre rapport à la langue... c’était pas ça dont j’avais envie. On joue sur le côté très passif du destin... en fait je n’y crois pas. Je pense que j’attendais vraiment ça... j’attendais quelqu’un qui me dise : "Vas-y... en français" pour pouvoir écrire dans une langue qui n’était pas la langue avec laquelle j’avais grandi, qui n’était pas la langue des tabous enfantins, qui n’était pas non plus la langue de la facilité. Parce que l’anglais c’est une langue qui est absolument merveilleuse... j’adore... mais c’était pas ça. Tu fais ce que tu veux avec la langue. Tu la tournes dans tous les sens, ça marche quand même. Le français, non. En français il y a des règles
SD : La publication de ton premier roman "Une chauve souris dans le grenier"... c’est en 1995... Là, tu ne peux pas me contredire...
SB : ... si je peux toujours te contredire, je peux mentir...
Oui... .enfin c’est pas le premier "écrit"... Le premier écrit, c’est pas le "grand mauvais"... et puis, il y en a eu d’autres, un petit peu moins mauvais entre temps avant d’arriver...
SD : Celui-ci donc, le premier roman publié, c’est en 1995. C’était il y a six ans... .Et donc, six ans après, tu nous offre dix-huit romans... c’est un peu particulier et je tenais à le souligner... Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette production, c’est que tu écris pour les adultes mais aussi pour la jeunesse, dans des genres, des registres différents : des romans, des nouvelles. Dans des styles différents : du roman policier d’anticipation, des romans noirs... très noirs. Certains d’entre eux ont obtenu des prix littéraires. Le troisième roman "Le loup dans la lune bleue" a eu en 1997 le prix Michel Lebrun, en 1998 dans le cadre du festival de polar de la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines, c’est "L’adoration des bergers" qui obtient le prix Polar puis en 1999, la ville de Montigny-lès-Cormeilles qui te décerne le prix pour "Si sombre Liverpool". Un auteur donc aux multiples facettes qui peut écrire avec autant de bonheur pour la jeunesse que pour le grand public et je voudrais savoir si toi, auteur de romans noirs reconnue, tu avais une définition du "roman noir" ? D’autre part, est-ce que ce genre s’est imposé d’emblée ? Et était-ce évidemment du roman noir que tu voulais écrire ? Que te permet-il de dire que ne te permettent pas les autres genres ?
SB : C’est hyper difficile ces histoires de définition et en même temps c’est vrai qu’on court après une définition parce qu’on sent très bien qu’il y a une famille. Qu’il y a des romans qui ont des choses en commun. Qu’il y a des auteurs qui ont des univers en commun. Quand tu es dedans, tu sais que tu y es dedans. C’est là où tu es bien. Aussi bien d’un point de vue littéraire que d’un point de vue du sujet... c’est plus une manière de voir le monde. Le roman noir, c’est vraiment ça. On regarde le monde du "côté obscur de la force". Ce qui n’empêche ni la science-fiction, d’où la référence à "Star Wars", ni l’humour, parce que ça ne fait pas sérieux le "côté obscur de la force". C’est
à dire qu’on se retrouve avec des univers qui sont très différents et en même temps, il y a... je ne sais pas quoi, mais il y a une espèce de courant qui nous unit. Qui unit ces textes là, où l’on reconnaît, on se reconnaît à la fois en tant que romancier mais aussi en tant que qu’être-humain dans ce type de texte. Mais la définition, je ne sais pas... il y a plein de définitions vachement jolies, et poétiques et ... il y a une définition de l’italien Pinketts qui n’est pas mal non plus qui est "Le roman noir, c’est du roman asocial écrit par des asociaux" que je trouve assez jolie. C’est une pirouette typiquement Pinketts mais ça ne peut pas tout dire non plus... parce qu’on n’est pas si "asocial" que ça et le roman noir ce n’est pas que du roman social non plus. C’est pas non plus le roman du désespoir. Parce qu’il y a des romans noirs qui sont d’une drôlerie absolument terrible... on rigole. Non, j’aime beaucoup ce "côté obscur de la force"... .Voilà...
Question du public : J’aimerai que Stéphanie nous parle de Tolkien et Robin Cook... quels rapports avec toi...
