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envoyer par mail à un amiFrancis Mizio a accepté de répondre aux questions des abonnés de Mauvais genres en avril 2001.
Bernard Strainchamps : Le magicien ne répond jamais aux questions. Aussi, je suis lecteur et je participe à un atelier d’écriture que tu animes sur Internet . Est-ce que tu as une méthode, une manière d’écrire ?
Francis Mizio : J’accumule de la documentation par sujet, parfois pendant des années (pour Domo Dingo, quasiment cinq ans) que je lis et j’entasse. Ca devient assez encombrant. Je suis abonné a une dizaine de revues, magazines, hebdo et un ou deux mensuels + la presse quotidienne que je découpe et je classe. Il m’arrive de lire des trucs avec un an de retard. Et puis je laisse reposer et l’histoire naît dans ma tête. Quand je m’y mets ça vient plus ou moins tout seul d’un trait en utilisant mes lectures passées soit leur souvenir soit en m’y référençant à nouveau. Je relis pendant la rédaction mes docs et mes notes. J’écris très vite, très concentré, dans la jubilation sur une seule période, mais le travail de réflexion s’est fait en amont et en arrière plan, donc.
Ce qu’il faut savoir, car je mélange le vrai au faux, est que les choses les plus folles ne sont pas toujours de la fiction. Parfois une brève anecdotique ds l’actu peut donner lieu a un long développement (ds mon Macno j’applique ça) car j’étire au maximum les hypothèses autour, les conséquences, les perspectives qu’elle offre. C’est un fonctionnement un peu SF, ça, de développer un fait pour le rendre majeur.
Bernard Strainchamps : Est-ce que tu travailles les effets de répétition, l’état futur de tes lecteurs ?
Francis Mizio : Mon seul critère est hélas moi. Si ça m’amuse, je le mets. Si je me marre franchement, ça m’arrive, j’y vais. Il m’arrive souvent de rire non pas parce que je trouve ça simplement drôle, mais parce que j’imagine la tête du lecteur et le fait que peut être il rira a cet endroit. Et ça c’est un plaisir intense. (C’est complètement narcissique d’écrire, ça marche au principe de plaisir).
Bernard Strainchamps : Qu’est-ce tu éprouves en parodiant ?
Francis Mizio : Un plaisir fou et une manière de me rassurer sur le réel, de me le "dire" pour le comprendre consciemment. C’est comme psychanalyser sa névrose pour la neutraliser.
La rhétorique, la glose, le verbe, le sophisme, les manipulations de discours me fascinent totalement. écrire de la parodie est une façon de voir clair dans le monde, dans le torrent verbal qui nous entoure, dans le réel qui est fictionné aujourd’hui par les médias, de se l’approprier, le maîtriser, en comprendre les mécanismes, et d’en anéantir d’une certaine façon le mal qu’il nous fait. La fiction est le seul moyen je trouve aujourd’hui de contrecarrer le "réel fictionné" des médias qui est tant assené qu’il est le réel, le nôtre, et de le décrypter pour essayer de retrouver... le vrai réel, ou du moins s’en approcher (Suis-je clair ? pas sûr. Enfin je me comprends, désolé).
Bernard Strainchamps : Sais-tu où tu vas ?
Francis Mizio : Pas toujours. Beaucoup de sens m’apparaissent à la fin. J’aime discuter avec les lecteurs, critiques, etc, car parfois j’apprends sur ce que je fais et je découvre des sens qui y sont que je ne voyais pas et qui sont souvent exacts, car je sais qu’ils collent strictement a ce que je pense... mais je ne m’étais jamais dit, tiens je vais faire ça et ça et écrire ça ainsi.
En ce moment j’ai des romans en traduction en chinois. La complexité de
cette langue (pas de futur, pas de "je" par exemple) impliquent que
les traductrices me posent des pages de questions chaque semaine, parfois ultra précises,
sur un mot qui renvoie a un autre 30 pages plus loin. Je me suis aperçu (ça
fait un an que ça dure) qu’il y a des choses que je ne peux pas expliquer,
qu’elles se sont faites ou construites à mon insu. Quand la traductrice me dit
"ça donne ça ou tu as fait ça", elle a raison, mais je ne l’ai pas
fait consciemment une fois sur quatre environ. Ca me renvoie aux livres de David
Lodge, les chercheurs qui épluchent tant Jane Austen qu’ils lui "font
dire" des choses qu’elles n’avaient pas pensé en écrivant, certainement.
Bernard Strainchamps : Clown triste ? A une question d’un lecteur de Brest, tu réponds que tu n’es
pas optimiste. Alors que tu te sers visiblement de la presse pour nourrir tes
intrigues, tes romans sont complément loufoques, absurdes . Ionesco, Kafka, ce
sont des auteurs qui t’inspirent ?
Francis Mizio : Oui. Ionesco a dit que le comique est le seul moyen d’appréhender
le sentiment d’absurdité de l’existence (j’en ai plein comme ça des citations,
j’aime être pédant !). Mais aussi Swift (Instructions aux domestiques ;
"La modeste proposition".. ; c’est chez Mille et une nuit à 10 F) pour
la charge subversive. Beckett aussi. Cioran d’une certaine façon est un grand
humoriste. Toute une vie passée a geindre de vivre, ça en devient drôle non ?
Je considère l’humour, le "Comique" comme supérieur à la tragédie,
car elle est dépassée. L’espoir est la, la liberté encore. Ainsi l’humour
juif (ils ont un peu soufferts ces gens) est un des grands traits du génie
humain, je trouve.
Bernard Strainchamps : Tu as usurpé la place de grand spécialiste d’Internet et chronique ainsi
dans Libération, intervient à la Cité de la science....
