Votre compte client

Achetez sur bibliosurf
Le doigt d’Horace .
Gallimard, mai 2009 272 p ISBN 9782070348534
« Je viens de tuer trois personnes mais j’aime beaucoup votre façon de jouer. » À l’évidence, (...)
125 visites| 2 avis de lecteur

Ostende au bout de l’est.
Le bec en l’air, 2009 132 p ISBN : 9782916073477
Photographies Cyrille DEROUINEAU Textes Didier DAENINCKX, Marcus MALTE, Jean-Hugues OPPEL, (...)
214 visites

Toute la nuit devant nous.
Zulma, 2008 128 p ISBN : 978-2-84304-459-5
François est un garçon énigmatique, mutique, porteur d’un lourd secret. Il fascine le jeune Mestrel (...)
346 visites| 1 avis de lecteur | 1 lien

1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |>
Rencontre avec Marcus Malte
Mise en ligne le Janvier 2007 | 746 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Marcus Malte a accepté de répondre aux questions des abonnés de Mauvais genres du 30 mai au 3 juin 2005.


Bernard Strainchamps : Que veut dire écrire de la fiction aujourd’hui ?

Marcus Malte : A mon sens, la réponse est assez simple : aujourd’hui comme hier, il s’agit de raconter une histoire qui n’a de comptes à rendre qu’à elle-même. Si je décide au départ de faire oeuvre de fiction, c’est que je refuse d’être soumis à la pression de ce qu’on appelle "la réalité". Même si, bien entendu, les références à cette réalité sont souvent nombreuses. Se servir du réel, s’en nourrir, ou pas, pour bâtir sa propre histoire : cela doit rester un choix. Ce qu’on pourrait nommer : la liberté de création.

Ecrire de la fiction signifie donc pour moi que tout est possible. La seule exigence étant que, aussi incroyable que puisse être ce que je raconte, il faut que j’y croie, et il faut que le lecteur y croie. A moi de me débrouiller pour ça.


Bernard Strainchamps : Les éditeurs créent des collections polar, roman noir… Les bibliothécaires classent en RP, SF… Les lecteurs opposent souvent le noir à la blanche… Personnellement, je crois cette situation dessert des écrivains comme vous. Qu’en pensez-vous ?

Marcus Malte : C’est l’éternel problème de l’étiquetage. Pour des questions pratiques. Dans un supermarché, vous n’allez pas au rayon Fromages si vous voulez acheter un steak. Hélas, on en est un peu réduit à ça. C’est vrai que la plupart de mes bouquins ne sont pas réellement formatés et qu’on peut avoir du mal à les classer. Mais peut-être que la solution appartient aux lecteurs eux-mêmes : trop peu ont une ouverture d’esprit assez large pour aller goûter de temps en temps autre chose que ce qu’ils ont l’habitude de manger. Alors, soyez curieux. Et gourmands.

Bernard Strainchamps : Comment créez-vous vos personnages ?

Marcus Malte : Comme le reste : en me jetant dans le vide.

Quand je débute un roman, je n’ai en règle générale ni sujet, ni personnage, ni même une petite idée de ce que je vais écrire. Que dalle ! C’est pour ça que le champ des possibles est infini, et c’est sans doute ce qui m’excite. Partir de rien pour aboutir à... quelque chose. Quelque chose qui n’existait pas avant. Mais j’avoue que ça fout aussi la trouille.

Donc, je m’en remets uniquement aux mots. Il faut que je trouve LA phrase, celle d’où tout le reste va découler (personnages, intrigue, etc...) Enfin, je l’espère en tout cas. A partir de là, les choses viennent, s’assemblent, je m’efforce de prendre du recul au fur et à mesure afin d’avoir une vue d’ensemble et de rendre tout ça cohérent. Voilà. C’est à chaque fois beaucoup d’espoirs et beaucoup de doutes. Et une sacrée dose d’obstination.