SB : Robin Cook et Tolkien c’est très éloigné dans le temps... alors on va peut-être le faire chronologiquement. Tolkien c’est... La première fois j’ai lu "Bilbo le hobbit" ... "Biblo", c’est l’apéro du "Seigneur des anneaux"... c’est à dire on donne
"Bilbo" aux enfants pour qu’ils osent se lancer dans "Le Seigneur des anneaux". Donc mon père un jour, pour rien, m’offre Bilbo en me disant "Dès que tu l’as fini, je t’offrirai Le seigneur des anneaux"... .ce qui est un truc assez bizarre... C’est étrange de dire "Lis ça vite et tu passeras au reste qui est splendide... ". Ce qui fait, qu’enfant ça te pose une grosse question... en général on te dit : "Lis ça". Point... . C’est pas "lis ça vite et tu passeras à
la suite". Donc, j’ai lu ça "vite" j’ai trouvé que c’était une belle histoire de fées, de gobbelins, de dragons... le pied intégral. Mais bons, effectivement, ça donne envie de passer très vite à la suite. Donc tu te dis : "... La suite, oui. La suite". La suite, c’est le monde qui explose... Tout d’un coup tu ne vois plus rien de la même manière... .il y a au fond du jardin des hobbits qui dès que tu arrives toi avec tes grands pieds et tu fais plein de bruits, ils disparaissent. Tu les voies pas, mais tu sais qu’ils sont là. Dans le grand arbre au milieu du parc, il y a des elfes que tu ne voies jamais parce que lorsque tu arrives toi, être-humain avec tes grands pieds... .ils savent se faire invisibles. C’est la magie du quotidien. Ils savent faire ça. Et tout d’un coup tu découvres ce monde là et tu te dis :
"Ben oui, évidemment... moi je ne peux pas les voir mais ils sont là. Et c’est extrêmement réconfortant de savoir qu’ils sont là. De savoir qu’avant que tu arrives sur terre il y a eu des grandes batailles qui ont débarrassé la terre des sorciers épouvantables qui étaient prêts à tout cramer et que maintenant ça va mieux... c’est quand même très rassurant. Les dragons, il n’y en a plus. Ils ne vont plus venir cramer tout ton village au milieu de la nuit, parce qu’en même temps que les grands sorciers on s’est aussi débarrassé
des dragons et les elfes sont là. Ils veillent. J’ai grandi quand même et j’ai vu d’autres choses. Et un jour j’étais très malade et mon compagnon a été faire les courses et m’a rapporté un livre pour me divertir un peu, parce que je suis assez invivable en temps normal mais quand je suis malade... c’est pire. On ne peut pas m’approcher à moins de 10 mètres et donc l’offrande au bout d’un bout de bois, le livre, ça va l’occuper un moment. Il pensait avoir acheté un livre de divertissement médical, vu que j’étais malade... par un américain qui s’appelle Cook qui écrit des livres de divertissement polardeux, médicaux et... donc normalement c’était ce genre là ; ça devait me divertir et me faire penser aux gens qui étaient encore plus malades que moi. Manque de bol, il y a deux Robin Cook. Un qui écrit des livres de divertissement médicaux pour gens malades qui rendent la vie infernale pour tout le monde et il y a l’autre. Et là, le monde a de nouveau explosé. Peut-être pas tout à fait dans le même sens. C’est à dire que si ça a explosé pour Tolkien ça a explosé en vert et bleu. Les couleurs de la magie. Robin Cook, il explose en noir. Il n’y a rien d’autre. Mais j’ai acquis la profonde conviction en refermant ce livre et en le recommençant aussitôt tellement c’est époustouflant c’est que les fantômes sont là. Et ça ne sert à rien de faire comme s’il n’y étaient pas. Ils sont là, ils sont tout autour et il vaut mieux pactiser avec parce que sinon c’est comme les dragons. Un jour ils te mangent. Donc, pour moi, il y a un lien direct entre Tolkien et Robin Cook. C’est ce que l’on ne voit pas mais qui est là
forcément, qui attend. Qui pour le mal attend son jour, pour le bien veille sur ce mec qui attend son jour. Les deux forces en opposition, je trouve ça aussi fort chez Tolkien que chez Robin Cook. Mais étant donné que j’étais beaucoup plus grande et que j’avais déjà commencé à écrire quand j’ai lu Cook c’était l’explosion qui souffle les vitres de la porte vitrée et qui dit que même si la porte est fermée à clé tu passes. C’est là où tu dois aller. C’est la boussole. C’est la direction. C’est ça que j’ai envie de faire. Cette violence là, ce niveau de l’insupportable... parce que Cook travaille sur l’insupportable. Comment est ce que l’on peut envisager en tant qu’espèce animale ce qu’on fait de pire. Normalement on ne peut pas. Collectivement on ne peut pas assumer ça. Même individuellement on ne peut pas non plus assumer l’horreur du collectif. Avec Cook, si ; ça te pousse à un niveau d’humanité qui est à la fois complètement déculpabilisant et en même temps accepte, te pousse à accepter que tu es aussi ça. Et qu’en toi, tu as aussi cette force d’horreur et cette capacité du merveilleux. Bon, je pourrai parler des heures et pour moi, c’est le même niveau que Tolkien. C’est le même niveau de merveilleux et Tolkien, c’est pas juste un petit monde fantastique. Les orques, ça fait peur... .Je ne sais pas comment ils l’ont traduit en français mais la bête de feu qui détruit Gandalf moi j’étais catastrophée à l’idée que ce truc là
vivait qui est fait de feu et qui détruit même la magie blanche la plus pure. C’est terrible. C’est pas une balade de dimanche après-midi Tolkien.