Francis Mizio : C’est a cause de mon passé de journaliste a Libé. J’ai débuté le cahier multimedia de Libé avec ses fondateurs Frederic Filloux et Laurent Mauriac. Ca a été mon métier durant quelques années (et m’a fourni la matière de mon roman "Domo Dingo" aussi)
Bernard Strainchamps : L’année 2000, c’est l’année de l’Internet commercial. J’aimerais connaître ton avis sur cet outil que tu utilises tant.
Francis Mizio : Hé bien lisez "Surfe Mamie, Surfe") qui
parait justement demain vendredi (Mamie vs seniornautes) dans Libé, je donne
mon avis la-dessus à Mamie ! J’ai fait de la radio jadis, j’ai mis mon nez dans
Internet début 95, c’est pareil. Les gens ont manifesté pour la radio libre
"NRJ" jadis à Strasbourg... et maintenant ! : plus de créativité,
le commerce, la pub... Quelques rares radios qui subsistent, mais bon,
c’est laminé. Chaque "nouvelle frontière d’expression" est vite
couverte de supermarchés de canapés en cuir. Avec l’Internet ça sera plus
dur. Mais comme les vendeurs de tuyaux ont des velléités de fournir le
"contenu", ils pourront bien un jour faciliter la bande passante Ã
leurs sites et compliquer l’accès aux sites libres. J’en mets ma main au feu.
En gros c’est déjà foutu à mon avis (tjrs optimiste, hein) mais faut se
battre au maximum pour occuper le terrain. Il y a dans la "cyberculture"
(la vraie, pas la marchande jeux vidéos) une notion inspirée des "utopies
pirates" (celle des XVIe et XVIIe siècles, il y a de très bons bouquins
la-dessus, Le Monde avait fait un dossier il y a deux ans), qui s’appelle la TAZ,
soit la "zone d’autonomie temporaire" initiée par le texte d’un
sociologue américain, Hakim Bey (ça circule gratos sur le Net ce texte ou
alors on le trouve aux Editions de l’Eclat). En gros, c’est : occupons la place
tant qu’il est temps et quand ca sera plus possible déplaçons nous ailleurs
(les squats d’artistes repondent un peu a ça). Je crois qu’aujourd’hui et plus
que jamais il faut aborder le Net ainsi.
Bernard Strainchamps : Est-ce que tu pourrais nous donner une leçon de PHP en une page ?
Francis Mizio : Allez voir le site www.attila-php.net. Chargez le logiciel et lisez les instructions jointes (ça fait UNE page. Il y a DEUX lignes a changer dans un fichier avant d’installer le logiciel. C’est SIMPLISSIME). Florent Latrive, ex collègue de Libé au multimédia est ingénieur en informatique de formation. il a créé récemment un logiciel gratuit Attila-Php. Si votre provider fait php (un principe de génération de pages Web a la volée, c’est de la gestion de base de données. Par ex : Les sites de Radio France, c’est du Php) vous installez son logiciel sur le serveur du provider comme on installe un site web. C’est tout bête. puis vous vous connectez sur votre site (qui apparaît alors comme un gabarit) et avec un login d’admin vous écrivez en direct et en ligne le contenu des pages SANS ECRIRE UNE LIGNE DE CODE dans un formulaire. Puis en un clic, le logiciel, a distance, génère la page (il "écrit" le HTML immédiatement), fait la mise en page, l’arborescence, tout... Un enfant de 10 ans le ferait (et Groucho Marx disait alors "qu’on m’amene un enfant alors de dix ans"). Mon site est fait ainsi. Il est énorme maintenant et il m’a pris le quart du temps d’un site qui aurait été fait en HTML.
Jean-Marc Laherrère : Certains gags sont aussi complexes que la machine infernale de Ladislas, ils commencent dans un chapitre, pour éclater 50 pages plus loin, obligeant le lecteur à revenir en arrière pour vérifier qu’il a bien saisi le truc. Comment construis-tu ces machins ? Fais-tu un plan diabolique de tout le bouquin (comme Ladislas pour son expérience scientifique) ou est-ce que ça vient au fur et à mesure ?
Francis Mizio : Non, je ne fais plus de plan. J’ai essayé une fois
avec "Tout ce qui tombe du ciel" et j’ai dû refaire le plan cinq
fois, je suis incapable de le tenir. Du coup maintenant, je sais la grande ligne
directrice, c’est tout. Pour la fin de Twist Tropique, ce n’était pas prévu,
ça c’est imposé à la fin en lisant des bouquins d’ethnologie durant la rédaction.
Si en en cours de rédaction un gag me vient, je remonte en arrière dans le récit
de façon à l’installer en amont. Par ailleurs en relisant, réécrivant,
j’installe de nouveaux trucs qui se déclenchent en aval. C’est comme un
canevas, tu passes une couche, puis une autre. Mais quand je lis des
machinations dans des romans policiers très complexes je me sens tout de même
bien humble. Eux, sans plan ne pourraient pas parfois c’est évident.
Jean-Marc Laherrère : L’énarque final s’appelle Norbert-Xavier Dufût de Pécharmant. Combien de
caisses de vin les vignobles de Pécharmant t’ont-ils envoyé pour que tu leur
fasses de la pub gratuite ? Ai-je une chance d’en recevoir quelques unes pour
avoir cité leur nom dans mes questions ?
Francis Mizio : C’est un clin d’oeil perso au fait que je vis
maintenant à 50% du temps à Bergerac. Sinon le Pécharmant est très bon et
malheureusement je ne suis pas sponsorisé par un viticulteur (en revanche j’ai
découvert le vin de William Boyd, je croyais a un truc de "people" et
il est très bon !)
