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Spécial dédicace Bibalou il s’en fout Le Rire d’Olga C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du blanc

Rencontre avec Lilian Bathelot

Mise en ligne le Décembre 2006 | 344 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Lilian Bathelot a accepté de répondre aux questions des abonnés de Mauvais genres du 31 mars au 4 avril 2003


Bernard Strainchamps : Le rire d’Olga est un récit raconté dans l’ordre chronologique successivement par plusieurs narrateurs auxquels on s’attache. et que l’on quitte trop vite. Si cette technique te permet de multiplier les points de vue et d’enrichir ton roman, as-tu conscience de pouvoir frustrer le lecteur ?

Lilian Bathelot : Bien entendu, j’en ai conscience. Pourtant, c’est aussi cette frustration qui permet au lecteur une autre rencontre. Un peu comme dans la vie, quoi. La perte d’un narrateur à qui l’on s’est attaché, que l’on connaissait de l’intérieur, et que l’on redécouvre soudain de l’extérieur, dans le regard des autres -autres dont on fait subitement partie soi-même ; on s’en rend compte avec désarroi sans doute- et qui nous laisse disponible pour découvrir autre chose.

Ces trucs inachevés, ces amours dont on ne connaîtra jamais ce qu’ils auraient donné si, ces passions abandonnées en cours de route parce que l’on n’est pas tout à fait prêt à se perdre complètement soi-même. Ces engagements dans la vie qu’il faut bien laisser de côté avant qu’ils ne nous tuent complètement.

Sans renier, non, sans renier son amour, sa passion, son engagement, mais juste, on veut qu’il y ait aussi autre chose. Pas seulement ça, même si c’est putement chouette. Et si je frustre ainsi mon lecteur, il n’y prends pas moins du plaisir le bougre, dans cette frustration, car il sait bien qu’il y trouve le plaisir d’une autre découverte. Comme dans la vie, je te disais...

Bernard Strainchamps : Tu as un réel talent de conteur. Dans ce roman, tu sites au moins deux fois Giono. Que dois-tu à la littérature provençale ?

Lilian Bathelot : Je n’ai jamais lu Giono, ou si peu, il y a si longtemps.

J’ai sans doute dû regarder dans un dictionnaire pour vérifier l’orthographe du nom. Mais il s’est glissé de lui-même entre mes lignes parce que le récit en avait besoin à ce moment-là... Si je n’ai gardé aucun souvenir conscient de ses textes, il n’en reste pas moins quelque chose en moi, quelque chose que je crois ignorer, mais qui me constitue avec quelques milliards d’autres choses tout aussi ignorées. Je crois que la littérature consiste à se livrer tout entier, avec tout ce qui nous fonde au profond et que l’on ignore évidemment ; et pas à juste à construire des historiettes avec notre pauvre raison toute seule.

Quant à la littérature provençale, je ne sais pas ce que c’est. Le local moins les murs, tu sais bien, Bernard, je vais pas refaire le coup. Pagnol, oui, en revanche, je le connais et je m’en souviens, et je continue à être sous le charme. On peut bien en rire, c’est égal. A Pagnol, je dois sans doute beaucoup. C’est lui qui m’a appris le plaisir de la lecture. Lorsque je lisais ’Le temps des secrets’, je me souviens avoir dit à mon père que c’était le meilleur livre du monde. En réalité, c’était juste le premier qui n’était pas tombé de mes mains de dix ans avant la fin de la première page. Depuis, bien entendu, j’en ai terminé plusieurs autres. (rires...)

Bernard Strainchamps : Marianne narratrice a un ton proche de la narratrice-héroïne de Fantômes de Maïté Bernard. Est-ce que tu as éprouvé une quelconque difficulté à écrire au féminin ?

Lilian Bathelot : Je regrette de ne pas connaître Maïté Bernard...

Pour ce qui est d’écrire au féminin, cela me vient assez naturellement. Une des premières nouvelles que j’avais écrite très jeune était aussi au présent-féminin. Comme dans ’Avec les loups’, où il y a un chapitre au féminin -ce que personne n’a relevé d’ailleurs.

Et lorsque, narrateur extérieur, j’écris une scène dont une fille tient le centre, je l’écris aussi au féminin il me semble, mais cela ne se remarque évidemment pas. Tout au moins quant à la grammaire.

Puis un roman que j’ai en cours commence par un passage écrit par une autre femme...

Au bout du compte, la part de ce que j’écris au féminin n’est pas négligeable. Je ne tiens pas à faire de psychanalyse pour savoir pourquoi. C’est comme ça. Je parlais de "se livrer avec tous ses secrets que l’on ignore soi-même", et c’en est une autre illustration, j’imagine.

Bernard Strainchamps : La littérature a-t-elle quelque chose à voir avec la mécanique ?

Lilian Bathelot : (*) Tout au moins le fait que je pratique les deux. Mais je n’ai pas la suffisance de croire que je sois le seul trait d’union entre les deux. (rires...)