Jean-Christophe Charvy : Quel regard portez-vous sur la littérature jeunesse ? Pensez-vous qu’il est important pour un auteur "pour adultes" d’écrire aussi pour la jeunesse ?

Marcus Malte : Je crois que je porte sur la littérature jeunesse, comme sur la littérature adulte, un regard sans concession. Dans ces deux domaines, il y a quelques très bonnes choses, quelques très mauvaises, et une majorité de médiocres. Pour ma part j’essaie toujours (je dis bien "j’essaie") de me hisser vers le haut, quel que soit le public auquel je suis censé m’adresser. Cela semble une évidence, mais je ne suis pas sûr que ce le soit pour tous ceux qui font voeu d’écrire (non, pas de noms !).

Je mets autant de coeur et de sueur à écrire un bouquin pour la jeunesse que pour les adultes. C’est une question de respect, d’abord pour moi-même, puis pour l’éventuel lecteur. Et je tiens à ce qu’un livre destiné aux enfants puisse également être apprécié par quelqu’un de plus âgé.

Je regrette aussi un peu cette "catégorisation" du public, de plus en plus systématique et pointue. Avec des tranches d’âges qui ne cessent de s’affiner. Ce sont des portes qui se ferment, me semble-t-il. Des oeillères qui se posent. Et une forme de censure - déguisée - en fin de compte. Comme si certains gamins de 12 ou 13 ans n’étaient pas de meilleurs lecteurs que des... ménagères de 50 ans !

Moi, je suis content que personne ne m’ait empêché de lire "Belle du seigneur" ou "San-Antonio" sous prétexte que je n’avais que 14 ans.


Enfin, je ne pense pas que ce soit "important" pour un auteur d’écrire forcément pour la jeunesse. Chacun fait comme il le sent.


Xavier Galaup : J’ai repéré dans deux textes des références bibliques assez explicites dans Carnage, Constellation et dans Intérieur Nord. Pourquoi ? La religion chrétienne est-elle importante à titre personnel ? Dénonciation ?

Marcus Malte : Que les choses soient claires : je suis agnostique. Mais je ne peux ignorer l’importance de la religion, chrétienne ou autre, dans le monde. Cela fait partie de l’ensemble des éléments dont je dispose pour composer. Une couleur. Une note. Après, c’est essentiellement une question de circonstances. Si j’estime qu’un personnage possède cet élément dans son bagage, je m’en sers. C’était le cas pour Césaria dans "Carnage, Constellation". D’autant que les passages cités dans ce roman proviennent surtout du Cantique des Cantiques, qui est un texte un peu particulier à mes yeux, avec un côté poétique et sensuel absolument admirable.


Je suis loin d’être un fin connaisseur en la matière, mais la Bible, quand même, c’est une sacrée histoire ! Et qui contient des références communes à beaucoup de gens dans notre société, même si peu ont réellement lu le texte. Il m’arrive donc de puiser dans ce patrimoine afin de mieux faire comprendre ou sentir certaines choses - à titre symbolique, par exemple.

Quant à la dénonciation : ce n’est pas la religion en elle-même qui m’insupporte, mais la façon dont certains détournent ce message et l’utilisent à des fins méprisables.

Amen.

Xavier Galaup : Autant certains auteurs de polars jouent beaucoup sur l’intrigue et les rebondissements, autant vos romans ou nouvelles s’attachent aux personnages qui sont toujours très réussis grâce à l’absence de manichéisme. Pourquoi cette attention aux personnages ?

Marcus Malte : Parce que ce sont les hommes qui m’intéressent avant tout. Et quand je dis les hommes, j’entends aussi les femmes bien sûr. Et même ceux qui sont entre les deux, puisqu’on parle de "Carnage..." Ce sont leurs histoires, leurs sentiments, leurs actes, leurs paroles qui constituent pour moi la plus grande intrigue. Le vrai mystère est là. J’essaie de comprendre, et la plupart du temps je n’y arrive pas. Et qui je suis pour me permettre de juger ?

