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envoyer par mail à un amiLaurent Martin a accepté de répondre aux questions des abonnés de Mauvais genres du 31 janvier au 4 février 2005.
Arno Servant : Après un portrait [de Thierry Crifo] comme ça tu dis quoi, tu fais quoi ?
Laurent Martin : Je rougis...
Arno Servant : "Des rives souterraines" (encore une fois un bien beau livre) à 14 euros....me laisse perplexe. (Désolé d’introduire des considérations mercantiles au débat.) Quel est le droit de regard d’un auteur sur le prix d’un de ses bouquins ?
Laurent Martin : Les auteurs ont rarement de droit de regard sur le prix des livres. C’est une alchimie assez complexe qui dépend de pas mal de facteurs. La fabrication, la distribution et la diffusion et la TVA absorbent en gros les 3/4 du prix du livre. Il ne reste pas grand chose pour l’éditeur et encore moins pour l’auteur. Des éditeurs importants (Hachette ou Gallimard) arrivent à réduire leurs coûts en publiant plusieurs milliers de titres par an (ils peuvent négocier sur tous ces secteurs), c’est plus difficile pour un petit éditeur comme le Passage qui sort moins d’une quinzaine de titres à l’année.
C’est vrai que ça peut sembler cher mais en même temps je ne sais pas si c’est si cher que ça... Souvent les loisirs culturels coûtent bien plus chers que les bouquins et personne ne gueule quand un DVD est vendu 29 euros, quand une place de concert est vendu 40 euros...
Et puis comme ce texte est assez court, on peut le lire une seconde fois le lendemain et diviser par deux son investissement...
Arno Servant : La plongée de tes personnages dans Marne la Vallée sont, comme le dit bien mieux Crifo de grands moments de littérature.
Quel est ton rapport avec cette ville ? Tu y as travaillé ? Vécu ? Fais du syndicalisme chez Disney ?
Laurent Martin : Marne-la-Vallée, j’y ai vécu une dizaine d’années. On peut pas dire que j’ai adoré... J’y retourne quelques fois. C’est une ville nouvelle faite de petites villes qu’on a regroupées ensemble. Un espace assez artificiel où la sortie dans les centres commerciaux demeure la principale activité culturelle. Et puis c’est une ville dortoir assez froide où la communication sous toutes ses formes n’est pas facile. MAIS, c’est intéressant d’y mettre des personnages et de voir comment ils peuvent se comporter.
Je n’ai jamais travaillé chez Disney. D’ailleurs j’en parle jamais dans mes bouquins alors que je l’ai vu sortir de terre au milieu de nulle part. Quant au syndicalisme, je l’exerce dans ma branche professionnelle : l’enseignement.
Jean-Marc Laherrère : Après "L’ivresse des Dieux", "La tribu des morts" est le second volet de ce que vous annoncez comme une trilogie sur Marne la Vallée. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur ce coin peu visité par le polar, et encore moins par le reste de la littérature ?
Laurent Martin : Je dois être un peu comme les autres, j’ai besoin d’images pour écrire. Et avec ses constructions, son organisation, ses habitants, j’ai accumulé pas mal d’images mentales de cette ville nouvelle où j’ai vécu. J’avais donc un lieu, quelques personnages, je me suis lancé dans un texte autour de Marne-la-Vallée. C’est ensuite que l’idée d’une suite est venue.
C’est vrai que le roman et les médias ne vont pas souvent dans ce coin là . C’est pas assez pourri pour faire la une régulière des médias de vingt heures et pas assez branché pour inspirer les écrivains de St Germain. C’est entre deux. C’est donc nulle part. Quelques fois le cinéma s’y attarde un peu.
Ceci dit, la ville que je décris dans mes bouquins diffère un peu de la réalité. J’ai concentré les impressions et les événements.
Jean-Marc Laherrère : Les deux romans sont écrits dans des styles très différents, même s’ils sont situés au même endroit, et qu’on y croise les mêmes silhouettes. Comment et pourquoi avez-vous choisis le style de chacun ?