Public : Pourtant Tolkien ça a encore à voir avec l’esprit enfantin... .
SB : Tolkien va totalement au-delà de l’enfantin justement. C’est pas une littérature enfantine. C’est une littérature qui travaille sur les mythologies d’origine. C’est un homme qui travaillait sur les langues anciennes. Les langues qui ont donné naissance aux langues d’aujourd’hui. A travers ce monde là on est aussi à la recherche d’un monde des origines à
travers la langue. Et l’origine, ce n’est pas forcément l’enfant. L’origine c’est le mystère. On ne sait pas. C’est le début du moment où on se pose les questions. Ce que je veux dire quand je dis que Tolkien ce n’est pas "enfantin" c’est que ce n’est pas innocent, c’est pas mignon, c’est pas gentil... au contraire. Je pense que c’est beaucoup plus recherché que l’idée que l’on s’en fait. Je continue encore aujourd’hui à adorer. Et "Oui-oui" par exemple c’était très bien quand j’étais gosse, aujourd’hui franchement je n’y trouve aucun intérêt... là par contre on est dans de "l’enfantin".
Public : Comment est née la trilogie "Les compagnons du loup" ?
SB : La naissance de la trilogie... ? je suis quelqu’un de démesurément ambitieux. J’ai une ambition d’enfer. Ce qui fait qu’au bout de quatre romans où j’avais exploré les liens et relations à l’intérieur de la famille je me suis dit "Bon, quatre romans, ça va. Maintenant tu peux t’attaquer au monde. Et le monde c’est comment donner ma vision du monde, et en même temps j’ai énormément besoin de références littéraires. J’ai vraiment l’impression d’être une espèce de maillon, de bribe, de tout ce qu’on veut dans la suite de la littérature... et c’est pas une question de notoriété... tout ça on s’en moque. C’est que moi, en tant que romancière, j’y trouve ma place... et donc ma place c’est vraiment par rapport à tous les autres. Je suis incapable d’écrire dans le vide. Tout ce que je fais est bourré de références littéraires. Parce que je suis issue de ça et si un jour je me suis mise à écrire c’est parce que déjà toute petite, j’ai adoré manger, dévorer, avaler des livres pendant des années. Donc au moment où je me décide de m’attaquer au monde, le monde. Qui est celui qui a synthétisé le monde pour moi d’une manière tellement forte ? Pour moi, c’est Tolkien. Donc, on va rendre hommage à
Tolkien... Rien que ça... donc, j’ai pris la structure du "Seigneur des anneaux", avec tant de chapitres. Je refuse de lire Tolkien en traduction. Les traductions qui ont été faites jusqu’ici sont nulles. Malheureusement la famille de Tolkien demande énormément de sous pour avoir une nouvelle traduction. J’ai tellement ennuyé l’Atalante là-dessus qu’ils ont cherché à acquérir les droits pour faire faire la traduction par celui qui traduit Pratchett. Eh bien, non... c’est hyper cher. On se contente donc, en France de mauvaises traductions. Donc je me suis pris mon "Seigneur des anneaux" qui tombe en morceaux, qui est scotché de partout, toutes les têtes de chapitres en anglais et j’ai traduit. Mais pas avec la volonté de traduire. J’ai traduit avec la volonté d’écrire autre chose à partir de
ça. Une espèce de retranscription poétique. Qu’est ce que cela pourrait donner phonétiquement en français. Je me suis trouvée avec un tas de têtes de chapitre. Il fallait écrire un livre à partir de ça, avec grosso modo le même nombre de pages, par chapitre, même nombre de chapitre. On commence par un squelette mathématique. Ensuite, deuxième enjeu, re faire un monde comme l’a fait Tolkien ça n’a aucun intérêt : il l’a fait. Si je veux lui rendre hommage, c’est justement, c’est en faisant une re-création de sa démarche
à lui. Donc, ma démarche c’était on prend pas la "terre du milieu" mais la terre du vingtième siècle, on remplace les grands sorciers du mal par le fascisme et on remplace le gentil hobbit innocent qui tombe dans cet espèce de jeu, de magma géopolitique sans savoir où il met les pieds par le toxico... .. Les toxicos, c’est quand même vachement pratique au niveau narratif... ça peut déjanter à tout moment, ça a des niveaux de conscience sur lesquels on peut jouer, ça a une grande tendresse... techniquement c’est très pratique et, en même temps c’est pas quelqu’un qui marche dans le truc comme les hobbits. Les hobbits ils ont leur petit village complètement en dehors des réalités géopolitiques de la "terre du milieu", le toxico il est complètement en dehors des réalités géopolitiques du vingtième siècle... donc à partir de là, il fallait l’écrire ce livre. En fait dans ces espèces de moment où tu te mets à écrire, tu entres en religion... Tu plonges, tu fermes les rideaux, tu te concentres
