Heredia est un privé fauché, grand buveur, victime d’un chagrin d’amour. Il enquête et déambule dans Santiago, se désole de voir que, déjà, faire du fric est plus important que se rappeler une histoire pourtant très récente, que les anciens ennemis, pro et anti pinochetistes sont capables de se rapprocher s’il y a de l’argent à la clé. Cela ne l’empêche pas d’aimer sa ville : « J’étais dans mon quartier, au milieu de ses habitants. Sur la gauche, je pouvais voir l’enseigne de la Chapellerie Olguin, l’hôtel Bandera et les panneaux voyants du Roi du Poisson Frit. […] au coin, le Toi et Moi, un café proposant un spectacle de danseuses obèses et fatiguées. ». Un ville mélancolique qui convient bien à son humeur : « Santiago revit à chaque pluie et ce samedi après-midi ne faisait pas exception. Il pleuvait au rythme d’un piano mélancolique et une lumière rougeâtre mêmée à la brume de la rue sortait des bars. On aurait dit une ville presque déserte où seuls demeuraient quelques témoins de sa destruction. […] Des gens anonymes. Et, derrière les vitres, Santiago. Ses rues effilochées et la face grise de ses immeubles ». Santiago et ses innombrables bars et restaurants où il fait de nombreuses pauses, en bon privé qui ne crache pas sur un petit verre. Mais à la différence de ses collègues nord-américains qui souvent se saoulent seuls, Heredia se retrouve la plupart du temps avec un ami, accoudé, à refaire le monde : « A minuit, on est allés jusqu’au bar Berlin, à l‘angle d’Yrarrazaval et de Vicuña-Meckenna. Olivos a proposé le coup de l’étrier. Cambell et moi l’avons suivi comme deux mômes alléchés par un paquet de bonbons. »
Ramon Diaz-Eterovic, Les sept fils de Simenon (Los siete hijos de Simenon, 2000), Métailié, 2001.