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envoyer par mail à un amiColin Thibert a accepté de répondre aux questions des abonnés du 16 au 20 juin 2003.
Bernard Strainchamps : On a du vous poser déjà 100 fois la question : comment avez-vous fait pour caser 3 romans dans un intervalle très court à Patrick Raynal directeur de la série noire ? Merci de votre réponse qui servira désormais à des milliers d’internautes qui n’auront plus qu’à taper les mots « secret » « publication » « série noire » dans une fenêtre d’un moteur de recherche pour trouver la recette miracle.
Colin Thibert : En fait, Raynal a mis assez longtemps avant de publier "Noël au balcon" qu’il souhaitait, je crois, voir figurer sous les nouveaux habits de la Série Noire. Entre temps j’avais écrit "Royal Cambouis". Le temps qu’il publie "Royal Cambouis", j’avais écrit "Nébuleuse.org". Moralité : en ce qui me concerne, l’auteur est plus rapide que l’éditeur.
En fait, j’ai peur de la période dépressive qui suit la fin d’un roman. Alors quand j’attaque les dernières pages d’un bouquin je commence concomitamment les premières du suivant. Histoire de ne pas perdre le rythme et l’énergie...
Bernard Strainchamps : La culpabilité, c’est un « truc » suisse. Dans la nouvelle publiée sur le site, n’avez-vous pas souhaité réhabiliter l’image des noirs après l’avoir honteusement réduite dans nebuleuse.org à un rôle de repoussoir ?
Colin Thibert : La culpabilité est une invention judéo chrétienne. La Suisse étant un pays judéo chrétien, on l’y cultive, de même que les intérêts du Capital et l’herbe qui nourrit les vaches qui font le bon fromage, etc... Dans "Nébuleuse.org" les Noirs sont manipulés : on les emploie aux basses besognes avec la charité comme alibi (les orphelinats de la secte).
Qu’avons-nous fait d’autre dans nos colonies ? C’est choquant, en effet. A Neuchâtel dans les années 70, il n’y avait pratiquement aucun Noir. Ceux qu’on pouvait voir suscitaient par conséquent la curiosité. Pas forcément hostile d’ailleurs. J’y ai repensé en écrivant "Nébuleuse". Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par "repoussoir" ? Qui repousse qui ?
La nouvelle ne vise qu’à une chose : montrer que la peur de l’autre conduit à la violence, voire, au crime. Ce bourgeois qui se monte tout seul son cinéma sur ce Noir qui lui est étranger à tous points de vue, ça m’intéressait. Qu’il se serve d’un autre étranger en plus pour régler le problème n’est pas innocent non plus...
Bernard Strainchamps : Est-ce la frustration qui vous a conduit à passer de l’écriture de scénario à celle de roman ?
Colin Thibert : Oui. Pas uniquement, mais oui. Impossible, dans un scénario de télévision, de camper des personnages comme ceux de "Noël au balcon" pour lequels j’ai une tendresse particulière.
A la télé, les personnages sont lisses et doivent répondre à certains critères : le méchant par exemple, doit avoir une "faille" qui explique son attitude et lui donne une chance d’être rédimé... On évite les métiers trop particuliers (le public ne connaît pas, disent les décideurs), les attitudes ambiguës, la folie...
Impossible également, de raconter à la télévision toutes les histoires que j’avais envie de raconter, des histoires souvent immorales et qui se terminent généralement mal.
Le roman reste un merveilleux espace de liberté.
Bernard Strainchamps : Les protagonistes de vos romans ne brillent pas par leur courage ! Sommes-nous tous des lâches ?
Colin Thibert : Je le pense. Moi en tout cas ! Je me trouve très lâche et je m’en veux. Mais c’est comme ça. Ceci étant, vous en connaissez beaucoup, vous, des héros ? Moi très peu.
Chaque fois qu’on évoque la seconde guerre mondiale, je me pose la question : "Est-ce que j’aurais eu le courage de résister, ou est-ce que je me serais écrasé platement en détournant la tête pour le ne pas voir ce qui me gênait... ?". Je suis incapable de répondre à cette question. On ne peut pas savoir comment on aurait réagi dans telles ou telles circonstance. Dans "Nébuleuse" quand Martin Gerson se fait tirer les oreilles, il est déjà terrorisé. Vous pensez pouvoir résister à la torture (même à celle-là ?) Moi pas.
"Royal Cambouis", c’est un peu le roman de la lâcheté : lâcheté de l’ingénieur prêt à toutes les compromissions pour garder son petit confort, lâcheté des autorités qui ferment les yeux sur le problème de la station n°37, lâcheté du flic qui ne veut pas s’empoisonner la vie à deux ans de la retraite...
La somme de toutes nos petites lâchetés peut conduire à des catastrophes majeures !
Juliette Chaperon. : Je n’ai lu que Nébuleuse.org, que j’ai beaucoup aimé. Je suis une grande fan du "Dracula" de Bram Stoker et je me demandais
1) si vous l’aviez lu ?