énormément, tu as tous ces éléments là et tu fais un truc qui fait qu’au bout de quelques mois il y a un livre qui sort. Et il y a tout l’inconscient, tout le reste qui entre en jeu à ce moment là. Mais le côté voulu, volontaire c’était comment rendre hommage à... Comme "La chauve-souris" c’est un hommage à Robin Cook... annoncé dès l’exergue sans déguisement. Avec Tolkien, j’ai joué un peu plus. Je ne l’ai pas annoncé dès le départ. J’ai attendu de voir qui ferait la relation entre
"Le maître des agneaux" et "Le seigneur des anneaux", qui verrait les correspondances des titres, des chapitres, qui, parce qu’après il y a des tas de jeux... je me suis éclatée complètement à reproduire des scènes : lorsque Frodon part pour aller détruire l’anneau, il se trouve dans une auberge, il monte sur une table et chante une chanson. Moi, le héros qui s’appelle Fredo, pas Frodon, se trouve dans une auberge il chante l’Internationale... ce genre de truc là... Je me suis éclatée complètement à truffer cette trilogie de références à Tolkien en me disant : "Qui va percuter" ?
Public : Il y a eu du monde qui a "percuté" ?
SB : Non. J’étais vachement vexée. Après, si... .quand je leur ai dit. Après, ça y est. Les connexions se mettent en place... Mais bon, en même temps, c’est vache de ma part. Parce que c’est trop décalé. Tu peux pas... A part peut-être le mec qui a lu Tolkien la semaine précédente et qui se dit : "Tiens, c’est bizarre, ça me dit quelque chose... "
Public : Mais comment as-tu pensé a tout cela ?
SB : Il n’y a pas trente-six manières d’envisager la tragédie de toute façon... Et pour le côté obscur de la force, on retombe très souvent sur les mythes qui sont fondateurs.
Pour moi, l’écriture, c’est le shoot absolu. C’est... je suis inaccessible totalement. je suis dans mon truc, avec mes cahiers, mes stylos, tu me parles je réponds parfois. Pas forcément. Des fois, je n’entends pas. Je fais des allers-retours entre le canapé où j’écris... .Quand j’écris, j’écris souvent... à part pour les nouvelles où c’est vraiment un truc qui ne demande pas de documentation, sinon j’écris avec une documentation...
étendue. En permanence. Je suis doublement invivable parce qu’il ne faut pas marcher, parce qu’il y a des livres partout, des photocopies, enfin c’est un foutoir monstre... et donc je navigue entre le canapé entouré de ce champ de bataille où moi je me retrouve complètement, il y a des livres de poésies, des photocopies d’articles scientifiques, enfin tout quoi, et la cuisine où il y a la bouilloire et le thé vert... alors, des fois, je réponds au téléphone mais pas toujours... et en fin de journée... je dors.
Public : Est-ce que tu as des rêves, des visions, des images ? des idées de romans ?
SB : Je crois qu’un romancier... Enfin, moi, je me considère comme une romancière. Pas un écrivain. Pas un auteur non plus. On joue toujours sur ces mots. Surtout dans le polar. On est vachement attentif à ces mots là. Donc, je me considère vraiment comme une romancière. Je suis infoutue d’écrire autre chose qu’une histoire. Même quand j’écris de la poésie, c’est une histoire. Il se passe quelque chose. Il y a un début, un milieu, une suite et ça se termine à un moment donné d’une manière logique. Des fois, illogique mais logique pour moi. C’est une histoire. Je vis avec dans la tête une histoire, une espèce de volcan en permanente ébullition qui dégage des vapeurs d’histoire, en permanence. C’est à dire, quand je dors, quand je rêve, je rêve des histoires. Je ne rêve pas... je ne sais pas quoi. Je rêve des histoires. Construites. Extrêmement compliquées où il se passe des tas de choses qui partent dans tous les sens avec des tas de personnages où c’est très logique. Quand je me réveille, je me souviens des dizaines, de dizaines de minutes de dialogues mots pour mots. Et je crois, enfin, enfin j’en sais rien, mais j’ai l’impression qu’un cerveau de romancier, c’est ça. On n’y est pour rien...