D’ailleurs "Du Zen et de l’entretien des motocyclettes" me revient à l’esprit. Il fait partie des nombreux livres que j’ai beaucoup aimé... et jamais fini !.. Non, non, il n’y a aucune contradiction, il y a tellement de gens et de choses que j’ai beaucoup aimé sans aller pour autant jusqu’à la fin.. Et cela rejoint ce que je disais à propos de ta première question. Changer de personnage est sans doute une façon de traduire ces "laisses d’amour" (comme il y a des laisses de mer...) dont notre vie est faite. De possibles qui restent inépuisés, parfois inassouvis. Cela n’est pas triste en réalité. Juste désespérant, ces jours où tombe sur nous cette langueur de se savoir mortel. Mais tellement indispensable, en revanche, quand souffle l’énergie de la vie. De découvrir les continents inconnus qui dorment à nos portes.

Voilà. Je crois que le fait de rappeler pour finir ce avec quoi l’on avait commencé porte un nom dans les figures de rhétorique. Mais je l’ai oublié, bien entendu.


(*) Je réponds à une question qui ressemble assez à cela dans l’expresso animé par Gilles Mangard, lors des "Suite pour Série Noire" de Bergerac, que le site propose en realplayer à propos de cette "rencontre".

Maïté Bernard : Bonjour Lilian, ma première question, je voulais déjà te la poser à Bergerac. Pendant ton interview en public, tu as parlé d’écriture. Tu avais l’air de dire que pour toi, c’était une sensibilité, quelque chose qui s’exprime malgré toi, à travers toi, comme des impressions que tu recueilles (j’espère que je ne résume pas trop mal). Or, dans Bibalou il s’en fout, je suppose que tu avais un cahier des charges très strict, tu étais obligé de parler de deux poissons bien précis (une daurade et....je ne me souviens plus), de l’étang de Thau, etc. Je suppose qu’il s’agissait d’une commande ? Est-ce que ce n’est pas trop contraignant ?

Lilian Bathelot : Bibalou est en effet une commande. Le cahier des charges de Romain Pages ne touche en rien à l’histoire pour cette collection. Sauf pour le format de 4500 signes max, que j’avais allègrement dépassés, ce qui fait que cette version est remaniée. En réalité, j’ai dû zapper tout une partie de l’histoire... Le cahier des charges se situe sur un autre plan. Des scientifiques fournissent un dossier sur la bestiole en question dans chaque volume, et l’auteur doit simplement en tenir compte pour ne pas écrire de bêtises de ce point de vue là. Les contraintes sont donc assez minimes.

Mais le fait reste que j’aime assez, paradoxalement, travailler parfois sur commande, et que j’y trouve du plaisir. L’esprit trouve naturellement sa marge de manoeuvre, et je peux continuer à travailler avec l’improvisation que j’aime dans l’écriture (et que tu résumes fort bien en préambule à ta question). Que l’écriture porte l’histoire -et ne soit pas simplement à son service-, c’est pour moi la condition pour être en littérature. Comme on est en montagne, ou en est en mer. Tu vois, les touristes vont "à la" mer, ou "à la" montagne, les alpinistes partent "en" montagne ; les marin vont "en" mer. C’est sans doute se "en" qui fait la différence, qui marque un engagement dans un univers où l’action vaut par elle même, et où il devient vital d’agir, d’être tout entier avec soi-même. Là, tricher devient dérisoire puisqu’on y est seulement face à soi-même. "En" littérature, c’est un peu de ça pour moi. Et je ne vois dans les contraintes des commandes que des contraintes ’supplémentaires’, car l’écriture elle-même en possède déjà intrinsèquement un bon nombre. Tu le sais bien, évidemment, comme tous ceux qui se servent d’elle pour donner leur monde en partage.

Maïté Bernard : Dans les dix premières pages de Avec les loups, j’aime beaucoup le côté très osé de l’évocation sexuelle du début, et j’aime beaucoup aussi... quand il lave son linge au Lavomatique. Quand tu écris un roman, tu le fais dans l’ordre ou tu écris les chapitres que tu avais envie au moment où tu en as envie ?

Lilian Bathelot : J’écris dans l’ordre du livre -qui n’est pas toujours l’ordre chronologique. Il m’arrive de retourner en arrière pour rajouter quelques lignes qui deviennent indispensables dans le flux de l’histoire, mais cela ne dépasse jamais deux ou trois paragraphes. En revanche, j’ai tout un tas de notes griffonnées au hasard sur des coins de nappes ou des tickets d’autoroute... et que je ne consulte jamais. Quand -chaque fois qu’il me tombe un oeil- je plonge dans ce fourbi accroché à des pinces tout autour de mon vieux Mac, je balance des brassées de ces morceaux de papier. Le plus souvent sans m’en rendre compte, j’ai déjà placé les expressions, idées, tournures que j’avais notées à la hâte et cru oublier aussi vite. Mais elles étaient restée là, tapies entre les quelques neurones qui me restent encore.

