"Renaissance italienne" est le nouveau roman d’Eric Laurrent. Son narrateur, abandonné par Clara Stern, l’héroïne de son livre précédent, dont il était éperdûment amoureux, rentre de Florence où il était allé passer une dizaine de jours pensant que "la contemplation des inestimables témoignages de la floraison artistique" apaiserait son chagrin en émoussant insensiblement le souvenir de Clara. Hélas ! A peine avait-il franchi le seuil de son appartement que la douleur s’est réveillée. Alors il va analyser sa vie sentimentale et s’efforcer de trouver les moyens d’éteindre la flamme si vive qui le consume. Il était abattu comme un patient atteint d’une maladie incurable apprenant "que les seuls soins qu’on pourra désormais lui prodiguer ne seront que palliatifs.". Pourtant il n’en était pas à sa première déception amoureuse et, par le passé, il était parvenu à se déprendre plutôt rapidement des femmes qui lui avaient "brisé le coeur.". "L’amnésie comme la mémoire, s’entretient, ..., l’oubli, à l’instar du souvenir, peut être cultivé.". Pour arriver à ses fins, il entreprit de "florentiser" Paris, autrement dit de le changer en une ville étrangère à la jeune femme, et s’imposa de reprendre sa vie de séducteur mais, en matière de choix, il se heurtait à de nombreuses difficultés. Féru d’art, il dresse un parallèle entre les peintures et la vie réelle. Il fréquente de nouveau les soirées mondaines, sans y trouver son compte. Qui plus est, par la rumeur, il apprend que Clara a un nouvel amant, ce qui lui est intolérable. A la mélancolie vague succède le plus extrême épuisement. Pourtant il restait malgré tout un écrivain en puissance et il va se ressaisir. Un ami l’entraîne dans une soirée "hard" : champagne, substances illicites and sexe... Ici, nous retrouvons les évocations artistiques chères à l’auteur, nus féminins du 19ième siècle, thèmes classiques de la peinture occidentale, dont une "Suzanne et les viellards" directement inspirée de la toile de Véronèse... mais "les charmes tarifés" de la très jeune "masseuse polonaise" le "glacèrent" et il parvint à s’extirper de ces ébats. La "pratique du
monde" l’avait conduit à l’exercice de la littérature ; à la suite de ces expériences, un déclic se produit et il trouve le sujet de son nouveau roman.
Tout à la rédaction de son texte et à l’exécution concomittante de travaux de
correction, il passe plus de 9 mois dans une réclusion quasi complète. Enfin, semblable à Lazare dans l’évangile selon St Jean, il ressuscite. Eric Laurrent nous offre un livre original écrit dans une belle langue, travaillée, rythmée, plutôt précieuse, mais qu’il utilise avec art, c’est un esthète, ses phrases souvent longues se déroulent comme une partition musicale et son style est élégant, il affectionne les mots recherchés, il s’amuse à en inventer d’autres qui passent très bien. A l’instar de Christian Oster, il a un faible pour le plus-que-parfait du subjonctif, comme Léopold Senghor, c’est un grammairien accompli. Il pratique souvent l’intertextualité ( cf : "A la recherche du temps perdu", en hommage à Marcel Proust, quand le narrateur reçoit Marceline, une ancienne amante... ). D’une façon générale, les références artistiques, bibliques ou littéraires abondent dans ses livres. Cette "Renaissance italienne" teintée de fantaisie, de légèreté, de poésie, d’humour et de drôlerie, est un roman brillant, culturel, tonique et très agréable à lire.
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