Public : C’est inné alors ?
SB : Je ne sais pas si c’est inné... Je ne sais pas d’où ça vient... je ne sais pas s’il y a un moment où l’on décide que la réalité telle qu’elle est, ce n’est pas suffisant... Je ne sais pas... .je n’en sais rien. Je sais que moi, je le vis comme ça. Je lis très très rarement la presse. Quand je lis un journal, j’ai quatre cents histoires... . Je lis un article, il y a dix histoires potentielles dans l’article... ça peut partir dans des tas de directions différentes. Tout est prétexte à une histoire. Tout. J’ai... l’angoisse de la page blanche, je ne sais pas ce que
ça veut dire... Je me mets devant une feuille avec un stylo à la main, je te raconte une histoire. C’est plus fort que moi. Effectivement, il y a des livres jeunesse surtout, un notamment qui est la transcription, pas quotidienne, parce qu’après il faut que je raconte une histoire sur l’histoire que j’ai rêvée... Mais ça part d’un rêve. Un rêve absolument construit, logique, et à partir de là, je brode pour raconter une histoire. Mais c’est en permanence comme ça. C’est tout le temps et j’ai l’impression que... écrire t’enlève la pression. Tu évacues un peu de ce truc qui bouillonne et d’où, pour revenir à ton histoire de nécessité d’écrire, c’est un moment où il faut enlever la pression et donc on sort des histoires et on les met sur le papier.
SD : Dans le public tout à l’heure quelqu’un faisait référence à Tolkien. En ce qui me concerne il y a une autre référence, un autre auteur et j’aimerais que tu me dises si je fais fausse route où non. Lorsque je lis tes livres je pense vraiment très fort à Dostoïevski... où la question de l’âme, de la culpabilité, de la responsabilité est omniprésente et je trouve que livre après livre tu bâtis une oeuvre où tu interroges cette chose là.. la culpabilité mais aussi de la violence que l’on a en soi...
SB : d’échapper à ce destin qui te court après... Bien sûr Dostoïevski c’est... mais là on revient à la licence de russe... les écrivains russes ont une manière d’envisager l’individu à l’intérieur du monde... pas la société, le monde. Cette histoire de société ça me gène. La société ce n’est pas universel. Il y a des sociétés. Alors que pour Dostoïevski, Gogol, Tolstoï, c’est l’individu dans un monde. Et les interactions entre l’individu et ce monde là, effectivement, sont primordiales. Qui je suis ? Suis-je bon ou mauvais ? Est-ce que je peux choisir d’être bon ou mauvais ? Est-ce que tout ça n’est pas quelque part décidé
avant même que je commence à me poser la question ? Et c’est des grands grands romanciers du tragique. Les russes ont une manière de rendre même le bonheur tragique. C’est absolument splendide
SD : dans tes romans, dans ton oeuvre je trouve qu’il y a cette dimension là aussi... je disais tout à l’heure que tu poses la question de la violence de façon différente au travers de tous tes livres. Dans ton dernier roman "Le dossier Lazare" c’est aussi une histoire de violence subie et exercée... Est-ce que tu pourrais nous raconter la genèse de ce livre...