Le problème, c’est que je ne suis pas certain de ne pas opérer de la même manière avec des trucs lus ici où là, et qui ne sont pas originalement de moi. Au fond, sans doute que rien n’est originalement de nous. Nous sommes tout juste capable de transformer. Et si peu.

Maïté Bernard : Et plus particulièrement, ces dix premières pages, elles sont venues quand tout le reste était écrit, ou elles étaient là dès le départ ?

Lilian Bathelot : L’idée du mec qui se réveille complètement en vrac était l’argument -l’unique...- quand je me suis mis à écrire. Puis, c’est l’écriture -je veux dire le fait de devoir écrire sans savoir où j’allais- qui a tricoté la suite.

Le Blues du lavomatique, je ne sais pas d’où je l’ai sorti. Que Manu soit bassiste non plus, juste, ça collait, ça faisait la bonne musique et le tempo était valable. Des mois après, je suis tombé sur Bill Couffignals, un pote d’enfance musicos qui avait lu le livre. Il était certain que je me rappelais parfaitement qu’il avait lui-même composé Le Blues du lavomatique dans la vraie vie, il y a vingt ans peut-être. (De plus, Bill est bassiste en vrai) Et moi, je ne savais pas que je me souvenais de ce putain de "blues".

Se laisser porter par l’écriture permet cela. Mobiliser cette mémoire des fibres. Le calcul, la construction intentionnelle sont minuscules à côté de cela, il me semble. Ce qui n’exclut en rien de bricoler ses histoires pour que tout y soit bien réglé. Pour chasser l’"ego" et les "private joke" qui ne font jubiler que l’auteur. Cela, oui, c’est aussi un travail, où l’analyse joue un rôle important.

Maïté Bernard : « La partie de jambon-jambon », « Des mashpros en Lacoste-4x4 et leur coulis de blondasses », « Putain mais c’est pas vrai... Ton père il t’a fini à la pisse ! », « le bois dont on taille les langues », toutes ces trouvailles de style, ça te vient naturellement, treize à la douzaine, ou tu le travailles ?

Lilian Bathelot : J’ai eu une double chance. Celle de me construire sur une véritable culture, et que cette culture-là ait été populaire. Je ne parle pas du sens étroit que l’on donne à la culture de nos jours. Cette culture n’était-là pas consignée dans des livres, des opéras, des tubes cathodiques, elle était présente partout. Dans les rues, dans les familles, les jardins ouvriers et les bistros. C’est en ce sens que c’était une véritable culture. Je ne vais pas épiloguer à propos de la "culture populaire" (je l’ai déjà fait à cette adresse :)

Le fait est que le fait de devoir s’exprimer de manière imagée et éclairante, originale et personnelle, drôle et imaginative était un peu l’ordinaire des gens que je rencontrais enfant, puis jeune homme, dans les rues, les bistros, etc.. Naturellement, je ne suis mis à faire comme tout le monde, et le fait est que je n’étais pas le moins doué pour cela, je m’en suis vite rendu compte. Il m’en reste peut-être quelque chose. Mais là aussi, dans ces trouvailles, je dois beaucoup pirater les anonymes des comptoirs et des terrains de pétanque, sans m’en rendre compte.

Maïté Bernard : « - Je comprends ce que tu veux dire, mais t’as pas raison... Quand on est attaché, on parle pas comme ça à quelqu’un qui l’est pas. Je lui envoyai un coup dans le bide. - Regarde, tu vas comprendre... Toi t’es attaché, et moi je le suis pas. Je balançai encore deux coups de tatane qui soulignaient le toi et le moi ».

Ca, c’est le début d’une scène d’interrogatoire qui est un des meilleurs passages du livre. Est-ce que ça te pose un problème moral d’écrire des scènes de violence, est-ce que ça te pose un problème d’écriture (parce qu’il faut que ce soit rythmé, inquiétant, etc.), ou est-ce que c’est un plaisir ?

Lilian Bathelot : Ecrire, en soi, est -aussi- un plaisir. L’enchaînement des scènes s’impose de manière naturelle, je pourrais dire intuitive sans doute. Lorsque c’est une scène de violence qui vient farfouiller sous les touches du clavier, j’en jubile, comme d’une autre. Chaque scène dicte ses propres contraintes, celles des scènes d’action ne sont pas de nature différente. L’impératif de générer un réel plaisir de lecture, la nécessité du mot, du rythme, fonctionnent toujours de la même manière. dans un environnement différent. Les réglages d’un passage de bagarre sont aussi compliqués -ou aussi faciles, c’est égal- que ceux d’une scène plus intérieure. Ils sont juste régis par une nécessité qui doit être différente à chaque passage. (Dans le cas contraire, attention : c’est qu’on est en train de réécrire toujours le même livre !...)

Sinon, je n’aime pas la violence pour la violence. Mais je ne suis pas scandalisé par elle. Je veux dire, ce n’est pas parce qu’une action est violente qu’elle me scandalise. Dans la scène que tu rappelles, Manu est acculé là ’action violente. Il ne me paraît pas monstrueux de faire appel à la violence lorsque les circonstances l’exigent.