Laurent Martin : Je commence généralement par les personnages et ensuite je tente de faire coïncider le style et la forme narrative avec ce que j’ai envie de dire. Il y a une part de recherche dans mon écriture. Je commence seulement à écrire. Comme j’ai écris mes quatre premiers romans à la première personne avec des personnages différents à chaque fois il fallait que je m’adapte à chacun d’eux. D’où les différences. En règle générale je suis assez sec et concis, je ne m’attarde pas trop. J’aime assez les mélanges, les interférences.
C’est surtout la forme narrative que je vais faire évoluer par la suite. Le style, c’est plus difficile.
Jean-Marc Laherrère : Savez-vous déjà qui sera le personnage central du troisième volet de la trilogie. Exit Mangin, il reste Max, ou adopterez vous un troisième point de vue ?
Laurent Martin : Je suis en train de le finir et il n’y a pas de personnage central mais une dizaine de personnages importants dont Max. Un texte "chorale". C’est assez complexe à écrire et la forme et l’écriture seront une nouvelle fois assez différentes, car j’écris à la troisième personne et au passé composé, avec pas mal de contraintes. Mais ça restera fluide et vif à lire. Je trouve ça important, l’énergie dans l’écriture et la lecture.
Jean-Marc Laherrère : A propos du dernier roman, quelle est sa genèse ? Comment avez-vous choisi, tout en restant en banlieue parisienne de traiter ce thème particulier ?
Laurent Martin :Le thème est venu en discutant avec un ami. Abdourahman Waberi. Il est également auteur. On voulait faire quelque chose ensemble autour de l’Afrique. On est nés tous les deux en Afrique. On avait pensé au Zaïre. Et puis ça s’est pas fait. Mais j’ai gardé ce thème. Et je me le suis approprié pour le développer avec mes personnages de Marne-la-Vallée. J’avais déjà commencé à écrire la suite de "l’ivresse des dieux". J’ai laissé ce projet de côté pour écrire "la tribu des morts".
Jean-Marc Laherrère : En marge de la trilogie il y a "le passage", marqué lui aussi par un choix stylistique original et très fort : le lieu de l’action fait penser à un conte, pas de nom, pas de localisation géographique, mais une sorte d’archétype de la banlieue industrielle avec l’Usine, le Bistrot, la Cité, et au loin, la Ville. Pourquoi ce choix ? Et aviez-vous quand même une endroit particulier en tête ?
Laurent Martin :Je suis d’accord avec cette idée de conte noire. J’avais un lieu en tête et c’est lui qui a déclenché mon envie d’écrire ce texte même si j’ai changé pas mal de choses par rapport à la réalité. C’est une ville de Normandie où il y a une sorte de caserne reconvertie en habitations et des usines qui ont fermé. Je voulais parler d’une communauté, d’habitants. J’ai été influencé par un bouquin de Jean Malaquais " Les Javanais". La trame principale est venue ensuite.
Jean-Marc Laherrère : Merci d’avance pour vos réponses.
Laurent Martin : C’est moi.
Frédérick Houdaer : Tu te vois écrire quel genre de livre à 50 ans ? Ma question est sérieuuuse.
Laurent Martin : À cinquante ans, je vais commencer à m’inquiéter pour ma retraite qui n’arrivera toujours pas... Merci Raffarin, Merci la CFDT...
À cinquante ans, c’est dans pas si longtemps que ça... Hélas... Pas facile de se projeter...
En fait, je crois que je serai satisfait le jour où j’aurai des pièces de théâtres réellement mise en scène...
J’ai commencé l’écriture par le théâtre pour glisser ensuite vers le roman. Et j’ai constaté qu’il était plus difficile de faire quelque chose dans le monde du théâtre que dans celui du roman. Mais j’espère y revenir.
Yves Bulteau : Comment vont tes chats ? Dis donc, t’es pas trop bavard dans tes réponses, pour ce que j’en ai lu jusqu’ici. C’est le lyrisme de ton portrait par l’ami Crifo, qui t’intimide ? Aurait-il touché certaines cordes sensibles de ta substance aussi duelle que profonde ? Si tu réponds encore que tu rougis, t’es à l’amende d’un apéro et même de deux.