SB : Quand tout d’un coup, un homme, quasiment systématiquement des hommes rentre chez lui, en général le soir, prend une arme à feu qu’il a généralement dans la maison depuis un certain temps ou sur lui, tue méthodiquement chaque membre de sa famille avant de se suicider. Les psychologues réfléchissent là-dessus depuis très longtemps et ne comprennent pas. Il n’y a apparemment pas de schémas. Il y a des schémas de comportements. La psychologie étant, je le précise quand même, la science et
études des comportements et non pas de ce qui se passe dans la tête, confusion assez courante. Donc il n’y a pas apparemment de schémas de comportements qui mènent à cet acte là. Il n’y a pas, apparemment de liens directs avec un événement déclencheur comme on peut le trouver chez les tueurs en série. Il y a très souvent une difficulté passagère, financière mais pas plus que ne connaissent plein de familles de partout. Donc ce sont des actes qui restent extrêmement mystérieux pour l’observateur extérieur et qui me troublent profondément. J’avais donc envie de creuser ça à travers le roman parce que tout ce que je sais faire, c’est de raconter des histoires. Je ne sais pas réfléchir sans raconter des histoires. Toutes mes réflexions sur la vie viennent dans mes histoires. Je raconte une histoire quand il y a quelque chose qui me trouble. Sauf que ça faisait des années que ce truc me tournait dans la tête. Mais avec les tueurs en série c’est vachement bien parce que tu peux prendre du point de vue de la victime, l’enquête... il y a des tas d’inconnues au niveau des enquêteurs... on recherche quelqu’un, on remonte dans l’enfance où l’on trouve des tas de raisons déterminantes qui font que l’acte est commis. En l’occurence avec cette espèce de tueurs multiples mais qui ne le font qu’une fois parce qu’ils se suicident à la fin, il n’y a pas tout
ça... il n’y a pas d’enquête. On sait qui l’a fait. D’un point de vue narratif, ça n’a strictement aucun intérêt. Alors comment parler de ça dans un roman ? On ne sait pas quels sont les éléments qui mènent. Bon, je peux les inventer, mais cela n’a pas grand intérêt. J’ai besoin, tout en étant une raconteuse d’histoires qui ne sont pas dans la réalité d’avoir un ancrage très très fort dans la réalité plausible. Le plus proche possible. On se frotte à la réalité mais ce n’est jamais tout à fait ça. Vu que l’on ne sait pas quels sont les éléments déclencheurs je ne peux pas partir de cet élément. Les mécanismes... on ne sait pas comment ça marche. Je peux prendre l’acte commis, l’enquête, ça s’arrête très vite. Donc je me suis dit qu’il fallait croiser deux destins. Un, c’est celui qui a commis l’acte et qui réfléchis sur cet acte. Le problème c’est qu’il est mort. Donc on va faire en sorte qu’il ne soit pas tout à fait mort. Il est dans un coma profond. Il est sur le point de mourir. Il est encore conscient, dans sa tête de ce qui a été fait. Sauf qu’il n’y a pas vraiment de raison à ça il faut aussi un élément extérieur qui vienne le remettre en cause là-dessus. Quelqu’un ou quelque chose qui vienne le titiller. Et là, dans le réel on ne peut pas... c’est pas possible. Donc on sort du réel. On met ce personnage en état de communication paranormale avec un autre homme qui s’apprête à commettre le même acte. C’est une espèce de cercle. Il y en a un qui a commis l’acte, qui remonte dans le temps pour voir pourquoi il l’a fait, et l’autre qui va le faire et qui interroge l’autre partie sur le "pourquoi" et qui a lui, son idée du
"pourquoi" parce qu’il est toujours dans le fantasmé de l’acte. C’est pas un acte réel encore. Celui pour qui l’acte est réel, la raison n’a plus aucun intérêt. Et donc ces deux hommes vont se parler... ça ne se peut pas. Pourtant si. Dans le roman ça se peut...
SD : On est très rapidement fixé sur les intentions des personnages. Ceci dit Lazare et le lieutenant Nomane ne sont pas des gens ordinaires, dans le sens où elles ont vécu une histoire qui les a conduits dans quelque chose de très douloureux. Lazare a vécu la guerre en Yougoslavie, Nomane a vécu le départ de l’Algérie et là où tout prend beaucoup de force c’est lorsque ces deux personnes entrent en communication. Cette communication est peut-être comme tu le dis "paranormale" mais il y a quelque chose de logique...
SB : En fait, c’est la même personne. C’est le persécuté, la victime de l’histoire, c’est celui qui n’a rien demandé et qui se retrouve dans des bouleversements où on lui dit "Non, tu ne peux plus vivre là". Nomane ce n’est pas juste l’Algérie, il est quand même fils de harkis... son père a fait le "mauvais" choix et Lazare n’est pas juste issu de la Yougoslavie, il est russe. Son père a collaboré
avec les Serbes. Lui aussi a fait le mauvais choix et ce sont des enfants, dont les pères ont fait les mauvais choix qui doivent payer. Il y a le poids de l’histoire sur l’enfant qui lui n’a rien demandé et qu’on fait payer quand même. Génération après génération. C’est absolument terrible. Parfaitement injuste.
SB : Tu parlais tout à l’heure de "paranormal", c’est vrai que l’on dit de tes romans qu’ils flirtent avec le "fantastique". Dans "Synchronicité" par exemple tu fais intervenir dans cette histoire qui prend comme point de départ le mouvement des dockers de Liverpool, tu fais intervenir un vampire...