Jean-Marc Laherrère : Commentaire : Comme on dit sur France Inter, au Téléphone Sonne, ceci n’est pas une question mais un commentaire : L’idée du tourisme scientifique (que tu dis venir de la lecture d’un article), est loin d’être le produit de ton imagination paranoïaque : Les russes ont déjà eu à bord de MIR un touriste en la personne d’un journaliste japonais (qui avait passé 2 semaines malade comme un chien, mais c’est une autre histoire), et ils font actuellement le forcing pour amener un touriste américain à bord de la station internationale. D’autre part, travaillant dans un secteur qui demande de gros investissement étatiques (le secteur spatial) je me retrouve de plus en plus souvent confronté à l’argument que l’on retrouve dans la bouche du margoulin de Understand Earth : Le tout état c’est fini, maintenant il faut trouver des financements privés, et donc il faut que ça rapporte ! Donc ce qui n’est pas rentable (et rentable à court terme) doit disparaître.
Francis Mizio : Ben oui tu as raison c’est tout le problème de la recherche à la rentabilité sur le secteur scientifique, médical (cf : médecine anglaise, des mois d’attente), recherche, culturel, enseignement (quoi le prêt payant aussi ? Ben oui, c’est le désengagement progressif de l’état)....
Jean-Marc Laherrère : Moi ça me fait bondir, toi ça te fait écrire un bouquin rigolo, c’est toi qui as raison ! Mais tu as intérêt à bien vendre ton bouquin, sinon t’es pas rentable à court terme, et tu disparais ... alors je vais faire la pub autour de moi.
Francis Mizio : Ah ben ça c’est sympa. Sinon je vais être obligé de
me vendre par actions (90% de musculaires, 10% de cérébrales, faites vos prix)
David Coulon : Pourquoi est-ce que vos deux nouvelles oeuvres vont paraître,
pour l’une chez sycomor, pour l’autre (on l’espère !) chez manuscrit.com (eh,
j’ai voté pour, alors hein, bon !) ? Est-ce une nécessité absolue de
devoir passer par le net pour publier ?
Francis Mizio : Non, pas du tout. D’autant que quoi que ce soit existe
vraiment sur Internet
que si on en parle dans le monde du "papier".
David Coulon : Pensez-vous réellement que l’e-book ou l’édition
numérique soit l’avenir de la littérature ?
Francis Mizio : Pas du tout. Ce n’est pas l’avenir, ni sa perte ni rien.
Un media tue rarement un autre media, il s’ajoute. C’est l’usage qui tue un
media, aussi tant qu’il y aura du monde pour lire des livres papiers, il y aura
des livres papiers... bien pratiques !
David Coulon : Pourquoi ne pas publier des manuscrits chez de
"petits éditeur" papier, à l’instar de Pouy, par exemple ?
Francis Mizio : Pouy est cent fois plus connu que moi. Ce sont eux qui lui demandent pour doper leurs ventes en général. Moi on m’a rien demandé et je ne démarche pas... voilà pourquoi. Quand j’ai un truc chez un "petit" Editeur (comme 13Etrange) c’est parce qu’on me l’a demandé. Sycomor m’a demandé, j’ai fait un texte. De même pour Manuscrit.com pour qui j’écris des chroniques, je leur ai passé un recueil pour alimenter leur fonds de démarrage pour le Salon du Livre de Paris car je trouve leur initiative intéressante, l’équipe est jeune sympa et sérieuse et ils sont tous passionnés de littérature.
David Coulon : Celle-là , on a dû déjà vous la poser, mais
bon ! écrirez-vous un jour autre chose que de l’humour (c’est pas du tout une
question agressive, ou péjorative, vu que derrière on sent des messages et des
réflexions très profondes), à l’instar d’un Westlake qui a changé
radicalement, je trouve, de genre, dans Le couperet, et avec brio ?
Francis Mizio : Je ne sais pas. Francois Braud de La Loupiote mon
premier éditeur me disait de passer au "noir sérieux" supposant que
je "ferai mal" quand je m’y mettrais. Je trouve qu’il y en a qui font ça
bien mieux que moi (Garnier, Leydier, etc) alors m’y frotter... et chacun son
truc. Si c’est pour faire du polar pour du polar ou du noir pour du noir ça ne
m’intéresse guère. Il faut que j’en ai envie ou que l’histoire le demande. On
verra comme ça vient. Mon identité c’est l’humour, c’est encore ce que je fais
de mieux, j’ai mis du temps a la trouver et je m’amuse beaucoup, alors je
continue.
Jean-Marc Laherrère : Les songes râleurs et leurs comportement
rappellent énormément le monde de l’entreprise. je suppose que ce n’est pas un
hasard ?
Francis Mizio : Non, pas du tout. c’est une autre de mes fixettes,
le monde du travail. un endroit dont je ne me suis jamais remis. Par ailleurs en
sociobiologie, certains prétendent appliquer les comportements animaux aux
comportements humains. Si c’est un principe dangereux il n’en reste pas moins
que parfois c’est troublant. Défense du territoire, annexions, coalitions... On
a tous vécu ça et moi même j’avoue que j’ai toujours voulu être male
dominant au distributeur de nuts (comme dirait Marc Villard dans son dernier
hilarant).
Jean-Marc Laherrère : Tu aimes bien faire des liens avec tes autres
bouquins. L’exemple le plus > évident est le nom du héros, toujours le même,
mais aussi :
* Les Maqroqa et les Vani Vani récurrents
* Et tout un bestiaire : le perroquet vert à touffes rouges sous les ailes, le
frico carmin à canines, les doryphores bousiers lubriques,
* Et sûrement d’autres que je n’ai pas vu.
C’est pourquoi ?
Francis Mizio : Ca m’amuse et j’y suis à l’aise. il y a tout un
bric a brac qui se construit de bouquins en bouquins et qui est comme tu dis
ci-dessous
Jean-Marc Laherrère : Un clin d’oeil aux lecteurs fidèles, la joke
interne comme disent les québécois ?