Mon rêve serait d’avoir 6 milliards de vies. Autant que ce qu’il y a d’êtres humains sur cette foutue planète. Et de les raconter.

Alors, c’est vrai, ça ne fait pas de moi le Roi du suspens. Ni la Reine du crime.

David Caillet : Lorsque vous avez une histoire à raconter, y-a-t-il quelque chose en particulier qui vous fait choisir le format de la nouvelle ou celui du roman ? Le processus d’écriture est-il le même selon que vous écriviez une nouvelle ou un roman ? Merci d’avance pour vos réponses et merci tout court, vos nouvelles et votre style m’ont beaucoup touché.

Marcus Malte  : C’est moi qui vous remercie, David. Jusqu’à présent la plupart des nouvelles que j’ai écrites, et il n’y en a pas des tonnes, étaient des commandes. Donc, pas le choix. "Intérieur nord" est une exception. Je l’ai écrit après "La part des chiens" qui avait été un travail long et difficile. Je ne voulais pas m’embarquer tout de suite dans le même genre de galère. Besoin de souffler. J’ai donc démarré avec l’envie d’un texte plus court. Mais une fois la première nouvelle terminée, il m’a paru évident que ce n’était qu’une partie d’un tout, et qu’il en faudrait encore deux ou trois pour que ce soit complet. Ca a vraiment été conçu dans cet esprit. Chacune des nouvelles peut être lue séparément, mais elle n’aura pas la même force, le même poids que si elle est prise dans l’ensemble. J’ai d’ailleurs le sentiment que beaucoup de lecteurs ont perçu le livre davantage comme un roman en 4 parties que comme un recueil.

En fait, je pense que chaque histoire a un rythme et une durée qui lui sont propres. C’est quelque chose d’intrinsèque. La difficulté pour l’auteur consiste alors à le capter et à le respecter. 

Kathen : je suis gourmande et je l’assume... et ne demande qu’à être initiée à de nouveaux plaisirs... littéraires que pouvez-vous me conseiller parmi vos oeuvres, pour une première fois ?

Marcus Malte  : La première fois avec moi, Kathen ? Vraiment ? C’est à la fois un grand honneur que vous m’accordez, et une lourde responsabilité que vous faites peser sur mes épaules (larges, musclées et bronzées, les épaules - bien sûr). Mais puisque vous assumez, je vais tâcher d’assumer aussi.

Donc, il me semble que vous pourriez commencer par feuilleter (effeuiller  ?) "Intérieur Nord", justement. Un début plutôt en douceur, au moins dans la forme, si ce n’est dans le fond. En espérant que vous y prendrez plaisir, avant de vous attaquer à des morceaux plus raides, comme "La part des chiens" ou "Carnage, Constellation".

Et puis dévorer l’intégrale par la suite, pourquoi pas ?

Olivier Verstraete :dans intérieur Nord, les personnages principaux désespérés, à côté de leur vie sont des hommes. Auriez-vous pu écrire et d’écrire des destins aussi tragiques pour des femmes ?

Marcus Malte : Ah ! Les femmes, les femmes, les femmes... J’espère, oui, que je pourrais aussi exprimer des points de vue de femmes (cela m’est déjà arrivé, notamment dans "Et tous les autres crèveront"). D’ailleurs l’envie me titille de faire une sorte de pendant à "Intérieur nord" avec des voix féminines. On verra...   Mais de par ma nature, sans doute, j’ai tendance à croire qu’une femme peut rendre fou un homme - fou d’amour, de désir, de douleur, de joie - plus facilement que la réciproque. On a souvent entendu parler d’un damoiseau poussant la sérénade sous le balcon de sa belle, rarement de l’inverse. Est-ce parce que les femmes ont un sens du ridicule plus aiguisé ? Parce qu’elles ne savent pas jouer de la mandoline ? Ou peut-être que la véritable question est : aucun homme a-t-il jamais mérité ça ?