En revanche, la violence comme outil de domination, d’oppression (et il n’est pas nécessaire qu’elle soit physique pour être terrible) réveille en moi une colère viscérale, et violente, sans doute.

Mais c’est un autre débat. La pire violence que l’on trouve dans mes historiettes, c’est, je pense, les échos de cette terrible guerre mondiale que le monde moderne livre contre les Hommes.

Luis Alfredo : Le 4 de couverture d’Olga précise que tu as exercé plusieurs petits métiers avant d’en venir à la littérature. En quoi tes expériences antérieures nourrissent-elles tes écrits ?

Lilian Bathelot : Il est impossible de ne pas nourrir l’écriture de nos expériences antérieures. De quoi d’autre sinon ? C’est la seule matière première disponible. Sauf à se "documenter", mais là on passe dans la construction purement intellectuelle, qui ne m’intéresse guère car c’est le filtre de la subjectivité, lorsqu’il teinte les souvenirs de l’expérience concrète qui apporte l’humanité particulière de l’auteur. Côté pur jeu de l’esprit, je préfère pousser du bois le temps quelques blitz et quelques rouges au café du Dôme.

Dans les expériences qui m’ont construit, je ne sais pas démêler ce qui nourrit plus particulièrement mon écriture. Tout ça marche ensemble, et le résultat, c’est moi, aujourd’hui. Le fait est que ma trajectoire m’a fait côtoyer, entre autres, des milieux et des gens très différents les uns des autres. Découvrir des humains et des archétypes humains de l’intérieur en quelque sorte. C’est utile à l’auteur, bien entendu. J’en resterai là pour cette question, comme j’ai parlé un peu de cela -être entier avec soi-même dans l’écriture- dans ma réponse à Maïté, que tu n’avais pas pu lire avant d’écrire toi-même.

Luis Alfredo : Pourquoi avoir choisi le polar, alors que tu as enseigné la philosophie ?

Lilian Bathelot : Dans ta question, le "alors" semble marquer entre les deux termes une opposition qui n’existe pas pour moi. Mais s’il devait y avoir une contradiction entre polar et philosophie, pour lequel des deux serait-ce inquiétant ? Par ailleurs, je n’ai pas choisi le polar. Je ne sais même pas ce que c’est. (Pourquoi L’Etranger n’est-il pas un roman noir ? parce que c’est un texte qui mérite mieux que cette étiquette ?)

Ce qui m’intéresse, c’est la littérature. C’est à dire cette connaissance artistique appliquée à la chose écrite -pour faire vite. La littérature offre des rapprochements, mêle des situations, des ressentis, des mots, des idées, des images dont le télescopage fonctionne sur le même mode de connaissance que la poésie, faisant du court-circuit comme mode de communication. Le court circuit qui naît lorsque l’on croise les fils dénudés du polar et de la philosophie présente un réel intérêt pour moi. L’intérêt de tous les métissages. Oui, elle me plaît bien cette idée de littérature métisse qui est en elle même un pied de nez aux sinistres boîtes des taxinomistes -et aux classifications décimales. "mais bordel, je l’indexe comment ce putain de livre ?"

Luis Alfredo : Dans ton dernier roman les protagonistes tombent très facilement amoureux, surtout Théo qu’un seul coup d’oeil fait chavirer. c’est pas un peu fleur bleu ?

Lilian Bathelot : Ben oui. Je ne trouve même pas ça navrant. Au fond, Le Rire d’Olga est probablement un roman d’amours*.

Luis Alfredo : Qu’est-ce qui t’a poussé à évoquer la guerre d’Espagne et les petites "infamies" staliniennes, qui préfèrent livrer les armes à Valence au lieu de les livrer à Barcelone ?

Lilian Bathelot : Je suis génétiquement à moitié Espagnol, et culturellement de beaucoup davantage. Dans la culture familiale, la guerre d’Espagne était très présente. Mais je ne souhaite pas évoquer ce sujet complexe autrement que je l’ai fait dans ce livre. La révolution en Catalogne -et ailleurs en Espagne- portait un espoir immense pour des millions de gens, et pas seulement des Espagnols, comme Orwell par exemple qui s’était engagé dans les milices du POUM (qui a remarqué son passage fugitif dans le livre ?). La responsabilité de la République espagnole de combattre militairement les anarco-syndicalistes qui tenaient la Catalogne est énorme.

Plutôt que de juger l’Histoire, je préfère m’attacher à parler l’histoire des hommes et des femmes. Et tout de suite, tout se complique, parce que les gens ne sont pas les appareils, parce que le père d’Olga a refusé de tirer au café Moka. ((tiens, Orwell fait en réalité deux passages discrets dans les ombres de ce livre ; je ne m’en était pas rendu compte.)) Et parce qu’ Elena a aimé Carlès. Et parce que, interrogeant ses souvenirs, Carlès perçoit que le moteur de la révolution, c’est l’amour. Pas l’amour d’un homme ou d’une femme seulement, mais l’amour en soi. L’envie de pouvoir aimer tous les Hommes, de construire un monde où cela soit possible. Cette envie-là est la même que celle qui animait, sans doute, les combattants de l’armée républicaine...

