Direction l’Iran et sa capitale Téhéran où Naïri Nahapétian nous propose un voyage noir au pays de la Révolution Islamique.
Mais, avant tout, je me suis demandé dans quelle catégorie classer ce très bon roman. L’auteur a quitté son pays natal à l’âge de 9 ans, s’exprime ici en français (langue du pays où elle vit) et est issue de l’importante communauté arménienne d’Iran... Bref, pas évident....
Narek Djamshid, jeune homme ayant vécu en France depuis sa toute prime enfance, se rend, à la veille des élections de 2005, dans le pays de ses parents afin de percer le mystère de la disparition de sa mère dont il n’a plus que de vagues souvenirs, son père observant le plus grand mutisme sur la question. Il est hébergé chez sa tante, Arménienne qui est bien décidée à prendre soin de lui pendant son séjour.
Afin de comprendre ce qui a pu arriver à sa mère il y a plus de vingt ans, il est reçu par Leïla Tabihi, figure politique nationale qui, si elle revendique haut et fort le droit des femmes et remue ciel et terre pour se présenter aux prochaines élections présidentielles, entend demeurer voilée.
Cette dernière, dont on comprendra à la fin qu’elle connaît les circonstances de la disparition de la mère de Narek, doit se rendre au ministère de la Justice où elle a obtenu un entretien avec l’Ayatollah Kanuni, un radical et conservateur mollah, pourtant ennemi idéologique de sa famille,
Qu’importe, elle a promis à Mirza Mozaffar, un ami de longue date et ancien ministre de l’économie du premier gouvernement de la Révolution, dont le jeune beau-frère semble avoir « disparu » dans les geôles du pouvoir, de demander audience au redoutable dignitaire religieux.
Narek accompagne la vieille amie de ses parents et attend la fin de son entretien avec Kanuni. Las, les gardiens de la Révolution font irruption dans les lieux, ceinturent Narek et le « mettent au frais ».
En effet, Kanuni gît assassiné dans son bureau, Leïla se tenant près de son corps.
Cette dernière, très vite disculpée, entend tout faire pour qu’on relâche un individu qui, s’il est considéré ici comme Iranien, n’en demeure pas moins un citoyen français. Elle obtient, grâce à ses relations privilégiés avec des gens importants du régime, rapidement la libération de Narek.
A partir de ce moment, et sans dévoiler l’essentiel de l’intrigue, la jeune écrivain(e) nous entraîne dans une double quête : celle de l’assassin de Kanuni et celle de la disparition de la mère du jeune franco-arméno-iranien (ouf !!!).
Evidemment, le lecteur ne va alors s’intéresser que partiellement à l’ayatollah... mais il découvrira d’autres cadavres dans les placards, enfermés depuis longtemps pour certains, comme il remontera le fil de l’Histoire iranienne récente.
Ainsi, les personnages comme les situations vont se multiplier, formant un véritable canevas permettant à l’écrivain(e) d’élargir son propos afin de composer un roman qui relègue bien vite l’intrigue politcière à l’arrière-plan.
Nous n’irons pas jusqu’à dire que l’assassinat d’un haut personnage de l’Etat, craint par tous, haï par beaucoup, ne sert ici que de prétexte mais l’intérêt du livre réside surtout dans le fait qu’il nous donne à voir un pays bien inconnu de nous (à part à travers les clichés que veulent en donner les médias).
Par exemple, qui savait qu’il existait des « féministes islamistes », telle Leïla, qui portent à la fois le Hedjab et exigent l’égalité des droits ?
De même, le fait de choisir un « déraciné » comme Narek et d’en faire l’un des personnages principaux du roman permet d’introduire des épisodes étonnants où l’on côtoie les étudiants iraniens qui ressemblent plus qu’à s’y méprendre à des jeunes Occidentaux, ne serait-ce que dans leurs préoccupations quotidiennes : sex, and drugs and rock and roll, pour résumer grossièrement.(...)
Voir en ligne : Qui a tué l’ayatollah Kanuni ?
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