Olivier Verstraete : Où avez-vous puisé votre inspiration pour les 4 destins retracés dans Intérieur Nord ?  

Marcus Malte : Sincèrement, j’en sais rien. D’où ça vient, tout ça ? Mystère. Mise à part la nouvelle intitulée "Jardinier" qui prend pour base un fait divers, pour le reste... ? Peut-être des réminiscences de vies antérieures. Plus vraisemblablement de la somme des choses que je capte, que j’accumule, et qui me travaille sans que je m’en rende compte. Il faut dire aussi que j’ai écrit la plus grande partie de ce recueil en plein hiver, dans un petit village du Vercors : ce contexte, cette atmosphère ont dû certainement jouer.

Xavier Galaup : Je vous ai découvert pas un texte en collection "jeunesse" : Cent jours avec Antoine et Toine chez Seuil Jeunesse qui est une collection très "adulte". J’ai relu ce roman avant la rencontre. Je le trouve toujours aussi fascinant et énigmatique : dédoublement d’un homme au crépuscule de sa vie et retour vers l’enfance... Il y a aussi une structure de conte et des passages oniriques. Pour ce texte et cette forme ? Y-a-t-il quelque chose de particulier qui vous ait poussé à l’écrire ?  

Marcus Malte : C’est un bon exemple pour illustrer ce qu’on disait tantôt à propos de la littérature jeunesse. "Cent jours avec Antoine et Toine" est un des premiers romans que j’ai écrits (le deuxième pour être précis), et ce une bonne dizaine d’années avant sa publication. Soit bien avant les premiers polars sortis chez Fleuve Noir. Et jamais il ne me serait venu à l’idée de le proposer pour une collection jeunesse  ! Cela ne s’est fait, plus tard, que par un concours de circonstances. Je suis d’ailleurs très heureux que certains éditeurs aient encore le courage de présenter des textes comme celui-ci à un jeune public ; c’est une belle marque d’estime et de confiance envers ces lecteurs.

Mais le principe d’écriture était déjà le même à l’époque : partir sans savoir du tout où on va, sans rien s’interdire ni s’imposer dans la forme comme dans le fond. Le seul but étant de créer quelque chose de "beau" - au sens large du terme. Quelque chose qui touche au coeur.

 

Brigitte François : J’ai pu lire Intérieur Nord grâce à Mauvais genres... puis la Plage des Sablettes, grâce à mon feuilletage dans une librairie... J’avais lu le Poulpe aussi... Premier point : je vais lire d’autres "Marcus Malte", parce que, là, vraiment, j’ai rencontré quelqu’un qui écrit... On lit tant de choses bâclées, où l’accent est mis sur l’intrigue au détriment de la langue, que trouver quelqu’un qui met la priorité sur les mots, ça fait un bien fou... car c’est bien ce que vous faites, non ?  

Marcus Malte : "J’ai cueilli ce brin de bruyère   L’automne est morte souviens-t’en    Nous ne nous verrons plus sur terre  Odeur du temps brin de bruyère 

  Et souviens-toi que je t’attends " 

Alors voilà, il y a cinquante mille façons de dire adieu : qu’est-ce qui fait la différence entre celle d’Apollinaire et... les autres ? Les mots. Les mots eux-mêmes. La langue. Le style. C’est quoi la littérature, si ce n’est pas ça à la base ? Si vous ne travaillez pas sur les mots, alors autant faire de la peinture, de la musique, de la sculpture ! Tout a été dit et répété, aujourd’hui la seule véritable originalité demeure dans la manière de dire. Moi, je me damnerais pour pouvoir sortir un truc comme ce salaud d’Apollinaire. Le simple fait d’écrire est déjà d’une prétention monstrueuse, alors quand vous arrivez après des types comme ça, la moindre des choses c’est de vous creuser un peu la tête et le coeur et le reste pour tenter d’être à la hauteur. Tenter. Au moins ça. Un minimum d’exigence, de rigueur et de respect !