Il y a beaucoup plus d’espoir à chercher dans les faits humains des gens ordinaires que dans les pratiques des appareils. Et il y a aussi beaucoup de désespoir qui naît lorsque l’on voit comment les organisations, dans la pratique, méprisent les Hommes.

Mais, comprends bien que tout cela, je ne l’affirme qu’a posteriori, lorsque je me fait l’analyste de mes propres textes, et des motivations qui les sous-tendent. Et dans dix minutes, dix jours ou dix ans, l’analyste pourrait asséner avec le même aplomb des thèses très divergentes...

Lorsque j’écris, seuls les tumultes obscurs de mon être profond -inaccessible autrement que par l’écriture- me guident. Sans que je sache où il m’amènent. Je leur fais confiance.

Luis Alfredo : Les critiques, que l’on peut lire sur ce site, s’accordent pour souligner « ton habileté à trousser une intrigue » souvent complexe. Les imagines-tu dans le détail avant d’écrire ou bien se construisent-elles au fil des pages

Lilian Bathelot : Je remercie les critiques pour leur bienveillance. Et je renvoie encore à mes réponses d’hier à Maïté, car je suis assez prolixe ces jours-ci, et ça peut devenir lassant pour le lecteur. Juste, disons que lorsque je me lance dans un nouveau texte, je navigue totalement à vue. Je ne sais pas ce qui va se passer après la première phrase. Aucune idée de l’histoire, des personnages, du ton, des situations. Je découvre l’intrigue ligne après ligne, comme un premier lecteur. Un lecteur singulièrement actif, tout de même.

Les dernières lignes de la réponse à la question précédente éclairent un peu sur cette façon de faire. Je vais en rester là car je suis fatigué maintenant.


* ça existe, en classification décimale ?

Maïté Bernard : « Je cherchais à rassembler ce qu’il fallait que je dise, pour en faire un paquet présentable. Mais c’était trop touffu, trop embrouillé. Je perdais le fil à chaque fois : je me suis rendu compte que je pourrais même pas dire la vérité. Ou alors il fallait écrire un livre. La vérité, c’est pas juste ce qui s’est passé. C’est surtout les milliers de choses qu’on a senties, pensées à un moment donné, et oubliées dix minutes après. Ca, je pourrais jamais le retrouver. A cause de ça, personne pourrait croire ma vérité. Ce que j’ai fait, ou pas fait, ça n’avait de sens qu’en fonction de ce que je pensais ou sentais à ce moment-là. Trop compliqué à expliquer, même si j’arrivais à m’en souvenir. Personne ne pourrait croire la vérité, parce que je ne saurais jamais rapporter toute la vérité ».

Voilà ce que pense ton personnage, Manu, pendant qu’il est retenu prisonnier. Est-ce qu’on peut considérer que ce passage, hors contexte, pourrait être ta définition de l’écriture ? Est-ce que, par exemple, dans la phrase suivante, « La vérité, c’est pas juste ce qui s’est passé. C’est surtout les milliers de choses qu’on a senties, pensées à un moment donné », on pourrait remplacer le mot « vérité » par le mot « Ã©criture » ?

Lilian Bathelot : Je suis content que tu aies choisi ce passage. Bien entendu, cette problématique est aussi celle de l’écriture. Mais pas seulement. Manu, le personnage de l’extrait proposé en sait quelque chose. Dans la vraie vie, cette difficulté de communication peut avoir des enjeux autrement lourds de conséquence que dans la littérature, où la difficulté de communiquer est simplement la même qu’en toute autre chose. Mais elle existe, bien entendu, cette difficulté dont parle Manu. Le métier de l’écrivain est de tenter de la résoudre -et de la résoudre en exerçant son inventivité à bien d’autres aspect de l’écriture que "l’intrigue" ou le "style", lorsqu’il se respecte tant soit peu.

Maïté Bernard : Enfin, est-ce que le travail de l’écrivain, pour toi, c’est de « rapporter toute la vérité », ou au contraire d’éclairer un extrait de réalité avec sa vérité ?

Lilian Bathelot : La réalité ? Je ne sais pas ce que c’est. Et "ma vérité", recèle probablement une telle proportion de choses fausses, ou partiellement fausses, ou approximatives, de mensonges aussi...

Cela dit, il est certain que le monde que je décris est façonné par ma subjectivité. C’est la seule richesse que je puisse offrir en partage. Je ne crois pas en "ma" vérité. Par bonheur, il existe quelques personnes pour aimer la façon dont je me trompe dans ma perception du monde, et pour pardonner l’imperfection des textes où je la livre.