2) si je suis la seule à voir des similitudes entre votre livre et celui de Stoker.
Colin Thibert : Bravo ! Mille fois bravo pour votre finesse et votre intuition. "Dracula" est en effet un de mes livres de chevet. Ceci étant, les similitudes que vous trouvez entre Bram Stoker et moi-même, si flatteuses soient-elles, sont parfaitement inconscientes ! Mais j’ai apprécié votre analyse sur le début du livre et le parallèle Jonathan/Martin. C’est extrêmement juste et ça me fait plaisir.
Juliette Chaperon. : Je me demande si ce n’est pas un peu tiré par les cheveux, mais tout le début, avec Martin Gerson en Suisse qui rencontre le banquier et se croit libre, alors que l’univers de la "secte" se referme autour de lui, ça m’a fait penser aux premiers chapitres de "Dracula", quand Jonathan Harker arrive chez le comte Dracula pour travailler pour lui et en fait, se trouve prisonnier. Je me trompe complètement ?
Colin Thibert : Je n’ai pas situé le début de l’histoire à Neuchâtel par hasard. Je suis fasciné par ma ville natale qui a la particularité d’être dominée par un château assez beau et assez impressionnant qui me fait inévitablement penser à celui de Kafka (un autre de mes auteurs favoris) et qui pourrait être, en fin de compte, celui du comte Dracula !
Juliette Chaperon. : J’ai lu le portrait que fait votre consoeur Annelise Roux pour le site. Là encore, comme je n’ai lu qu’un de vos livres, je vais peut-être encore me tromper. Mais elle parle de votre "mélancolie", votre "approche désabusée du monde", votre "tristesse secrète", votre "poésie intime" et votre "tendresse déçue, agitée". Pardon pour cette liste mais je ne fais que citer !
Colin Thibert : Depuis des années j’avais envie de situer une histoire à caractère fantastique à Neuchâtel. "Nébuleuse" y a trouvé, naturellement, un cadre. En plus du château, il y a des ruelles intéressantes, une vraie ambiance légèrement glauque dans certains quartiers, et des édifices curieux un peu partout (ils ont inspiré le "pantheanum"), fin dix-neuvième siècle. Des trucs avec des vitraux, des sculptures chargées, où on pourrait tourner un remake de "l’Exorciste" ! Tous ces bâtiments, je les ai vus, petit, ils ont durablement imprimé leur marque dans mon subconscient, c’est évident. Il fallait donc bien que ça "sorte" un jour ou l’autre !
Juliette Chaperon. : Je trouve que tous ces termes s’appliquent très bien à Nébuleuse.org. Sachant que même le comte Dracula finit par tomber amoureux et finalement, être "sauvé" (même si c’est dans la mort), je me demandais pourquoi aucun personnage féminin ne vient à la rescousse de Martin Gerson ou du fils du banquier dans Nébuleuse.org ?
Colin Thibert : L’absence de femmes, du moins de personnage de femme positif dans "Nébuleuse" est une question qui en a fait tiquer plus d’un. Plus d’UNE, en fait ! (si l’on excepte, la charmante Bénédicte qui n’est qu’une apparition et Ly, tout de même, qui aurait pu sauver Bruno s’il n’avait été pourchassé et Valérie, enfin, le grand amour de Bruno !)
A cela plusieurs raisons : d’abord je voulais faire de Martin un héros solitaire dans la tradition du genre. Les femmes lui servent dans son enquête, il pose sur elles un regard presque purement libidineux, elles n’ont donc pas grand chose à lui apporter en retour...
Ensuite un livre est le reflet, conscient ou non, de la période à laquelle il a été écrit. Sans entrer dans les confidences sur ma vie privée, "Nébuleuse" traduit quelque chose de mes sentiments à un moment précis de ma vie. Aujourd’hui, je n’écrirais pas le même livre. La même histoire, pas le même livre. Vous voyez ce que je veux dire ?
Juliette Chaperon. : Enfin, je trouve que l’amour et la mort sont assez mêlés dans votre livre (d’où la référence à Dracula, et malgré l’absence de femmes). Il y a un sentiment tragique de la vie, des tonalités sourdes. Peut-on savoir si vous aimez Edvard Munch, s’il a pu vous influencer dans ce roman ?
Colin Thibert : Quant à l’amour et à la mort, ils sont toujours intimement liés. J’ai même écrit un livre (qui n’a pas été publié, au soulagement général !) dont le message de fond était qu’on ne bande jamais aussi bien que dans les cimetières.
La tonalité de "Nébuleuse" est bien celle que vous décrivez, est bien celle que je souhaitais obtenir. Au cinéma, "Nébuleuse" serait un film plombé, sinistre !