Certes, quand je vois les ventes de "Da Vinci code", j’ai pas l’impression que la majorité des lecteurs soit du même avis que moi. Sans parler des ventes des mémoires de Loana ou de je ne sais quel présentateur télé. Sûrement parce que dans le domaine des livres, comme dans beaucoup d’autres, la tendance est au nivellement par le bas. Si on se fait une haute idée de la littérature, et donc si on place la barre très haut, on va forcément morfler - d’abord parce qu’on a très peu de chances de l’atteindre, ensuite parce que chaque fois qu’on retombe, la chute est plus longue et plus douloureuse. Mais si on n’essaie pas, est-ce que ça vaut le coup ? 

Ceci dit, dans le cadre du roman, je ne suis pas contre une bonne intrigue, loin de là. Si je pouvais allier une histoire extraordinaire et un style éblouissant, j’en serais ravi. Mais pas la première au détriment du second. Non. L’air de rien, je soigne aussi le récit - ne serait-ce que parce que j’ai toujours la sainte trouille qu’on s’emmerde en me lisant. 

Peut-être que je sacralise un peu trop la littérature. N’empêche que si je devais choisir entre Giono, Mc Carthy, Apollinaire et... Paul-Loup Sullitzer, je n’hésiterais pas une seconde.

Brigitte François : Autre point : la mort est extrêmement présente dans ces deux opus. Est-ce parce qu’elle l’est dans notre monde à un point que vous ressentez plus que d’autres ?

Marcus Malte : La mort est présente dans tous mes bouquins. Tout ce qui présente un caractère irréversible et définitif me fait très peur. Cela vaut pour la mort, bien entendu, mais aussi pour la vieillesse, le temps qui passe, ou un quelconque adieu. Qui n’est jamais quelconque à mes yeux. Brigitte François : Et l’autre ne nous sauve pas de cette présence là : tous les doutes vont à l’autre, celui qu’on aime, qu’on aurait pu aimer ou bien qu’on a aimé... pourquoi tant de noirceur dans les relations ?

On est seul, Brigitte. Je ne vous apprends rien, je pense. Profondément et inexorablement seul. Dès l’instant où le cordon ombilical est coupé, et jusqu’au bout. Ce qui n’empêche pas de passer sa vie à chercher l’autre, à le trouver, à le perdre, à le retrouver... Une quête indispensable. Mais je ne crois pas que l’histoire puisse finir bien. Puisqu’elle finit !

PS : Je tiens à préciser que, dans la vraie vie, je suis un joyeux luron ! 

Brigitte François : A propos de la Plage des Sablettes : comment s’est effectué le travail avec la photographe ? ( Qui d’abord ? Qui choisit quoi ?....)

Marcus Malte : Comme je vous le disais : seul !... J’ai écrit le texte et la photographe (Stéphanie Léonard) s’en est servi comme support. C’est l’éditeur qui l’a choisie. Je ne l’ai jamais rencontrée, je ne lui ai même jamais parlé au téléphone. Cela peut paraître curieux, mais pourquoi pas ? Je trouve en tout cas qu’elle s’est très bien débrouillée.

Brigitte François : Merci encore de votre écriture.

Marcus Malte : Merci de vos encouragements.  

Black Jack : Très présente dans vos deux premiers romans "le doigt d’horace" et "le lac des singes" la musique a disparue de vos ouvrages suivants même si on la retrouve dans le rythme des phrases. Va elle refaire surface dans un prochain roman ?
Et Mister va t’il reprendre du service ?

petit corollaire Le héros récurrent est il plus une facilité ou une difficulté pour l’écriture ?
 