Francis Mizio : Exactement. Comme de toute façon j’ai mes obsessions récurrentes dont j’ai finalement pris conscience qu’il y a peu ou que des lecteurs m’ont fait remarquer (la science , les médias, les manips, etc) j’ai décidé de m’y mettre à fond en développant mon petit bestiaire de façon plus ou moins cohérente comme ca vient.
J’ai signé pas plus tard qu’hier midi pour un gros truc avec une boite de dessins animés importante, c’est un tournant pour moi. Le nom de code qu’ils ont pris pour ces cartoons adultes est le "Mizio Show". Pourquoi je dis ça ?Parce qu’a la lecture de mes bouquins et des propositions que j’avais faites comme ça sans chercher une cohérence, eux ils en ont trouvé une et me demandent de la développer. Finalement vu que ça va être une expérience passionnante je me dis que j’ai bien fait, et je fais bien, de continuer à développer mes fixettes et mon bazar perso puisqu’il commence à prendre de plus en plus vie.
Jean-Marc Laherrère : La presse présente dans le dernier
chapitre n’est pas vraiment présenté sous un jour très favorable (c’est le
moins que l’on puisse dire).
Francis Mizio : J’ai assisté a des comportements en conf de presse
qui me faisaient honte d’être journaliste. Depuis que je suis passé de l’autre
coté (l’interviewé c’est moi) je comprends ce qu’on me disait et qui m’énervait
toujours, que dans la presse on rencontre des gens qui rendent compte
d’interviews ou il n’y a pas UN SEUL MOT que vous ayez dit (ça m’exaspérait,
je ne le croyais pas). Or, ça arrive. A croire qu’ils étaient sous stupéfiants
! Une fois ça a été tellement éloigné, tellement autre chose que du premier
coup on se pince. On croit à un gag. Et puis les mecs qui viennent et pensent
que vous êtes quelqu’un d’autre, qui savent pas pourquoi ils sont là et vous
demandent de leur expliquer... C’est proprement hallucinant. Demandez Ã
d’autres auteurs, vous verrez. Et je n’exagère pas. C’est pas courant, mais ça
arrive.. ;
Jean-Marc Laherrère : Pourtant tu es un grand dévoreur de presse, et
en particulier de presse écrite. Alors tu l’aimes ou non cette presse ?
Francis Mizio : C’est l’adoration totale et la haine.
Adoration car j’en suis totalement accro pour décrypter le monde en sachant pourtant que le réel qu’on me montre est une fiction (voir la parution des explications sur mon projet NEO BROUETTES sur mon site lié a un roman traitant des médias a paraître un jour pour voir pourquoi les médias me fascinent) , et haine car j’en suis déçu aigri (par le métier, les journalistes, les dérapages et phénomènes médiatiques, par l’incapacité fondamentale, de nature, qu’a ce métier de rendre compte vraiment du monde).
C’est mon coté personnage de Balzac (qui était un pigiste déçu, rien de pire qu’un amant floué non ?)
Jean-Marc Laherrère : Une petite réaction à deux phrases que
j’ai vu passer dans l’échange entre Francis et ses lecteurs : ça disait grosso
modo, si un jour Mizio lâche l’humour pour faire du noir ça va faire mal. Bon,
moi j’espère bien qu’il ne va pas le lâcher l’humour, et je ne vois surtout
pas pourquoi il le lâcherait. C’est bizarre, on ne demande jamais à un auteur
pas drôle s’il compte un jour se mettre à faire de l’humour, par contre, systématiquement,
on finit par demander à un auteur, acteur, cinéaste qui nous fait rire si, un
jour, il va, en gros se mettre à faire des choses sérieuses.
Francis Mizio : Merci mille fois J-M. Tu ne peux pas savoir comme tu dis
juste. Il y a des critiques qui te disent aussi (j’en ai discuté avec des cinéastes
pourtant pas spécialisés dans l’humour gaulois et un autre auteur aussi stupéfait
également) : "C’est super drôle votre truc, mais j’ai honte". Ou
"Comme c’est du comique, hélas je ne pourrai en parler". Des représentants
du Seuil ont même récemment fait passer le livre de littérature générale
comique d’un copain de grand format en poche (point virgule, ça sort ce mois ci
c’est "La concordance des dents"de JP Carminati, très recommandé)
sous prétexte que c’était comique et donc pas digne de figurer en collection
de littérature générale. Or c’est de la littérature, très très écrite et
pas de l’humour Bigard. C’est un problème qui me tient tant a coeur que je
fomente depuis quelques mois un projet (mais qui nécessite beaucoup de sous)
pour aborder de front ce problème en littérature. J’ai trouvé un dingue,
riche mécène et j’ai même RDV prochainement avec lui pour ça. il y a des
choses a faire changer dans ce pays qui ne veut considérer l’humour que s’il
est anglo saxon ou américain, sinon c’est déchoir. J’en ai parlé avec Carrese,
c’est le même vécu...
Jean-Marc Laherrère : Comme si faire rire c’était bien, mais
faudrait quand même voir à prouver qu’on sait faire autre chose !
Francis Mizio : Les gens de théâtre, les acteurs connaissent ça.
Coluche a été reconnu comme
acteur par Tchao Pantin. Sinon, que dalle.
Jean-Marc Laherrère : Moi je ne suis pas d’accord, mais pas d’accord du tout. Ceux qui nous font rire sont rares, et aussi indispensables que ceux qui nous font pleurer.
Francis Mizio : Jean Marc je te paie un coup quand tu veux.
Jean-Marc Laherrère : Je ne sais plus dans quel bouquin, Desproges Le Grand, s’insurgeait contre un journaliste relatant un film comique avec cette phrase : "Il n’a pas d’autre but que celui de faire rire". Il déclarait, beaucoup mieux que moi bien sûr, que c’était une sacré but, un des plus difficile, surtout si on veut faire rire intelligent, et que le journaliste en question était une sombre burne (pour résumer). Il était vraiment bien ce Desproges... Donc tout cela pour dire que Francis, surtout, continue à nous faire rire. Et merci.