Juliette Chaperon. : Et tant que j’y suis, aimez-vous Klimt, Kokoschka, Egon Schiele, dont les tableaux me sont parfois venus à l’esprit pendant les passages en Suisse de "Nébuleuse.org" ?
Colin Thibert : Les peintres que vous citez, Munch et autres, je les apprécie, mais ce ne sont pas eux que je mettrais sur mes murs (si j’en avais les moyens !). Ceux que j’aime le plus sont toujours des peintres joyeux : Picasso, Basquiat, Dubuffet, Chaissac, Guston, les peintres du mouvement Cobra, pour n’en citer que quelques uns...
Agnès Ladurée : J’ai lu que vous aviez des goûts éclectiques et que vous aimiez aussi bien Jean Echenoz que Tintin. Les scènes de poursuite sont toujours très bien réussies chez Hergé, comme chez vous. Pourquoi aimez-vous Tintin et peut-on connaître vos goûts en matière de BD ?
Colin Thibert : Tintin a bercé mon enfance. Il n’y a jamais eu de télé à la maison, on n’allait pas beaucoup au cinéma. Tintin a comblé tous mes désirs d’évasion, m’a fait voyager, rêver, etc...
Hergé possède une maîtrise absolue du scénario. Il est, à mon sens, parfaitement inutile de suivre des séminaires ou autres cours de scénario dispensés par des auteurs plus ou moins sérieux ! Il n’est que de lire les derniers albums de "Tintin". Tout y est. C’est du pur génie, un art totalement maîtrisé, un équilibre parfait entre l’image (au demeurant d’une lisibilité absolue) et le texte, un rythme exceptionnel... Bref, une merveille. J’aime aussi beaucoup Franquin, Spirou autant que Lagaffe, Lucky Luke, Astérix moins (parce que je n’aime pas le style de Uderzo), Tardi (mais ses scénars ne sont pas terribles), je connais mal les nouveaux auteurs, je le reconnais. De temps à autre, je plonge dans les bacs des librairies, rien ne m’accroche... Je dois vieillir ?
Agnès Ladurée : La couverture de "Noël au balcon" est une véritable invitation au voyage (à la fuite ?). Avez-vous été consulté ? Des trois couvertures de vos livres, laquelle préférez-vous et pourquoi ?
Colin Thibert : Je n’ai pas été consulté sur la couverture de "Noël". C’est le travail de d’éditeur et des graphistes qui travaillent avec lui. C’est leur métier, l’auteur n’a pas à interférer là -dedans. C’est peut-être la couverture de "Royal cambouis" que je préfère. Mais C’est surtout parce que j’aime bien la photo et la manière dont elle est tirée.
Agnès Ladurée : Il semblerait que vous ayez beaucoup voyagé. Avez-vous des carnets de dessins de vos voyages et si oui, quand les publiez-vous ?
Colin Thibert : J’ai effectivement un peu voyagé et j’ai des carnets. De petites aquarelles, généralement. Je ne pense pas que ce soir publiable. Je n’ai jamais vraiment essayé, à vrai dire, mais ça en jette moins que Titouan Lamazou, je vous assure ! J’envisage de repartir un de ces jours pour dessiner vraiment, photographier, etc... Jusqu’à maintenant, c’étaient des voyages familiaux qui ne se prêtaient pas à un travail suivi.
Agnès Ladurée : Enfin, dans le portrait de vous sur le site, on dit que vous êtes un étourdi à la Jacques Tati. Que pensez-vous du professeur Tournesol ?
Colin Thibert : Comment ne pas aimer Tournesol et son "affaire" qui est, à mon sens, le meilleur album d’Hergé (je pense peut-être ça à cause de la Suisse ?!). Tournesol est un enfant, c’est ce qui le rend si touchant, si attachant... et si agaçant par moments ! Quand Annelise fait référence à Tati, je crois que c’est plutôt au niveau d’une certaine vison des choses, poétique et humoristique. Comme Tati -et comme B.Keaton avant lui-, j’adore observer les petits gags qui se produisent naturellement dans la rue, au café, etc... Il y en a un qui fait ça bien, aussi, c’est JP Jeunet. Avez-vous vu son court-métrage intitulé : "Foutaises" si ma mémoire est bonne (elle ne l’est pas toujours) ?
Paul Gérard : Sachant que vous êtes suisse, que vous en parlez dans votre dernier roman noir, et qu’Albert Cohen a travaillé à Genève, je vous soumets cette phrase du "Livre de ma mère". "Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte". Je trouve que cette phrase ressemble à vos livres : qu’en pensez-vous ?
Colin Thibert : Vous ne pouviez tomber mieux, cher colonel Springsteen (on se croirait dans le Cluedo ! Vous avez lu la nouvelle d’Annelise Roux sur le sujet ? Dans "Peccata mundi", Série Noire 2591). Je suis un fan d’Albert Cohen et vous êtes sans doute le premier à l’avoir remarqué !