Maïté Bernard : « J’ai fait un doigt à Obi One, et à tous les gourous de la terre. Depuis toujours, quand j’en veux à la vie, que je me sens si petit que je devrais me mettre à prier, j’arrive seulement à dire à Dieu qu’Il peut aller manger Ses morts en salade. Je me démerderai avec ma petitesse, Il peut bien m’envoyer de nouvelles charretées de merde. En tout cas, ça me ferait trop mal aux couilles de demander quoi que ce soit à un type comme Lui. Ca allait, quoi. ».

Est-ce qu’ici ton personnage, Manu, est ton porte parole ?

Lilian Bathelot : Bien entendu. Je déteste facilement les "puissants" de ce monde, alors tu penses, de l’Autre Monde ! ça n’empêche pas une part de spiritualité. Mais les "absolus" que je frôle parfois sont pas très catholiques. Je suis sûr que l’ivrogne qui roule dans le caniveau a tout autant de chances de sentir un jour le souffle de l’absolu que l’ascète sacrifiant sa vie à sa quête. La vie est parfois délicieusement injuste.

Maïté Bernard : Jusqu’à la page 101 d’Avec les loups, le narrateur est le héros, Manu. Soudain, et pendant une vingtaine de pages, on se retrouve avec un narrateur omniscient, qui raconte les faits et gestes des autres personnages pendant que Manu est en cavale. Est-ce que ça t’a posé un « cas de conscience » de changer brusquement de mode de narration, ou est-ce que tu as fait ce que tu avais besoin de faire et puis c’est tout ?

Lilian Bathelot : On m’a en effet reproché ce basculement peu académique. Des esprits plus éclairé que moi y ont même vu une faiblesse du livre. Ils ont peut-être raison. Je n’en sais rien. Pas spécialiste de l’académisme, le père Bathelot. Je n’ai pas étudié la littérature, mais lorsque ce basculement m’est tombé sous la plume, je me suis bien rendu compte que je n’avais souvenir d’avoir vu ça dans aucun des livres que j’avais lus. J’ai bien sentis alors que ça devait être interdit -c’était la seule explication possible pour ne pas utiliser un truc aussi évident et si commode. J’ai cherché à comprendre pourquoi cet interdit, et je n’ai pas trouvé de réponse. Alors, je l’ai traité comme les autres interdits que je ne comprends pas -lorsque la peine encourue n’est pas trop dissuasive.

Mais, j’en fais bien d’autres bêtises interdites, en écrivant mes livres. Des choses qui mériteraient qu’on me fasse les gros yeux, comme de noyer l’air de rien quelques alexandrins clandestins ou un octosyllabe en civil dans ma prose, histoire de rattraper un tempo qui déconne. Je n’ai pas envie de me faire suer pour respecter des "règles" que je ne comprends pas. L’important pour moi est de parvenir à construire les phrases et les narrations qui servent ma littérature. Le manque d’académisme ne m’empêche pas de dormir. En revanche, je constate que l’académisme, lui, est tout à la fois un cadre bien huilé qu’il suffit de remplir pour pondre des choses académiques, et aussi une entrave certaine à la création, et donc à la littérature.

Maïté Bernard : Toujours au niveau « cas de conscience », mais dans un autre genre, je ne connaissais pas le diction « Fais un péché trois fois et tu croiras qu’il est permis » (Peut-être parce que c’est toi qui l’as inventé...).

Lilian Bathelot : Je crois que c’est un proverbe arabe. Mais j’ai dû entendre ça dans un café pas vraiment littéraire. Sans garantie d’origine, donc. J’aurais bien aimé faire cette trouvaille moi-même. L’idée est très juste.

Maïté Bernard : Il faut 78 pages au blessé échoué sur le bord de la route de Spécial Dédicace pour être enfin aidé par quelqu’un. C’est une nécessité de l’histoire que tu inventais, ou c’est ta vision de ce qu’il se passerait vraiment dans la réalité ?

Lilian Bathelot : Bien sûr que ça se passe comme ça dans la réalité. J’ai eu moi-même un accident de moto où j’étais à peu près bon à faire des boulettes. Il a fallu qu’une trentaine de bagnoles passent avant qu’une ne s’arrête. Il faisait jour, sur une route nationale passante, à l’entrée de Montpellier.

Mais en écrivant ce passage, je ne pensais pas du tout à cela. Simplement, le gars estramassé était sans doute peu visible, la nuit, sur une route peu passante. Pas vraiment surprenant donc qu’il se passe un certain temps avant qu’on lui vienne en aide. De plus, dans ces 78 pages, autant que je me souvienne, il se passe beaucoup de choses sur différentes scènes, mais assez peu de temps s’écoule en réalité.

Et puis, je préfère me réjouir du fait que Rachid et les Ratons, malgré des circonstances si peu propices, arrêtent leur vieille camionnette sur le bord de la route pour donner de l’aide à un inconnu mal en point, plutôt que de crier au scandale sur les trente imbéciles qui se débinent en douce en faisant semblant de ne pas voir.

La connerie est l’état naturel du monde, faut croire. Et c’est un miracle à déguster avec application, le fait têtu qu’il y existe toujours des types vraiment chouettes.