Laurent Martin : Les chats vont bien, très bien. Ils savent que j’ai deux priorités quand je fais les courses... Le café pour moi et les boites pour eux. Et comme ils ne savent toujours pas les ouvrir eux-mêmes, les boites, j’arrive à leur arracher des moments d’affection juste avant leur repas...
Le portrait de Thierry... J’opte pour l’apéro parce que je ne sais pas quoi répondre. Même si la dualité dont il m’affuble, me convient.
Yves Bulteau : Moi, quand je suis entré dans la famille du polar (ça fait déjà un p’tit bail et ça nous rajeunit pas), je suis resté assez pantois devant un évident phénomène de tribu qui réunit dans le même chaudron plutôt convivial des gens dont les personnalités, les univers, les écritures sont parfois aux antipodes. S’ajoutent à ça des amitiés qui se nouent au fil des occases de rencontre et qui perdurent, et qui, il faut bien le dire, font du bien à la couenne dans ce monde de brutes. Pour toi c’est encore assez frais, et je suppute qu’à ta manière de Janus mi fugue-mi raison dont Crifo a perçu la substantifique moelle, tu es en train de vivre la même chose. Alors éclaire-moi de tes lumières : c’est quoi, pour toi, cette espèce d’osmose un peu bordélique qui fait qu’on est là , ensemble et tout seul à la fois, probablement tous tendus vers une même ligne d’horizon commun dont pourtant aucun(e) d’entre nous n’est capable de définir vraiment la nature du paysage qui se cache derrière ? Profond comme question, isn’t it ?
Laurent Martin : C’est assez profond et même en creusant bien, je vais avoir du mal à te rejoindre...
Le monde est divisé en trois catégories : ceux qui vont dans les salons du polar (auteurs, lecteurs, organisateurs), ceux qui font la guerre en Irak et les autres.
J’ai la chance de faire partie de la première catégorie et je m’en porte assez bien. C’est une catégorie où on retrouve des tas de gens pas sérieux qui font les choses sérieusement. C’est une catégorie floue assez peu organisée, sans chef, avec quelques anciens, quelques maitres, et beaucoup de gens chaleureux. On s’y retrouve souvent pour pleurer, pour rire, pour boire, pour reboire, et pour reboire encore un peu, car ensemble, l’esprit léger, pendant quelques instants, on oublie notre malheureuse condition humaine, on évoque l’affreux monde qui nous entoure, on cause sans le savoir (croit-on) de fraternité, d’amitié, d’amour et de mort, (et de nos contrats avec les éditeurs)
Je crois que c’est un peu ça, ce lien qui nous réunit autour des mots, de la langue, de l’esprit...
C’est en tout cas ce que je raconte quand je dois partir trois jours de chez moi... et qu’il me faut quelqu’un pour nourrir les chats...
(Je signale en passant le calendrier 2004/2005 des gars de Besançon "Pas Serial s’Abstenir" avec des photos, des textes d’auteurs et les commentaires avisés de JH Oppel sur les salons du polar où souvent on nous retrouve quelques fois derrière nos stands, quelques fois devant le bar)
Bernard Strainchamps : As-tu des nouvelles sur
l’avenir de la série noire ?
Laurent Martin : Il me semble que la Série noire
continue d’exister, que les livres sortent et se
vendent, qu’elle reçoit des manuscrits et qu’il y a un
travail éditorial qui est fait... Si des changements
doivent intervenir, je pense que je serai (comme
l’ensemble ou presque des auteurs) le dernier informé...
Je n’en sais pas plus... sauf que j’écris mon prochain
texte pour elle. Le reste, l’avenir...Heu...
Bernard Strainchamps : J’entends en bibliothèques
- et je n’apprécie pas - des lecteurs qui me disent ne
pas aimer les auteurs français. Qui lis-tu ?