Je n’aurais pas su exprimer la chose aussi bien que Cohen, mais qu’on est seul en effet, surtout dans la souffrance. "Nébuleuse" n’est pas le livre de ma mère, c’est celui de mon père. Ou plus exactement celui de mon rendez-vous manqué avec mon père puisqu’il est mort sans que nous nous soyons jamais compris et que c’est de cela que j’ai été le plus triste. J’aurais bien aimé avoir avec mon père le relation que Martin Gerson a avec le sien...
La solitude est également au coeur du roman, vous l’avez perçu. La solitude classique du privé sans attaches, la solitude du fils Labeyrinière qui s’en veut de haïr son père, la solitude de la prison, à la fin.
"Nébuleuse" n’est pas un roman très optimiste. J’y ai un peu laissé libre cours à ma misanthropie naturelle, mais je vous rassure, récemment ça s’est arrangé !
Paul Gérard : Albert Cohen parlait aussi du "péché de vie partout". Peut-on dire que vous avez tendance à punir vos personnages de vivre ?
Colin Thibert : N’est-ce pas la vie elle-même qui est une punition ? Non, je plaisante. Je ne pense pas punir mes personnages de vivre, non... ils portent leur fardeau avec plus ou moins de facilité, comme nous le faisons tous. Je n’entends d’ailleurs pas l’expression de Cohen "péché de vie" de la même manière que vous, me semble-t-il : le "péché" dont parle Cohen, c’est d’éprouver de la joie (la joie de vivre) sous, ou, au coeur de la douleur, et de s’en vouloir d’éprouver cette joie, ou de la nier.
Delphine Cingal : Tes romans reflètent des tons bien différents (humour débridé : Noël au balcon/Royal cambouis - très très noir : Nébuleuse.org). Comment voyages-tu d’un type deroman à l’autre ? Envisages-tu, dans tes prochains romans, des expériences littéraires encore différentes et prévois-tu de nous surprendre encore ?
Colin Thibert : J’espère bien vous surprendre encore ! Les deux prochains romans à paraître à la Série Noire sont encore d’un genre différent (construction très différente pour le prochain à paraître en janvier 2004), encore que le dernier renoue un peu, un peu seulement, avec "Noël au balcon".
On y trouvera également des personnages de femme, ce qui en soulagera certaines.
Parallèlement, j’espère publier bientôt des nouvelles à caractère un peu fantastique.
Je me suis essayé sur un roman assez baroque qui a été refusé par l’éditeur auquel je l’ai présenté et que je retravaillerai un jour.
En ce moment même, je travaille sur ce qu’il est convenu d’appeler de la littérature blanche.
J’adore la polar, mais j’ai envie de toucher à tout, de tout essayer !
Delphine Cingal : Es-tu traduit à l’étranger ? Si oui, les choix des éditeurs reflètent-ils des préférences dans les catégories dont j’ai parlé (humour/noir) en fonction des pays ?
Colin Thibert : Aucune traduction à ce jour, hélas...
Delphine Cingal : T’inspires-tu de faits réels ? (Nébuleuse.org et l’Ordre du Temple Solaire ?)
Colin Thibert : Oui, plus ou moins. Il était difficile de passer à côté de l’histoire de l’OTS, de même qu’il était difficile d’ignorer Tchernobyl ou Seveso qui ont inspiré, assez lointainement, "Royal Cambouis".
Je ne fais pas de recherches à proprement parler, sauf sur des points très précis comme le cancer engendré par le produit chimique (imaginaire) de "Royal Cambouis". J’essaie simplement de saisir l’air du temps, la couleur et la tonalité des évènements, et ensuite, je brode.
Delphine Cingal : T’inspires-tu de personnages réels ?
Colin Thibert :La réponse est un peu la même que pour la question précédente. J’essaie de camper des silhouettes crédibles en m’inspirant librement de gens que j’ai pu croiser au cours de ma vie. Un des personnages de "Nébuleuse" a vraiment existé (le brocanteur), sa famille l’a tout de suite reconnu !
C’était un homme que j’aimais bien, dont la mort m’a peiné ; le placer au coeur d’un livre était une manière d’amical hommage. Mais c’est exceptionnel.
David Melling : Vous avez été graveur et dessinateur. Il y a une nouvelle de vous sur le site, mais pas de dessin. Je serais curieux de savoir ce que vous faisiez : de la caricature à la Charlie Hebdo (votre côté grinçant), du dessin humoristique à la Sempé (votre côté poétique), du portrait (la réussite de vos personnages à foison dans vos romans), du dessin... érotique (peut-être la seule chose qui manque à vos livres...) ?
Colin Thibert : Je n’ai jamais été un très bon dessinateur. Mais j’étais rapide et je ne manquais jamais d’idées, ce qui m’a permis de travailler en presse. Je suis incapable de faire une caricature ou un dessin érotique (elle est pas érotique la scène avec Sophie-Amélie dans la grande maison au bord du lac ?).