QQ.Lapra : Je capte hier matin sur France Culture cette réflexion un peu à l’emporte-pièce de Gabriel Metzneff : "On fait de la littérature avec ses échecs et ses souffrances." Que pensas ?

Lilian Bathelot : Certes. Et Bagdad est un réservoir d’écrivains de génie. Au fond, la guerre a peut-être pour but de sauver la littérature à l’échelle mondiale. Avec l’aide de Dieu.

Sans dèc, j’aime pas les pleurnicheries sur la souffrance des auteurs. Comme les bouffons qui "entrent en résistance" chaque fois qu’ils prennent la plume. C’est un peu la même chose. Brassens répondait dans un studio radio "oui, bien sûr, écrire est douloureux, mais bien moins que les coliques néphrétiques". Les deux idées se rejoignent. Je crois qu’on écrit bien mieux dans la plénitude que sous la torture. Que nombre d’auteurs se complaisent dans les souffrances existentialistes qu’ils entretiennent soigneusement dévoile seulement un néant abîmesque. Il y a une impudeur, et parfois une obscénité grotesque à étaler ses souffrances de bien nourri. Je me méfie des gens à la mine triste portant la souffrance en devanture. C’est rarement signe de génie ; ou même d’humanité, ce qui est nettement plus grave.

Ce que je n’aime pas dans cette phrase, c’est que c’est typiquement une phrase d’auteur. Un archétype. Un cliché. Tout le contraire de l’expression littéraire. (Non, ce n’est pas une contradiction : nombre d’"auteurs" sont évidemment à mille lieues de la littérature)

Cela dit, l’idée est juste, en partie. On fait de la littérature avec TOUT ce que nous sommes, et donc aussi avec nos réussites, nos joies, nos colères, notre amour. Surtout notre amour, sans doute.

QQ.Lapra : La littérature ne fera jamais (et n’a jamais fait) changer le monde. Pourtant, dans certaines dictatures, ce sont les écrivains que l’on met en prison... Dois-je repenser la première partie de ma phrase ?

Lilian Bathelot : On met parfois des écrivains en prison, c’est un fait. Mais même dans les dictatures, ils sont loin de représenter une part significative de la population carcérale, même si on parle davantage d’eux que des autres. Je ne crois pas que la littérature ait pour vocation de changer le monde. (voir l’académie française !..) En revanche, elle révèle sans doute des aspects de l’être profond de l’auteur -et parfois son grand vide. C’est pour cela qu’il importe d’embastiller les auteurs douteux, et pas seulement d’interdire leurs livres. Pour "changer le monde", je crois bien qu’on ne puisse que se changer soi-même. Désapprendre la soumission. Tâcher d’être beau à ses propres yeux. (Contrairement à ce qu’écrivait Malraux : "Ni la guerre ni la révolution ne consistent à se plaire à soi-même.).

Et si la littérature est impuissante à "changer le monde", il arrive qu’elle contribue à construire différemment des personnes -nombre de mes lectures d’enfant (ah, le Grêlé 7-13 !..) ont orienté mes idéaux de manière significative. En ce sens, parce qu’elle peut contribuer à construire différemment des personnes, elle peut changer le monde, c’est là son pouvoir. Hélas, ce pouvoir est bien faible, rapporté aux armes de destructions massive utilisées en temps de paix, en démocratie comme en dictature, contre l’esprit critique. C’est à dire contre l’esprit.

QQ.Lapra : Il n’y a pas de bon roman sans une authentique construction. Mais précède-t-elle ou accompagne-t-elle l’écriture ? En ce qui te concerne, j’ai l’impression que l’écrit porte la construction. Mais ce n’est pas si simple. Lorsque tu cites l’exemple de ton copain bassiste, tu touches au juste. Ne peut-on pas envisager que l’écriture n’est que le révélateur de "ce qui est déjà écrit". Auquel cas, sous une apparence nonchalante, tu es quelqu’un qui travaille beaucoup (du chapeau ?) hahaha...

Lilian Bathelot : Travailler du chapeau, c’est l’expression dont se servait ma grand-mère pour désigner les "intellectuels" (c’est à dire tous ceux qui n’avaient pas un travail manuel). En ce sens, tu as raison. Dans mon présent métier, je travaille du chapeau. Et le fait est que je travaille beaucoup ; beaucoup trop au vu de mes graves inclinaisons à la paresse. D’ailleurs, si tu sais où niche "ce qui est déjà écrit", faut que tu me rancardes. Je trouverai bien deux ou trois potes pour aller y faire un braquage. Et gagner ainsi bien des jours de boulot.