Laurent Martin : Je comprends ta réaction. C’est
assez pénible d’entendre ce genre de propos généralistes
et réducteurs... Car il y a autant de merdes ailleurs
qu’en France, et autant de bons bouquins chez nous que
chez les autres.
Je lis pas mal de littérature de voyages, des récits et
des BD.
J’ai tendance à lire plus de romans noirs et sociaux que
de polars ou de thrillers... Et sans me préoccuper de
leurs origines. Je suis assez classique dans mes choix.
Chez les morts, j’ai un faible pour Dos Passos, Traven,
Brautigan, Simenon, chez les vivants j’aime assez Elroy,
Vollmann, Lucarelli, Prudon, Pagan, Le Carré...
Oui, il n’y a pas que des français et je n’ai pas parlé,
volontairement, pourtant il y en a plein que j’aime, de
mes caramades du polar...
Je crois que Caryl, dans sa rencontre, avait déjà parlé
de ce silence respectueux que nous entretenons en public
de notre travail...
Bernard Strainchamps : Télérama, journal
d’extrême gauche :-), publiait il y a quelque temps un
article décrivant les artistes comme l’avant-garde du
libéralisme : contrat selon la loi de l’offre et de la
demande, protection sociale limitée… Qu’en penses-tu ?
Laurent Martin : Bonne question que celle de la
place de l’artiste dans nos sociétés modernes...
Je me limiterai à celle des écrivains.
Depuis longtemps l’écriture est sacralisée en France et
elle a longtemps été produite par une minorité
nobiliaire ou bourgeoise qui n’avait pas ou peu à vivre
de sa plume...
Cette idée que les auteurs n’ont pas vraiment besoin
d’argent, et peuvent vivre de l’air du temps ou d’une
gloire éphémère, perdure.
"Vous êtes édités... C’est formidable..."
Cela doit changer et il est temps qu’on obtienne un
statut des écrivains proche de celui des intermitents du
spectacle.
Les bouquins génèrent pas mal d’argent et participent de
ce qu’on appelle la vie culturelle française. Pourtant
les auteurs sont sous payés (sauf quelques uns) et
forment encore un sous prolétariat à peine reconnu pour
leur travail. Nos contrats sont minables et la plupart
d’entre nous, devont travailler à coté pour vivre.
Quelqu’un qui écrit régulièrement, qui est publié
régulièrement, doit pourvoir continuer à le faire sans
l’angoisse des factures qui s’accumulent parce que le
succés n’est pas forcément au rendez-vous à chaque fois.
Peut-on imaginer la même chose pour un acteur ? Qu’il
fasse ses huit heures dans un bureau et qu’ensuite il se
mette à préparer un rôle ou à répéter sans être payé ?
Peut-on imaginer qu’un acteur ne reçoivent pas son
salaire ni ses indémnités parce que le film ou la pièce
n’a pas marché ?
Bien sûr, l’écriture est un travail solitaire, et les
contrats se négocient en tête à tête, et la solidarité
ne sera pas facile à mettre en place. Pourtant, il est
grand temps qu’on obtienne certains acquis dignent d’une
société moderne et développée qui aime ses artistes.
Il y a pas mal de pistes à explorer. Les droits, les
contrats, la répartition, le chômage, la retraite, la
sécu...
Reste à nous de créer un rapport de force, d’interpeller
nos dirigeants, de réclamer haut et fort des
changements...
Bernard : Strainchamps : Encourages-tu tes élèves
à lire du polar ?
Laurent Martin : Je les encourage à lire, en
général. Donc pas plus mais pas moins de polars... Ils
ont eu au programme ces dernières années : Thierry
Jonquet, Hervé Prudon, Pascal Dessaint, mais aussi
Marguerite Duras, Pierre Loti, Jules Verne, Alfred de
Musset...
Je fais aussi pas mal de poésie avec eux.
Bernard Strainchamps : Une forme narrative pour
chaque histoire. Est-ce que cela te contraint Ã
respecter un plan d’écriture ? Si oui, sadique, as-tu
déjà recommencé un roman à quelques pages de la fin ?