Mon registre était plutôt du côté de Kliban ou de Gary Larson, ce dernier nom vous dit certainement quelque chose, cher David. Mais comme Souchon dans "Jamais content", je n’ai jamais vraiment trouvé mon style. Alors j’ai arrêté.
David Melling : Vous a-t-on déjà dit que vous avez fait le parcours de certains peintres ? Je pense notamment à Goya. Il commence par des commandes, lui comme peintre du roi, vous à la télé. Puis ses peintures charmantes deviennent bouffonnes et tragiques, comme vos deux premiers romans. Enfin, on trouve le cauchemar, l’irrationnel, la sorcellerie, toutes choses évoquées par la secte de Nébuleuse.org. Qu’en pensez-vous ?
Colin Thibert : On ne m’avait jamais rapproché de Goya, non. Mais cet audacieux parallèle me plaît bien. D’autant que Goya a été un fantastique graveur (entre les tauromachies et la série des "malheurs de la guerre", que de merveilles ! )
Le monde de la télévision ressemble en effet à la cour du roi. On y est en grâce, on y tombe en disgrâce, pour un mot, pour un geste, il y règne le même arbitraire, la même atmosphère délétère, et les yes-men y font carrière.
Du rire à l’horreur, la frontière est ténue. J’ai commencé à la franchir avec "Nébuleuse", j’ai aimé ce que j’ai trouvé de l’autre côté. J’y reviendrai.
David Melling : Que vous a apporté l’écriture que ne vous apportaient pas la gravure et le dessin ? Avez-vous complètement abandonné la gravure et le dessin ?
Colin Thibert : J’ai totalement abandonné la gravure et il y a peu de chance que je m’y remette jamais parce que cela nécessite de la place et surtout un matériel encombrant que je n’ai plus.
Je continue à dessiner. Pas beaucoup. Et si rarement que c’est moins mauvais qu’avant parce que je n’ai plus ni tics, ni automatismes... (même chose pour les acteurs ! Ceux qui jouent trop souvent ont tendance à se parodier eux-mêmes)
L’écriture n’a rigoureusement rien à voir avec le dessin. C’est un processus mental complètement différent, nettement plus astreignant et, pour moi, nettement plus excitant parce qu’il touche au coeur des choses, qu’il met en oeuvre des forces cachées, qu’il va chercher très loin dans l’inconscient.
Dans le dessin ou la gravure, "l’intelligence de la main" suffit parfois à elle seule. J’irais jusqu’à dire que moins on pense mieux on dessine (ce qui ne signifie pas que je prenne les peintres pour des idiots !). Picasso disait : "Il faut apprendre à dessiner comme un enfant". Il ne me paraîtrait pas très intéressant d’apprendre à écrire comme un enfant...
David Melling : J’aime beaucoup vos trois livres, que tout le monde s’accorde à trouver très drôles. C’est vrai. Ils sont aussi très tristes. Que pensez-vous de cette phrase de Elbert Hubbard « Don’t take life too seriously. You will never get out ouf of it alive » ?
Colin Thibert : Tiens, j’aurais pensé que la phrase était de Wody Allen. Je vous réponds avec cette phrase de La Bruyère : "Il faut rire avant d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri" !
David Melling : Martin Gerson et son périple dans trois pays me font penser à ce vers de Jean de la Ville de Mermont :« A vivre parmi vous Hélas avais-je une arme ? Mes frères j’ai souffert sur tous vos continents » J’aimerais savoir si vous aimez la poésie, si oui laquelle, et si vous en écrivez ?
Colin Thibert : Au soulagement général, je n’écris plus de poésie depuis trente ans. Ou alors si, en anglais et en cachette. Je relis le poème, je froisse vite la feuille et je la jette au feu, ou à l’eau selon l’endroit où je me trouve.
A l’heure actuelle, je ne fréquente plus que deux poètes avec régularité : Charles Bukowsky... et Saint John Perse. Je n’avais jamais entendu parler de Jean de la Ville de Mermont, je le confesse...
David Melling : Un des aspects étonnants de Nébuleuse.org, c’est la relation de Martin Gerson à son père. Toujours pour citer Jean de la Ville de Mermont [...] Peut-on dire qu’à partir du moment où Martin Gerson perd son père (c’est à dire son port), il n’a plus aucune chance de s’en sortir ? la question se pose aussi pour le fils du banquier : désavoué par son père, il ne lui resterait que le voyage ?
Donc deuxième question : vous qui avez vécu en Suisse et en Hollande et beaucoup voyagé, que pensez-vous de l’étranger, l’ailleurs ?
Colin Thibert : Perdre son père n’est pas perdre son port. J’irais même jusqu’à dire que c’est prendre enfin son envol ! Le meurtre symbolique du père par le fils... il y a des tonnes de littérature là -dessus...