SB : Bien sûr... mais il y a des nécessités romanesques qui font que on sort de la réalité "réelle". Pour moi, il s’agit de nécessité romanesque. C’est à dire que dans "Le dossier Lazare" je ne pouvais pas faire se rencontrer ces deux hommes sauf par le paranormal. Dans "Si sombre Liverpool" je ne pouvais pas parler de la décadence de l’Angleterre dans son ensemble avec un symbole sans parler du vampire... C’est l’image absolument évidente, immédiate qui m’est tombée dessus. Je n’avais pas le choix. C’était le vampire où je n’écrivais pas l’histoire. J’aime beaucoup "Liverpool"...
Public : Pourquoi "Lazare" ?
SB : Lazare, c’est hyper christique. Lazare c’est celui qui se sacrifie pour sauver l’autre. C’est une vie qui rachète une vie. Et dans "Liverpool" il y a ça aussi... La culpabilité, la manière d’expier la culpabilité, c’est le sacrifice.
Mais non, je n’ai pas de cause à défendre. Je n’ai aucune camelote à vendre... je ne crois en rien. Je doute. Je doute de tout. Et je ne sais faire qu’une chose, c’est raconter des histoires... .
Public : Et cette notion de faute dont vous parlez...
SB : La question de la faute... .en fait, ce n’est pas leur faute. Dans "Le dossier Lazare", c’est une faute qui n’est pas la leur... mais Bad Garry dans Liverpool, c’est pareil... il n’y est pour rien dans l’histoire. C’est pourtant lui qui paie d’une certaine manière. Ce n’est pas tant la faute que l’injustice. Je ne pense pas qu’il y ait de "péché originel". Je ne pense pas qu’il y ait de faute que l’humanité doit viser à racheter. Je ne crois vraiment pas à ça...
Public : Comment un écrivain fait-il pour croire à ce qu’il écrit sans sombrer ?
SB : ... de la distance. Un travail sur la distance... parce qu’on sort de la réalité. On crée de la distance, donc on a un autre regard. c’est de la technique, mais que je trouve extrêmement utile. Ce regard distancié où l’on sait, parce que je sais que les vampires n’existent pas. Parce que je sais aussi, qu’un presque cadavre ne communique pas par l’esprit avec un humain chargé d’enquêter sur le meurtre qu’il vient de commettre... Normalement...
Public : Mais l’auteur a tous les droits de toute façon sur l’histoire qu’il écrit. Alors après tout pourquoi justifier, pourquoi se justifier... ?
SB : Mais justement si. On a besoin de justifier. C’est pas parce qu’il s’agit de création qu’on a la liberté totale. Et c’est pas parce que c’est de la fiction que l’on peut faire n’importe quoi. Tout doit être absolument motivé, voulu et donc justifiable. Et je suis prête à
justifier tout. Après, ça plaît ou non au lecteur. Mais c’est une autre question. Mais c’est voulu. C’est là pour une raison bien précise et que je peux défendre.
SD : lorsqu’on regarde attentivement ta bibliographie on s’aperçoit que les titres forment un bestiaire un peu particulier, qui renvoie à des choses un peu particulières. ..est-ce que c’est voulu ?
SB : Tout est voulu. Symbolique... .Les prénoms ont une raison d’être... Tout est voulu. Je peux expliquer, à condition bien sûr que je me souvienne, parce que des fois j’oublie... mais sur le moment, c’est là pour une raison bien précise... Là, par exemple pour "La chauve souris... ", en fait c’est un peu le déclencheur. En fait, il y a eu "La chauve souris" et puis après "Un meurtre de corbeau"... .on est dans le même style de volatile sombre... avec des grandes ailes... Ensuite "Un singe sur le dos", moi j’avais intitulé ça "Brown sugar", parce que ce livre parle de drogue et Pierre Michaud de L’Atalante
à qui j’avais envoyé le manuscrit me dit : "Bon, on le prend, il n’y a pas de problème mais il y une chose quand même, les titres en anglais que l’on ne traduit pas, j’ai du mal. Mais s’il s’agit d’un titre en anglais, pas traduit, écrit par une anglaise qui écrit en français... c’est un peu compliqué... " Et il a ajouté : "Une Chauve souris dans le grenier" c’était très bien... (En fait c’est un dicton anglais traduit de façon littérale)... trouve-nous quelque chose comme ça sur la drogue". Je consulte mes dictionnaires d’argot parce que j’étais un peu limite sur la question... et je trouve de l’argot New Yorkais. Il y a deux choses très bien. Il y avait "Chasser le dragon" qui est assez joli mais ça veut dire aller fumer de l’héroïne ou du crack ou "avoir un singe sur dos" qui signifie être en état de manque... La chasse au dragon, c’est tentant... en même temps c’est un peu trop fantastique pour un roman noir qui ne l’est pas du tout... J’ai donc opté pour "Un singe sur le dos" en sachant aussi que dans la symbolique psychanalytique, le singe en gros représente l’enfance... cette idée d’être en manque, d’avoir cette chose accrochée à toi c’est assez épouvantable mais quand en plus,
ça veut dire que tu n’arrives pas à te débarasser de tes flips d’enfant... je trouvais ça encore plus joli. Donc on est partis pour "Le singe"... Après, c’était un espèce de délire avec l’Atalante sur les animaux. Ils attendaient les "animaux". Pour "Le loup dans la lune bleue" c’est extrêmement compliqué donc je vous le passe... et le "Seigneur des anneaux" dans les histoires de jeux de mots bilingues il y a des tas de correspondances étranges .. ; alors le "seigneur/maître"
"Agneaux"... voilà "Les compagnons du loup" parce qu’ "agneau" c’est "loop" aussi en anglais donc "loop". "the company of the ring", le "ring" devient "loop"
et le "loop" devient "loup"... un truc complètement tordu... Voilà, c’est le genre de truc sur lequel je me suis amusée depuis très longtemps. Là, j’ai arrêté.