Plus sérieusement, si par "l’écriture n’est que le révélateur de ce qui est déjà écrit", tu entends que l’auteur (l’Auteur qui nous intéresse toi et moi, n’est-ce pas) porte déjà en lui les histoires dont il accouche, eh bien oui, bien sûr oui. Le problème est que auteur ou pas, chacun porte en lui des multitudes, des kyrielles, des montagnes, d’histoires. Dont une infime partie verra le jour, même si c’est un auteur extrêmement prolixe. En réalité, on porte tous en nous, plus exactement, le terreau de nombreuses histoires. Nos histoires personnelles. Personnelles, parce que ce terreau n’est autre que notre humanité propre. Maintenant, je dois dire qu’inventer des histoires est la plus facile des choses. Aussi facile que de parler dans un bistro, que de respirer sans doute. La difficulté est de ne pas créer une histoire qui ne soit pas qu’une histoire. Pour moi, il faut qu’elle se nourrisse d’elle-même de ce terreau d’humanité, qui est particulier à chaque homme, à chaque femme. Dans ce sens, l’histoire n’est jamais qu’un prétexte à exprimer autre chose. Il est tellement aisé de la construire. de la changer...

Prends un auteur qui travaille. Dans son manuscrit, tu prends la dernière page du roman en cours, et tu lui dit : "non, là, la voiture ne démarre pas. Elle est en panne. Johnny B. Rout ne peut pas partir de chez lui..." L’auteur va immédiatement réorienter son histoire vers autre chose. Changer de voie. Partir tout autre chose. Simplement. Et même si l’auteur est un enfant de dix ans. Je joue souvent à ça dans les ateliers d’écritures.

Non, vraiment, peu importe l’histoire. Notre être profond nous guide. C’est une bonne boussole. Il sait où il va. C’est lui qui doit construire le roman. Faut laisser les raisonnements à leur place, dans leur aire -même la raison a aussi son rôle à jouer dans l’écriture, mais ce n’est qu’un des nombreux acteurs de l’édification de l’ensemble. De toute façon, notre conscient est impuissant à embrasser tous ensemble les milliers d’éléments qui interagissent dans un roman. Même avec des amphétamines. Mais, même s’il y a toujours de nombreux réglages techniques à faire, ils s’empilent tous pile poil au fil de l’écriture, ces éléments. Avec la certitude de l’intuition -comme aurait dit Heidegger- pour construire le roman. Construire le roman, c’est cela qui compte. Bien plus que de construire une histoire. C’est très différent.

Emmanuel Karmazyn : Des amis villeveyracois veulent savoir pourquoi tu as annexé leur gare.

Lilian Bathelot : J’ai découvert la gare de Villeveyrac il y a... quelque temps. Dans les années 80. A cette époque, c’était des copains (par ailleurs tauliers du génial "bar de la mer" première formule, à Montpellier) qui jouissaient d’un bail amphithéotique de la SNCF pour ce lieu délirant. A cette époque, il était vraiment tel que je le décris dans "Le Rire". Je suis tout prêt à y retourner prendre un godet de rouge. Avise.

Emmanuel Karmazyn : Tu as animé des ateliers d’écritures avec des "djeuns". Est-ce que cela a modifié ta propre écriture ?

Lilian Bathelot : Heuuu... Je ne crois pas. Mais j’apprends évidement quelques trucs dans les ateliers, qui me confortent dans mes positions quant à l’écriture. Tout ce qu’on peut faire pour aider quelqu’un à écrire, c’est juste de le laisser écrire, de lui donner confiance dans sa façon de raconter une histoire, et quatre ficelles par-ci par-là.

Il est assez singulier de se rendre compte que l’écriture, l’écriture littéraire, est sans doute le seul (un des seuls ?) métier pour lequel il n’existe pas d’école... Pour tous les autres métiers "artistiques", on peut suivre des écoles : beaux arts, conservatoires, écoles de cinéma etc. Pour l’écriture, que dalle. Ce n’est pas par hasard, faut croire. Y’a pas de recette miracle.

Ce n’est pas pour autant que le rôle des auteurs en atelier, se résumerait à ... encaisser les honoraires.

La posture des écrivains permet de lancer les jeunes sur l’orbite de l’écriture de fiction. Les enseignants, quelles que soient leurs qualités, et leurs compétences en la matière, sont dans une posture liée à leur mission, qui n’est pas l’idéale pour réaliser l’objectif d’un atelier d’écriture.

Cela dit, l’ouverture d’un enseignant, le fait qu’il accepte le temps de l’atelier d’oublier la ligne doctrinale de l’IUFM, est indispensable pour que l’auteur puisse apporter quelque chose. Heureusement, c’est le plus souvent le cas.

Mais je suis tombé sur quelques spécimens graves, à la cervelle totalement modelée sans doute aux instructions officielles, qui on finalement fait en sorte que l’atelier se déroule... exactement comme si je n’étais pas là (règle officielle de la structure narrative comprise : "situation initiale", "évènement perturbateur" etc.... une catastrophe) Alors, si je pense bien que les ateliers ne modifient pas mon écriture, ils me conforte par les miracles que j’y découvre (tel élève en "perdition" qui fabrique un fameux texte...) dans ce que je crois de la littérature. Aussi, il semble naturel que les "bons élèves" ne brillent pas toujours dans les ateliers, et que les "cancres" s’y révèlent parfois par des histoires vraiment valables. C’est qu’ils ont une certaine expérience de l’insoumission, indispensable à la littérature.


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