Mais perdre son père, c’est aussi se retrouver seul, en première ligne, le prochain sur la liste...
Le fils Labeyrinière fuit son père à l’autre bout du monde, Martin accompagne le sien jusqu’à la porte du tombeau... Pour l’un comme pour l’autre, le père est finalement un problème douloureux. Pour un homme, le père est toujours un problème douloureux à un moment ou à un autre.
C’est pourquoi je suis content d’avoir eu deux filles !
L’étranger... Vaste question.
En ce qui me concerne, c’est surtout la perte des repères qui me plaît. Je n’aime pas la routine, les choses établies, les habitudes... Le voyage bouleverse tout ça, la vie à l’étranger vous en dispense. Finalement, c’est peut-être ce qui me plaît chez Saint John Perse : l’exil !
David Melling : Je crois que tous vos lecteurs son intrigués par le fait que vous ayez publié votre premier roman à 50 ans. Etait-ce que le premier que vous écriviez, ou y en avait-il d’autres avant qui avaient été refusés ? Que pensez-vous de cette phrase d’Antonio Tabucchi, « J’ai l’intime conviction que l’individu a une espèce de rendez-vous avec son histoire, un rendez-vous qu’il ignore et qui appartient immanquablement au hasard » ?
Colin Thibert : Les Suisses ont la réputation d’être un peu lents à la détente, non ? Je n’avais jamais écrit d’autre roman avant "Noël au balcon", sinon des embryons, cinq six pages, jetées très vite, et une poignée de nouvelles. J’aime bien la phrase de Tabucchi, mais je ne suis pas sûr que le hasard joue un rôle là -dedans. Une des choses qui m’ont permis de me mettre à écrire est précisément en rapport avec la mort du père (le mien est mort en 86, ce n’est pas de lui qu’il s’agit) au sens symbolique. Je n’en dirai pas plus.
Une autre est le fait que j’étais toujours bloqué par la peur d’écrire "à la manière de" tel ou tel auteur que j’admirais. Le jour où j’ai cessé de m’en préoccuper, ça a été beaucoup mieux !
David Melling : Enfin, puisque vous aimez la peinture, puisque vous aimez les voyages, puisque vous aimez les animaux, et puisque vous savez écrire des romans avec plein de personnages, peut-on espérer que vous écriviez un polar qui se passerait au Musée de la Porte Dorée pendant son déménagement ?
Colin Thibert : Je retiens la suggestion, cher David ! Avant de partir en Australie je suis allé regarder les crocodiles au Musée de la Porte Dorée, comme vous l’appelez. Manière d’entraînement. C’est en effet un lieu magique et mystérieux où l’on peut apprendre l’art du masque sous toutes ses formes...
Olivia Colin : Très bien ce début de Cannibale. Quand pourra t-on lire la suite ?
Colin Thibert : Quelle suite ? Le pauvre Bouna est mort pour la tranquillité d’esprit du héros, l’assassin est à l’asile. Tout est bien qui finit bien, en somme !
Voulez-vous un scoop ? Cette nouvelle a inspiré une scène de "Comme à la télé", mon prochain roman à paraître en Série Noire.
Jean-Marie David : Le théâtre (de boulevard) est une des rares voies encore non explorées par vous - à moins que je ne me trompe. Est-ce que vous seriez tenté par le vaudeville ? Les quelques films, téléfilms et sitcoms que j’ai vu signés par vous et Jean-Claude Islert ainsi que vos deux séries noires humoristiques me font penser que vous seriez très à l’aise et un auteur parfaitement approprié pour ce genre de spectacle... Thibert-Islert, les Barillet-Grédy de la télé et pour bientôt du théâtre ?
Colin Thibert : Vous vous trompez, Jean-Marie ! Nous avons écrit, Jean-Claude et moi au moins une pièce de boulevard intitulée "Cache-toi je t’aime" et adapté une autre d’un excellent auteur américain, Len Richmond.
Aucune des deux n’a trouvé de théâtre en dépit de contacts nombreux et plutôt encourageants au départ.
Le monde du théâtre privé est assez particulier. Je suis loin, très loin d’en avoir compris les codes et les ficelles. Sinon que si l’on arrive dans un théâtre avec une pièce, des comédiens vedettes, et un financement conséquent, ça peut marcher...
Aujourd’hui Jean-Claude Islert persiste et a signé seul quelque bonnes pièces qui, je l’espère pour lui, seront montées un jour.
Moi, je laisse tomber. Mais il y aura, sans doute à la rentrée de septembre un pièce radiophonique sur France-Culture, précisément sur mauvais genres. Mais ce ne sera pas du boulevard ! Mais alors pas du tout !
Jean-Marie David : Peu de vos lecteurs savent que vous avez démarré dans l’édition par des livres pour la jeunesse et des illustrations de romans... J’imagine qu’avec le succès de vos séries noires, certains éditeurs comme Syros (Souris noire) ont dû vous (re)solliciter. Allons-nous lire du Colin Thibert pour la jeunesse ? Prévoyez-vous un retour à la littérature jeunesse ?