David Coulon : C’est moi qui ai demandé à Francis s’il désirait un jour lâcher l’humour. Ce n’était pas un désir, vu que je trouve les romans de Francis absolument remarquables. C’était simplement une question dans laquelle il ne fallait pas chercher une interrogation latente sur le "sérieux" dans le roman. Je trouve les romans de Mizio infiniment plus profonds, intelligemment écrits et passionnant à lire que de nombreux polars dits sérieux, mais qui sont en fait ridicules. J’espère aussi que Francis va continuer dans cette voie !
Merlan : Ben oui, l’humour est le parent pauvre de la littérature et du cinéma français, alors qu’il constitue 70% de ce qui marche (critique et lecteurs) outre-Manche. Ca remonte peut-être à l’opposition classique Shakespeare (tragi-comédie) et classicisme français (on ne mélange pas les genres). Mais je me suis retrouvé comme Francis obligé de me justifier d’écrire les aventures de Schram & Guigou, RMistes justiciers (dans une collection à dix balles en plus !) alors qu’ils demandent plus de boulot, plus de style, plus de sueur pour être drôles. Le noir noir... sincèrement, est plus facile (écrire à la première personne, au présent et aller directement au pire...) Mais on me demande à chaque fois quand je vais réécrire un bouquin sérieux. Ou : tu es douté mais tu gâches ton talent. Même réponse des chaînes de télé pour des adaptations : l’humour ne passe pas bien dans les séries. Alors que justement, j’ai essayé de faire un "Amicalement vôtre" du pauvre... Francis, si tu montes un mouvement pour la défense de l’humour en littérature, je demande de ce pas une présidence honoraire...
Francis Mizio : C’est pas exactement ça mais c’est l’idée. C’est un
projet lourd et long et je ne veux pas me planter pour que ça ait ses répercussions
car ça sera, a ma connaissance, une première. En tout cas les deux trois
personnes dans le secret me disent que c’est une idée en béton. J’en dis pas
plus, vraiment, malgré l’envie car je suis jaloux de ce projet et j’ai vraiment
pas envie de me planter. Donc ça va mettre du temps, au moins un an au bas mot
(ça fait six mois déjà que c’est en gestation) mais je te tiendrai au jus Ã
ce moment là .
Merlan : Quant aux Ricains qu’on aime, Ã part Westlake, pas de quartier
pour les drôles : Frederic Brown, Kinky Friedman, Carl Hiaasen ont-ils vraiment
l’audience et le respect qu’ils méritent ?
Francis Mizio : Dans les cercles de littérature populaires, oui.
L’humour vraiment reconnu est souvent aristocratique ou à chier (de Nicole de
Buron -pour la daube- à Tom Sharpe, ou Lodge d’une certaine façon pour la
qualité). Donc conservateur. Ou alors mort depuis longtemps si subversif :
Qu’on me trouve
un Jonathan Swift !
Le Comique est supérieur au tragique, j’en démords pas. La plainte est dépassée et l’espoir renaît, ou du moins la vie ou la liberté avec un apport de connivence, de proximité (on rit toujours AVEC quelqu’un, même si c’est CONTRE quelqu’un). L’humour juif est ainsi un des hauts traits de l’intelligence humaine. Ils arrivent a porter l’auto dérision, etc au-delà de leur malheur collectif. C’est formidable. En littérature, tu fais pleurer facilement. Il suffit d’étaler le pathos (reste après le style, l’écriture, etc évidemment comme pour tout). Mais va faire rire avec du drame total (genre Benigni)...
Bon, rigolez pas avec le Comique, c’est du sérieux.
Francis Mizio : Je répondrai en
paraphrasant une formule qui dit que la SF est une suspension temporaire de
l’incrédulité en disant que pour moi le bonheur est une suspension
temporaire des emmerdements.
Patricia Mevel : Les relations de couple sont difficiles dans tes
romans. Est-ce si difficile de vivre a deux ?"
Francis Mizio : En fait non, cela peut être très harmonieux. Et pour tout dire, entre nous et 300 millions d’internautes, je ne me suis même jamais disputé en treize ans avec la mère de mes enfants de laquelle je suis pourtant séparé depuis un an : nous restons très amis. Cette vision infernale du couple n’est donc pas le transfert de ma vie privée, mais dans des romans où le principe de base veut que rien n’aille comme on le voudrait, il est évident que les relations entre les personnages soit conflictuelles.
Toutefois je considère que les femmes restent
un mystère fondamental, totalement incompréhensible à l’homme (moderne que
je suis, hé oui). A vrai dire depuis que je suis petit je les regarde
attentivement. Je les écoute et j’essaie de comprendre ce qu’elles disent, ce
qu’elles pensent et vraiment, mais vraiment je fais des efforts pour
comprendre comment ça fonctionne. Où j’ai raison, où j’ai faux. Ce qui va
se passer. J’essaie de savoir pourquoi nous les hommes (modernes) on n’arrive
pas toujours à percer les arcanes de la psychologie féminine. Pourtant je ne
demande qu’Ã apprendre. Parfois je me dis qu’elles savent des choses qu’elles
se refilent de mère en fille depuis la nuit des temps en se faisant des poignées
de mains secrètes et tout un rituel, de nuit, avec des cagoules. Et elles
parlent des hommes, mais on ne sait rien de leurs desseins. Alors j’enquête,
j’observe, j’écoute, je scrute. .Du coup à force de les regarder fixement
comme ça dans la rue, je me prends des baffes.
Patricia Mevel : Il y a des scènes d’un érotisme torride dans tes romans... Est-ce difficile à accoucher ?"