Laurent Martin : Presque.
Je ne sais pas si ce que je vais raconter peut
s’appliquer à tous mes textes, mais c’est ce qui semble
se dégager.
Bien sûr, je connais la fin au moment de l’écriture.
J’ai des personnages et quelques passages obligés, mais
je ne fais pas de plan détaillé dès le début.
J’écris d’abord sans tenir compte de l’ordre et en
cherchant la forme et le ton les plus adaptés. Je
commence par les scènes que j’ai envie de voir et je
finis par celle qui doivent être présente pour le récit.
Alors seulement je fais le plan et je l’étudie en détail
pour voir ce qu’il manque, ce qu’il y a de trop, et voir
si la forme et le point de vue adopté correspondent Ã
mon projet initial.
C’est un peu de la cuisine. Comme une sauce qu’on goûte
et qu’on rectifie, quitte à la jeter pour recommencer.
Et ensuite je re-commence à écrire le bouquin à partir
de ce que j’ai déjà et ce que je veux modifier.
Je suis incapable de tout planifier à l’avance, même si
à la fin ça en donne l’impression. Il me semble qu’il me
manquerait la surprise que je me fais à moi même en
écrivant comme ça...
Maïté Bernard : Bonjour Laurent. Tu as parlé cette semaine de tes envies d’écrire pour le théâtre. Où en es-tu de tes projets d’écriture d’opéra ?
Laurent Martin : Bonsoir Maïté ! Un compositeur m’a demandé de lui proposer un projet de livret pour un Opéra.
Je lui ai proposé un sujet sur la Première guerre du Golfe avec dans les rôles principaux George Bush et Sadam Hussein...
Monter un Opéra, c’est très difficile et on attend les réponses des théâtres pour avancer dans le projet...
Baptiste Madamour : Bonjour, d’abord sur la thématique, j’ai l’impression que pour "la tribu des morts" tu as tenu à éviter le côté « journalistique » pour faire un véritable roman avec des inserts sur les masques, des trous dans l’intrigue et où l’important n’est pas le bras qui a tué mais l’ambiance globale de manipulation, est-ce le cas ?
Laurent Martin : Bonsoir ! L’idée générale, c’est ça ! Je ne crois pas qu’on puisse faire comprendre clairement ce qui se passe en Afrique. Sauf à tomber dans la simplification et le manichéisme.
Je ne voulais d’une simple explication finale parce que rien n’est simple et que les intervenants dans ces histoires africaines sont très nombreux.
D’où l’idée de semer une certaine confusion dans les esprits et de faire douter le lecteur.
Quant au côté "Véritable roman", je n’oublie pas qu’il s’agit avant tout de raconter une histoire fictive, aussi documentée soit-elle. Et toujours ma priorité sera donné à l’écriture et à la forme. Il y a des écrits journalistiques ou historiques qui racontent mieux que moi certains évènements.
Baptiste Madamour : Pour revenir sur la forme, il me semble que pour "la tribu des morts", tu as encore plus travaillé sur le rythme des paragraphes et des phrases, sur la rapidité et la précision (je pense par exemple aux passages ou tu doubles un mot pour relancer le rythme de la phrase, ou à la façon d’écrire « Description. » avant de décrire un lieu.), est-ce fondamentale pour toi ?
Laurent Martin : J’ai en effet pas mal travaillé cet aspect du roman. Je crois beaucoup à l’importance du rythme. Je suis assez influencé par la poésie. C’est pas vraiment gratuit pour autant ; je crois que ça correspond au personnage qui raconte l’histoire et à la façon qu’il a de se souvenir de certains évènements.
Et puis, quand c’est possible, je pars en quête d’effets stylistiques ou rythmiques comme ceux que tu as soulignés parce que c’est essentiel de travailler la matière et les mots. C’est quand même là qu’on peux avoir le sentiment, quand on écrit, de se rapprocher de quelque chose de purement "littéraire".