Marcus Malte :
Quand j’ai écrit "Le Doigt d’Horace", je sortais d’une période très musicale de ma vie. Sans doute avais-je besoin d’une transition entre la musique proprement dite et le roman. D’où aussi le choix pas vraiment conscient mais naturel de prendre un pianiste comme personnage principal. Même logique pour l’opus suivant ("Le lac des singes") puisque j’avais conservé le même héros. La musique est quelque chose qui compte beaucoup pour moi. Je dis parfois que je me suis mis à écrire des romans parce que je n’étais pas un musicien assez doué : allez savoir si ce n’est qu’une plaisanterie ! D’ailleurs je dis aussi que j’écris "à l’oreille", et là je ne plaisante pas du tout. J’ai changé d’instrument, quoi !
Les références musicales risquent d’être un peu plus nombreuses dans le prochain roman, sous une forme classique cette fois, et non jazz.
 
Quant à Mister, de façon chronique je caresse l’idée de le faire ressurgir. Il fait d’ailleurs une apparition, en guest star, dans mon Poulpe. Curieusement, de m’être arrêté à 2 épisodes me donne un goût d’inachevé. De bancal. Il en manque un pour en faire un trilogie, et pour conclure. Mais mon principal problème, c’est que je pense avoir pas mal évolué, au niveau de l’écriture, depuis ces premières aventures. Et je crains de ne pas pouvoir retrouver le même ton - la même tonalité. Donc de jouer faux. Voilà peut-être la difficulté majeure lorsqu’on utilise un héros récurrent : on est plus ou moins obligé de rester sur la même grille d’accords. Si vous êtes un improvisateur de génie, pas de problème, vous ne lasserez pas le lecteur. Moi, j’ai plutôt besoin de changer la partition complète.
 
Black Jack : Bien qu’habitant dans le sud de la france vos romans ne s’y déroulent jamais (si on excepte "plage des sablettes" paru récemment chez Noir Ubain) est ce pour échapper à la classification de polar marseillais, ou parce que ce sud vous inspire moins ou moins noir ?

 
Marcus Malte : Je crois que c’est essentiellement une sorte de pudeur qui m’en empêche. Je n’ai aucune envie d’exhiber ma vie intime dans mes bouquins (car elle me semble n’avoir aucun intérêt pour les lecteurs), or le lieu où j’habite fait partie de cette intimité. C’est trop proche, trop près de moi. J’ai besoin d’une certaine distance entre la réalité et la fiction. Comme le lecteur, j’ai peut-être envie de m’évader, moi aussi, à travers les histoires que je me raconte. Et puis cela me donne l’impression d’une plus grande liberté. J’entends souvent des romanciers affirmer qu’on ne parle bien que de ce qu’on connaît bien. Si c’était vraiment le cas, je n’aurais encore jamais rien écrit ou presque (et j’aurais peut-être mieux fait, diront certains). Moi je découvre, j’apprends, je m’étonne, je m’interroge au fil des récits - en espérant en ressortir un peu plus riche à chaque fois.
 
Mais j’y viens, tout doucement. Je me rapproche. Déjà, dans "La part des chiens", une bonne partie de l’action se déroule dans une ville du sud de la France. Elle n’est jamais citée, mais ceux qui connaissent... reconnaîtront. "La plage des Sablettes", c’était une belle occasion pour moi de sauter le pas, puisque le fait de situer l’intrigue dans un lieu réel et précis était compris dans le cahier des charges. Je me suis dit : Là, mec, t’es obligé ! (C’est comme ça que je me parle dans l’intimité, vous comprenez mieux pourquoi je ne veux pas imposer ça aux lecteurs). Excellent prétexte, en fin de compte. Il me faut encore du temps, de la maturité et de l’assurance. Et je ne désespère pas d’écrire un jour un grand roman qui prendrait racine dans la réalité de cette belle et noire terre du sud.





Agence Bibliosurf.com 9 rue Eugène Gibez 75015 Paris. Tel 09 61 25 97 52. contact