Colin Thibert : Pas un mot de Syros chez qui j’ai dû écrire, en effet, mon tout premier bouquin. Les autres éditeurs jeunesse ne se sont pas bousculés non plus. C’est pas grave.
Pour le moment j’ai envie d’écrire des histoires qui concernent les adultes. Mais peut-être qu’un jour j’aurai une bonne idée pour les jeunes, il ne faut pas désespérer !
Luis Alfredo : On apprend, en lisant la 4ème de couverture, que vous avez écrit une trentaine de téléfilms. A une des questions de Bernard Strainchamps vous expliquez les limites qu’impose l’écriture de scénarios pour la télévision, limites dont vous vous êtes affranchi. Mais pourquoi avoir choisi le polar ?
Colin Thibert : Parce que j’aime ça, tout simplement. J’en ai plein ma bibliothèque et j’y ai toujours pris grand plaisir.
Je m’étais toujours dit que si j’écrivais un jour un roman, ce serait un polar. C’est fait.
Je vais essayer autre chose, mais je compte rester fidèle au polar quoiqu’il arrive. Plaisir de raconter une histoire un peu haletante, d’exorciser mes angoisses de mort et de violence.... et de distraire les lecteurs !
Luis Alfredo : Dans Nébuleuse.Org, vous mettez en scène un détective privé. Pourquoi avoir choisi un tel "héros" peu fréquent dans le polar français ?
Colin Thibert : Votre question contient sa réponse : parce que c’est assez peu fréquent dans le polar français.
Encore que.
Il y en a un dont je me souviens chez Manchette, un certain Tarpon, dans "Que d’os", Série Noire N°51. Et d’autres qui ne me reviennent pas. C’est toujours amusant de revisiter les mythes. J’avais très envie de revisiter celui du privé, je l’ai fait. Je constate que dans son dernier bouquin (H4 Blues) JB Pouy s’offre aussi un privé à sa manière. Un ami qui enquête sur le compte d’un ami décédé, certes... Ce n’est qu’une manière de tourner la difficulté.
Pour ma part, je n’ai pas envie d’écrire d’histoires policières du point de vue des flics (en plus je ne connais rien à leur façon de procéder !)
Alors je ne vais pas me priver de privé !
Luis Alfredo : Pensez-vous que l’écologie à tendance bio soit un vecteur de prosélytisme sectaire ?
Colin Thibert : Je pense que tout peut être vecteur de prosélytisme sectaire. Même la belote ou le macramé.
Question d’attitude.
J’ai connu des végétariens effrayants, je vous assure !
En l’occurrence, le Sigmar Loestner de "Nébuleuse" s’inspire très librement de Rudolf Steiner, père de la biodynamie. Excellente chose en soi si l’on dispose d’une corne de boeuf et qu’on n’oublie pas de l’enterrer au bon endroit à la pleine lune. Non, je suis sarcastique. C’est bien la biodynamie. Mais allez faire un tour sur les sites consacrés à Rudolf Steiner et revenez me dire si le reste ne vous a pas un peu foutu les boules...
Luis Alfredo : Pour finir, deux questions en vrac : "fumer de l’Afghan" vous donne-t-il réellement "l’impression de voyager en tapis volant" ? Pensez-vous que le personnel de l’éducation nationale soit sclérosé ?(p 73)
Colin Thibert : La dernière fois que j’ai fumé de l’afghan, je me suis fait un mauvais trip ! Je me prenais pour une souris et je pensais que ma compagne était un chat. ça s’est calmé avec un valium. Mais j’ai bien le droit de tricher un peu avec la réalité, non ? En fait, c’est plutôt la Daimler qui évoque le tapis volant. J’attire d’ailleurs votre attention sur le fait que les deux phrases sont séparées par un point ce qui permet deux interprétations possibles. De toute façon on ne trouve plus d’afghan.
Quant à l’éducation nationale... Pour poser une telle question, en faites-vous partie ? Quoiqu’il en soit, on parle ici de la Suisse, ça ne vous concerne pas a priori ! Mais de vous à moi, des profs sclérosés, voire fossilisés, j’en ai eu. Et pas qu’un seul. Pas vous ?
Cyber Philippe : 1/ comment construisez-vous vos intrigues ?
2/ comment construisez-vous vos personnages ?
3/ comment faites-vous la sauce ?
4/ quelles questions vous posez-vous ?
5/ et autrement dit (ou si vous préférez ne répondre qu’à cette question-ci), comment faites-vous, concrètement, de A (la recherche de l’idée de départ) à Z (la remise définitive) ? directement sur l’ordi ? en passant par des fiches colorées ? en vous grattant la nuque ou en allant vous promener et discuter dans les cafés avec votre camarade (ce que font beaucoup Munz & Biton)
Colin Thibert : J’ai l’impression que votre question s’adresse au scénariste plus qu’à l’écrivain...