SD : et en ce qui concerne la série "Epicur"... bientôt traduit en grec... est ce que l’on peut parler d’un polar d’anticipation ? là on est dans un registre totalement différent... c’est beaucoup plus
"soft"...
SB : C’est sûr. Bon, "Epicur", c’est du "Chapeau melon et botte de cuir" version 2001. En fait, la grande question d’Epicur c’est "est-ce que Rhéa et Hugo vont se mettre ensemble"...
SD : Epicur, ça veut dire quoi ?
SB : European Police Investigatory Crime Unit Reserve... .ce qui ne veut strictement rien dire. Mais ça sonne bien et ça désigne une équipe d’élite issue d’Europol qui enquête sur des affaires pour lesquelles la police locale a les mains liées par des notions de politique et de sensibilités à ne pas froisser. A la tête de cette unité... qui est composé de six personnes, trois hommes et trois femmes, c’est plus pratique. Ils sont tous hyper intelligents, complètement surdiplômés, ils ont des maîtrises et des doctorats, ils sont tous judokas, karatekas, hyper sportifs, débrouillards, super informaticiens, et très beaux. Forcément. Et donc, ils sont dirigés de loin plus ou moins, selon ses humeurs, par une espèce d’intelligence artificielle, peut-être, qui est peut-être aussi un être humain, peut-être un homme, peut-être une femme. On ne sait pas trop. Il y a là-dessus un secret absolument ridicule et qui se présente sur les écrans d’ordinateur sous la forme d’un gnome à la peau jaune, aux dents de couleur variable avec un trèfle à quatre feuilles fiché dans la narine gauche. C’est Tommy. Et moi, je m’amuse énormément... Bon, bien sûr il y a des trucs absolument terribles. Dans le premier, les anglais font exploser un train parce qu’il y a un chercheur qui est dans le train et qui va dévoiler ce qu’ils ont fait avec des tonnes et des tonnes de viande infectée par la maladie de la vache folle. Comme ils ne savent plus quoi en faire, ils ont l’idée d’exporter vingt ans plus tard... Donc, il y a un français, évidemment, parce qu’ils sont très intelligents les français, qui découvre tout ça et donc l’équipe d’Epicur, entre se demander "qui va coucher avec qui, à quel moment, comment et dans quel hôtel" résout ce type d’affaire absolument primordial pour l’avenir de la planète. C’est très dramatique.
Public : Y-a-t-il d’autres épisodes de prévu ?
SB : Oui. J’avais dit que j’arrêtais à trois, mais... c’est une bulle d’air pour moi et ça fait un bien énorme. Tu sors de "Lazare" où tu t’es complètement remis en question, dur et tu te lances dans Epicur... .ça fait du bien. C’est mieux qu’une psychanalyse... Je crois. Et puis c’est trop drôle... Epicur va être traduit en grec. C’est quand même le top... C’est le genre de truc que tu ne peux pas inventer... La première traduction d’Epicur... c’est en grec. Donc, oui, il y en aura d’autre et on va savoir qui est le traître. Parce qu’il faut un traître dans ces trucs là, sinon... .
SD : nous voilà arrivés au terme de notre rencontre. Je tiens à te remercier Stéphanie.
SB : Merci à vous. Pour votre patience, votre attention... .Demain matin, il y aura interrogation écrite à 8h... .