Francis Mizio : Les scènes de sexe (bizarre) dans mes romans répondent a une volonté particulière (dans Twist Tropique, ce gimmick disparaît d’ailleurs). Dans la Santé par les Plantes, c’est l’amour dans la vase, dans Domo Dingo, le cybersexe encombré de câbles, dans Tout ce qui tombe du Ciel, l’amour avec des minéraux, etc. Pourquoi ? Je suis exaspéré par cette pratique non dite qui veut qu’il y ait systématiquement une scène de sexe dans les romans d’aujourd’hui. C’est ridicule, pénible, souvent grotesque (une revue allemande salue chaque année la pire scène de sexe. Parfois le prix est décerné à des écrivains très en vue qui le prennent mal. Je milite depuis des années pour que cette idée soit reprise en France), inutile et qui ne fait pas sens. En plus, il y a debauche de moyens et de crudité au fil du temps au détriment, pourquoi pas, de la recherche en evcriture pour l’occasion. Et cela accompagne la violence et la "hardification" parallèle au cinéma. Je trouve qu’en littérature il est plus intéressant de dire les mêmes choses (si la scène doit faire sens) sans les nommer sans les montrer. Car sinon c’est démago, putassier, vulgaire et surtout fainéant. On cherche à choquer, à aller de plus en plus loin. Franchement en tant que lecteur je mérite souvent autre chose (c’est comme l’image des hommes et des femmes dans la pub c’est insupportable : on nous manque de respect on nous prend soit pour des males uniquement mus par l’organe, soit pour des femelles uniquement bonnes a faire vendre n’importe quoi -cet agacement par rapport aux scènes de sexe en littérature releve de la même demande de respect -car sinon je ne suis ni begueule, ni ligue de vertu)
Bref, dans chacun de mes romans j’ai mis systématiquement une scène de sexe surréaliste (bizarre, impossible) en tout cas absolument pas excitante et drolatique pour m’amuser a pointer ce problème, à le détourner, a dire "voyez moi aussi j’ai du sexe mais c’est n’importe quoi". Du sexe bizarroïde de façon a ce que cela n’en soit, d’une certaine façon, plus du tout.
Si ce genre de scène est difficile à accoucher ? Non en fait. Exercice : "écrivez une scène de sexe comique qui se passe avec un calamar (thème : "calamarophilie"). écrivez les images qui vous viennent (le calamar gluant glisse, impossible de le saisir fermement). Voilà , vous venez d’inventer une nouvelle perversion et attendez qu’un autre auteur lui l’écrive très sérieusement dans un roman compassé qui cherche à choquer.
Enfin, problème de cette histoire de scène de sexe : une lectrice rougissante est venu un jour me demander si la vie des auteurs était toujours dans leurs romans... et que... et que... est ce que j’aimais faire l’amour dans la vase (comme dans La Santé par les Plantes) parce que elle, vraiment, elle trouvait ça bizarre. Mais vraiment c’était pour savoir, c’était une question littéraire et il ne fallait pas y voir une invitation quelconque (ce qui était le cas vu l’aspect pivoine de la dame). Bref, même les scènes de sexe bizarroïde, va falloir que j’arrête si je ne veux pas me retrouver un jour dans une encyclopédie des fous littéraires pervers polymorphes.
Bernard Strainchamps : Tu as travaillé pour le journal l’Hôtellerie. Ancien cuisinier, j’ai une question très personnel qui me démange. Ce journal n’est pas très social, en fait, reflète assez une profession qui a peu évolué depuis un siècle. Qu’est-ce que tu y faisais ?
Francis Mizio : C’etait les débuts
de la PAO. Fasciné par la micro informatique, je m’étais autoformé Page Maker
1 puis 2 , puis 3 puis Xpress, Photoshop, etc...) et c’est en 1988, il n’y a pas
grand monde qui maîtrise la PAO. Les places (et les supers salaires) sont alors
pour des petits malins comme moi. J’ai été secrétaire de redac, journaliste,
maquettiste, suivi imprimeur, etc de deux journaux : "Pâtisserie
Boulangerie Vie Pratique" et "Service Traiteur" (ne riez pas,
allez quoi). Un hebdo et un bimestriel. On était 5 dans une filiale de l’Hôtellerie,
les éditions Mdb (Métiers de bouche). On éditait des livres pour pâtissiers,
cuistots aussi... Effectivement c’est un groupe absolument pas social, inféodé
a la pub et les annonceurs et qui brasse des fortunes. Les salaries en profitent
peu. J’en ai profité a cause du manque de compétences d’alors, mais je parie
qu’ils ne paieraient plus un PAOiste aujourd’hui comme ils l’ont fait avec moi.
MdB a fait faillite (géré par un type qui a échappé à l’abus de biens
sociaux) et ensuite je suis allé bosser a Télérama (maquette des pages
programmes, l’horreur).
Bernard Strainchamps : As-tu lu les pages qu’a écrite Orwell sur le métier
?
Francis Mizio : Non. Je n’ai lu que la Ferme des Animaux et 1984.
Bernard Strainchamps : Tu chroniques pour magazine Epok de la Fnac les romans de science-fiction. Durant l’année 2000, on a beaucoup parlé de ce genre dans les médias. De nombreux journaux dans lesquelles on ne lisait jamais de critiques SF, ce sont mis à inciter les lecteurs. Or, j’ai l’impression que le lectorat de ce genre reste restreint. "Ton ami Dantec" n’écrit pas de SF ; Weber, non plus. Si je prends mon cas en exemple, ce sont des romans tels 1984, le Meilleur des mondes, et plus récemment Le Successeur de pierre qui m’ont le plus marqué ; et pourtant, je lis comparativement peu de romans de ce genre alors que je m’accorde pour dire que c’est le plus inventif tant dans la forme que le contenu. Quel est ton avis ? Quels sont tes derniers coups de coeur ?
Francis Mizio : Il vient de
ressortir en Folio SF... ; hahaha
Mon grand grand prochain coup de coeur sort en mai 2000, c’est à dire bientôt.