Les réponses ne sont pas du tout les mêmes dans un cas ou dans l’autre. D’autant que j’écris mes romans seul, mes scénarios à quatre mains. Concernant le roman, aucune méthode : je pars sur deux ou trois idées ténues, des silhouettes de personnages, des éléments de décor, sans plan, sans idée de la fin, et je me lance pour voir ce que ça donne. Le système oblige évidemment à de fréquents retours en arrière et à un lissage sérieux quand on arrive vers la fin.
Pour le scénario, c’est différent : nous partons généralement d’une idée simple que nous essayons de développer (Exemple : un type se fait retirer son permis de conduire pour excès de vitesse, il se voit obligé de demander à un auto-stoppeur de conduire sa voiture...) Le tout est de déterminer si ça peut tenir 90 minutes. Si les idées fusent dans tous les sens c’est que la piste est bonne. Si ça tourne court, ou qu’on rame, ou qu’on s’ennuie en se le racontant, c’est que l’idée ne tient pas la route. C’est souvent le cas, il faut bien le dire. Il ne sert alors à rien d’insister, il faut trouver autre chose. Ensuite vient une étape construction : les grands mouvements de l’histoire, plus ou moins trois actes, et les rebondissements indispensables à la fin de chacun.
Les personnages sont définis de manière assez simple au départ (un jaloux, un coléreux, un anxieux, par exemple). Ils se construisent et s’étoffent à mesure que le travail avance, à l’aide de mille détails. Voilà à peu près tout ce que je peux dire là -dessus.
Vous parlez cuisine, l’image est juste : la mayonnaise prend ou ne prend pas. Le tout est de s’en rendre compte à temps, quand c’est catastrophique. C’est pourquoi il est agréable et rassurant de travailler à deux.
Pas de fiches ou d’autres gadgets dont on entend parler par les professionnels de l’enseignement du scénario qui sont rarement de bons scénaristes, voire pas du tout scénaristes.
Si j’en juge par le dernier film de Munz et Bitton que j’ai vu ("ah, si j’étais riche"), ils feraient mieux d’aller un peu moins au café et de passer un peu plus de temps devant l’ordinateur.
Jean-Marie David : Comment envisagez-vous votre propre avenir ? Vous qui vivez de votre plume, allez-vous réussir à mener de front votre carrière de scénariste pour la télé / le ciné et votre carrière d’écrivain ? Avec votre talent d’auteur prolifique, allez-vous contacter d’autres éditeurs - à moins que ce ne soient eux qui vous cherchent - pour placer vos manuscrits que la Série noire tarde à publier, écrire sous pseudo ?, rester fidèle à la Série noire ???
Colin Thibert : Pour le moment, je ne me pose aucune de ces questions ! Je travaille, c’est tout. Je verrai bien comment ça se passera.
J’ai un projet pour la "blanche", je contacterai donc la "blanche" en temps voulu.
Quant à la Série Noire, j’envisage de lui rester fidèle. Un c’est dans ma nature, deux j’y suis très bien.
Rien ne m’interdit, en revanche, d’essayer une fois un genre différent, thriller ou autre. Mais pour le moment, ce n’est pas dans mes envies.
Jean-Marie David : On parle pour la télé de "machine à mouliner les auteurs". Thierry Jonquet affirme écrire pour la télé qui lui rapporte 70 % de ses revenus afin d’avoir du temps pour écrire... Est-ce votre cas ? On aurait tendance à croire que vous voulez sortir de la télé...
Colin Thibert : J’aime bien l’expression : ça mouline dur, en effet, et il faut avoir les nerfs très solide et le cuir épais.
Moi, ce n’est pas 70, c’est plutôt 90, voire 99% de mes revenus qu’elle assure, la télé.
Ceci étant, Patrick Raynal a tendance à penser qu’après la publication de "Comme à la télé" (janvier 2004 si tout va bien) je ne travaillerai plus beaucoup pour le petit écran.
Reste le grand.
On verra.
Je sais aussi faire d’autres trucs. La petite maçonnerie, l’électricité, tenir longtemps debout sur une seule jambe...
Jean-Marie David : Thierry Jonquet, pour parler toujours du même auteur, écrit pour extérioriser ses propres angoisses sur des sujets qui lui font peur. Son propos n’est pas de divertir bien qu’il adjoigne à ses textes toujours des notes d’humour (noir). Votre démarche est-elle identique ?
Colin Thibert : Elle est identique mais inverse : j’écris pour divertir, et au passage, j’extériorise, ou plutôt j’exorcise certaines angoisses.
L’humour, même noir, n’est pas ponctuel, chez moi. Il est censé baigner l’ensemble, de la même manière que l’huile baigne le moteur des voitures anglaises.
J’espère que vous en êtes conscient !