C’est "Le Prestige" de Christopher Priest en Lune d’Encre Denoël.
J’en sors fasciné et persuadé que c’est un livre qui pourrait créer des
vocations... de prestidigitateur. J’en dis pas plus. C’est un chef d’oeuvre intégral
qui m’a scotché et il y a longtemps que la SF ne me scotche plus, hélas. Mais
là : comme un gosse. Par ailleurs c’est extrêmement fort d’unpoint de vue SF
et romanesque. Comme d’hab’. Priest est un génie méconnu. Or 9 bouquins de SF
sur 10 me tombent des mains maintenant. J’en lis depuis que j’ai 10 ans environ.
Priest, Ã 12-13 ans, j’ai lu 5 cinq fois son "Monde Inverti", c’est
un de mes auteurs de prédilection il faut dire. Le problème justement c’est
qu’il faut que je reste enthousiaste pour essayer de voir ce qui est toujours
bon ou pas car des "succès" sont de pales resucées (Dantec, je le répète
c’est un épiphénomène sans grand intérêt et en plus c’est écrit avec les
pieds) et moi certains livres m’ennuient alors qu’ils pourraient passionner des
lecteurs. C’est toute la difficulté de sélectionner (je ne me considère pas
comme critique, mais comme guide d’achat).
Je n’ai pas lu Truong (j’ai honte) mais j’ai prévu de combler cette lacune.
Comme il n’est pas étiqueté SF on ne me l’a pas envoyé et je suis inondé de
bouquins a lire pour Epok qui sont "étiquette SF", du coup je l’ai
loupé à sa sortie (ton interview de Truong m’a fait flipper après coup
d’ailleurs). La Fantasy me gonfle (hormis Pratchett et quelques uns rigolo,
rares). J’ai adoré Jack Faust de Swanwick l’an dernier chez Payot, c’est
vraiment un roman intelligent, drôle et qui respecte le lecteur. Je viens de me
cogner les deux tomes du Cryptonomicon de Stephenson, c’est un chef d’oeuvre de
la littérature tous genres confondus, mais c’est d’une abominable difficulté
à lire. Dans les récents, comme ca a brûle-pourpoint j’aime beaucoup Michael
Marshall Smith (en marge du polar, voire "transversal"),
"Titan" et "Voyage" de Baxter, Egan (même si je ne
comprends pas tout -j’aime en fait surtout ses nouvelles-, Christopher Fowler et
même (pour moi qui n’aime pas la Fantasy) Neil Gaiman ou Bordage (très grand écrivain
Bordage). Mais je trouve la production générale fadasse. Pas étonnant que la
SF re-vivote. Mon problème, c’est que j’attends un retour de la "new wave"
qui m’a marqué à jamais (hormis les gds de l’age d’or) : des Dish des Sladek...
Mais un Ballard vient de sortir et je l’ignorais. On se rend compte de l’incurie
des attachées de presse que si on est en face. Il faut toujours les relancer
pour avoir le programme du mois qu’on obtient en général avec 3 semaines de
retard. C’est vraiment à se demander ce qu’elles fichent (hormis Anne Celine de
J’ai Lu, Anne Guerand du Diable Vauvert et Anne Cecile de Baleine). Epok c’est
450 000 ex et je dois réclamer comme un malade simplement le planning de
parution. Je ne comprends pas. L’édition marche sur la tête dans tous les
secteurs.
En jeunesse SF sinon Guiot fait toujours un impeccable boulot. Lisez ce qu’il sort, c’est hyper bien. Ses auteurs sont vraiment bons. J’ai les épreuves du prochain Gibson (j’adore) a coté de moi (Diable Vauvert). Il me reste une semaine pour le lire, ça va être short. Enfin bref.
Olivier Noël : En dépit de ton intérêt certain pour la SF, on ne
peut raisonnablement pas ranger ton Twist Tropiques aux côtés d’Egan ou
de Priest. Il inaugurerait plutôt un nouveau genre : la satire tropicale (dont
"Pourquoi j’ai mangé mon père" de Lewis serait le précurseur).
Francis Mizio : Pour la petite
histoire Flammarion m’a fait signer un contrat il y a quelques années à la
sortie de "La Santé par les plantes" me demandant de "refaire un
coup à la Roy Lewis", que j’en serais prétendument capable. J’ai proposé
un projet (une bonne idée, mais en fait super dure, j’ai été un peu trop
ambitieux et trop sur de moi) qui a été accepté avec enthousiasme. J’ai acheté
une pile haute comme ça de bouquins pour mettre en scène la discipline à épingler
(Roy Lewis épingle peu ou prou le darwinisme, lui). Et j’ai laissé tomber
entre temps, c’est un boulot énorme que je remets à plus tard (à jamais ?) et
il faudrait que j’ai un an de revenus d’avance pour ne faire que ça. C’est trop
lourd. Mais c’est dans les cartons. Il doit y avoir notamment à la fin une
grande scène de poursuite très particulière dans la Galerie de l’Evolution Ã
Paris qui est presque la raison pourquoi je veux écrire le bouquin.
En fait, Twist Tropique tourne un peu (dans le lointain) autour de ce projet
de roman jamais commencé. peut être que c’est une étape sur son chemin.
Olivier Noël : Mais alors, comment réagis-tu au fait que certains
libraires (j’ai vérifié) aient présenté ton roman au rayon SF, entre Herbert
et Dick ?
Francis Mizio : Aucune idée
(entre Herbert et Dick, mon Dieu, si je pouvais rester ainsi
placé dans les rayons... de l’Histoire ! -pfffff). Peut être parce que précédemment
j’ai sorti Domo Dingo ( ???).
Mais ça ne me dérange pas, ça me flatte même car je considère la Sf comme
un genre majeur (s’il y a des genres majeurs ou mineurs...). Peut-être parce
que c’est inclassable d’une certaine façon, qu’il y a des éléments SF (délire
autour de la science, espèce de singes qui est imaginaire) voir un élément
fantastique (à la fin). Du moment qu’ils le présentent, c’est déjà bien.
Olivier Noël : Sans pour autant abandonner l’humour, n’as tu pas l’envie, l’ambition d’écrire le chef d’oeuvre des chefs d’oeuvres ?
Francis Mizio : Ah bon je ne
l’ai pas encore écrit ? (re-pffii)
Si bien sûr. Faut être mégalo pour supporter sa petitesse sinon aucun tout ça
manquerait singulièrement de hauteur. J’ambitionnais jadis d’être Joyce ou
Faulkner. Maintenant je voudrais être Swift. On change... Non, depuis que j’ai
en fait renoncé à être un grantecrivain c’est plus facile. Mais faut du temps
pour s’y faire, mais en fait sincèrement ça débloque de ne plus/pas y croire
ou y penser. Ou s’en foutre, finalement. Du moment qu’on écrit... Mais en fait
j’ai qd même ma liste secrète de projets de romans définitifs :
Mon bouquin sur le Pikaya (le truc pour Flammarion dont je parlais plus haut).
Mon, bouquin sur la "glose médiatique", "le Verbe" et la
"pensée en kit" (je suis dessus depuis un an. Une première version
est terminée. Je le reprends bientôt. Ca s’appellera "Le Gourou
doudou". Paulo Coehlo, Bové, Alain Madelin, Viviane Forrester, Moon, Ron
Hubbard, Alain Minc et consorts vont trembler dans leurs charentaises.)
Mon projet de récrire de façon comico-dramatique "Miss Lonely Heart"
de Nathanael West retranscrit a l’époque d’aujourd’hui.
Un bouquin sur la peine de mort (pas drôle celui la). J’ai un sujet EN BETON
que je rumine depuis des années.
Avec celui-là , je vais faire la peau à ce petit bras de Norman Mailer qui s’y
est frotté (le Chant du bourreau, z’avez lu ce truc ? aaaah, quel mec ce Mailer
! Genre vous fermez le bouquin et vous vous reconvertissez dans le toilettage
pour chiens, c’est plus la peine d’écrire). J’écrirai ça à la fin de ma vie,
comme Westlake avec "Le Couperet" ou Gregory Mac Donald avec "The
Brave" (Rafael Derniers Jours au Fleuve). Si j’en suis capable (on veut
tous être maître du monde et on fait 12 min 30 au cent mètres, alors...) et
si Philip Morris Ltd n’a pas eu ma peau d’ici là .
Jean-Marc Laherrère : Chose promise chose due ... C’est partie, c’est quoi ?
Tyrosémiophile : collectionneur d’étiquette de Camembert ?
Appertophile : collectionneur de portes ouvertes ?
Armaphiliste : collectionneur d’armes ? de couteaux ?
Brocchaphile : collectionneur de broches ?
Buticulamicrophile : collectionneur de petits machins ?
Calamophliste : collectionneur de calamars ?
Clupéidophile : collectionneur de jeux Cluedo ?
Cofféaphliste : collectionneur de café ?
Craigraphiliste : collectionneur de craies ?
Cucurbitaciste : collectionneur de concombre masqués (rapport avec les singe ?)
Ethylabélophile : collectionneur ’étiquettes de vin (de Pécharmant ?)
Favophile : collectionneur de fèves ?
Glacophile : collectionneur de glaces ?
Glucophile : collectionneur de sucre ?
Khophibizuphile : collectionneur de bizuts confits ?
Lécithiophile : collectionneur de lessives ?
Manusaccaphile : collectionneur de sac à mains ?
Molafabophile : collectionneur de mollahs affables ?
Notaphliste : collectionneur de factures ?
Philospinter : collectionneur de trous de balles ?
Philuméniste : collectionneur luminaires ?
Rosutiphile : collectionneur de roses ?
Tégestophile : collectionneur d’excités qui gesticulent ?
Vexillologiste : collectionneur de gens qui se vexent facilement ?
Vitolphiliste : collectionneur d’un alcool que je ne connais pas ?
Vitrocafeaophile : collectionneur de vitraux couleur café ?
Francis Mizio :
J’avais promis...
Appertophile : boîtes de conserve
Arctophile (pas ds le roman) : ours en peluche
Armaphiliste : armes
Botumodelophiliste (pas ds le roman) : bateaux en bouteille
brocchaphile : broches
buticulamicrophilie : mignonettes
calamophiliste : stylos
clupeidophile : boites de sardines
coffeaphiliste : : cafetieres
conchyliologue (pas ds le roman) : coquillages
craigraphiliste : crayons
cucurbitacistes : etiquettes de melons
ethylafabophile : etiquettes de vin
favophile : feves
glacophiles : pots de yaourts
glucophile : sucres emballés
glandophile (pas ds le roman, ne riez pas) : balles de fronde
huhulophiliste (pas ds le roman) : : chouettes et hiboux
khophibizuphile : coffrets a bijoux
lecithiophile : echantillons de parfum
manusaccaphile : sacs a main
mecascriptophile : machines a ecrire (c’est mon cas, j’ai 3 belles underwood
pour l’instant)
metrolophiliste (pas ds le roman) : : balances
miniavaccaphile (pas ds le roman) : vaches
molafabophile : moulins a café
notaphiliste : factures anciennes
philospinther : briquets à etincelle
philumeniste : boites d’allumettes
rosutiphile : arrosoirs
scripophile (pas ds le roman) : titres anciens
tegestophile : bouteilles de biere et sous bocks
tyrosemiophile : etiquettes de camembert
vexillologiste : drapeaux et etendards
vitolphiliste : bagues de cigares
ziomicisfranmobizariste (pas ds le roman) : : collectionneur de mots
bizarres