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Enquête sur les lecteurs de roman policier nordique




Je vous arrête tout de suite. Ne vous attendez pas à lire une enquête sociologique sur un type de lecteur qui aurait pour caractéristique un goût immodéré de l’aquavit. Cette synthèse des réponses à un questionnaire mis en ligne sur Bibliosurf est une simple tentative de transmission d’une addiction au polar nordique et éventuellement seulement une étude sérieuse sur un phénomène éditorial.

Fin août 2007, en une semaine à peine, 24 lecteurs ont répondu au questionnaire intitulé "Pourriez-vous nous dire en quelques mots pourquoi vous appréciez autant le roman policier nordique ? " Devinez qui ? A 65 % des femmes avec une forte représentation des 40 à 50 ans. Mais oublions les statistiques qui n’intéressent personne. Entrons dans le vif du sujet. A la question « Pourquoi le polar nordique ? », un lecteur n’y va pas quatre chemins : « vu la faiblesse de la production hexagonale l’amateur de polar a du trop souvent se rabattre sur la production anglo-saxonne et le polar nordique apporte une touche d’originalité. Avouons le : le lecteur basique a souvent tendance à aller ou la critique et le business lui disent aller (ce qui n’est pas forcement un mauvais choix !) »

Après avoir eu ma période Henning Mankell...

Jo Nesbo et Arnaldur Indridason sont aujourd’hui les chouchous des lecteurs. « Tout est bon chez Nesbo. » « Mon auteur favori est Arnaldur Indridason. La qualité de ses intrigues, son imagination débordante, la richesse de ses personnages et l’atmosphère de ses romans sont pour moi des gages de qualité, des moments de lecture fascinants et, j’ai toujours hâte de voir son prochain roman publié. »

Vu la profusion, il est assez difficile de choisir un auteur favori. Un lecteur déclare même ne pas avoir d’auteur favori, pas d’exclusivité. Souvent cité, Henning Mankell est l’auteur qui a ouvert la porte : « après avoir eu ma période Henning Mankell »... Gunnar Staalesen a de vrais fans : « je lui trouve un petit air de Kirk Douglas ! ». Stieg Larsson, malheureusement trop vite disparu, a vraisemblablement impressionné de nombreux lecteurs avec sa trilogie Millenium « pour la qualité de l’intrigue égale aux premiers Mankell ».

A la question « que lui trouvez-vous à cet auteur ? », les lecteurs répondent qu’ils apprécient par exemple chez Jo Nesbo aussi bien « les personnages passionnants, la variété des lieux et des intrigues, les constructions au suspense parfait. »

Une vérité criante mais ignorée

Le lecteur français serait-il un citoyen d’une société en mal de repère qui cherche à assouvir sa peine en lisant le roman critique de l’idéale social-démocratie scandinave ? Ou cherche-t-il simplement « des ressemblances avec ce qui se passe chez nous et en même temps des différences ? »

Arnaldur Indridason révèle « une vérité criante mais ignorée » d’une l’Islande idéalisée qui « finalement n’est ni mieux, ni pire, qu’ailleurs ». « J’aime bien cette autre vision de la Suède par Henning Mankell, moins idéaliste que ce qu’il y a dans les médias. » En fait, les lecteurs apprécient des auteurs qui excellent « dans la description d’une société société vieillissante confrontée à des ruptures culturelles dont personne ne reste indemne. »

Une analyse de l’âme humaine dans ses recoins les plus sombres

Le roman policier nordique est noir. Ce sont des « ouvrages qui dérangent, questionnent », et les lecteurs en redemandent. « Noirceur, noirceur, noirceur... », « je préfère les histoires sordides du finlandais : Matti Yrjänä Joensuu avec l’inspecteur Timo Harjunpää qui me rappelle un Pepe Cavalho (côté sordide) ». En fait, le noir serait le révélateur de « l’humanité de l’antihéros », « une analyse de l’âme humaine dans ses recoins les plus sombres. » Car les lecteurs insistent sur la « dimension humaine du roman policier, celle qui permet de comprendre des hommes, un pays... », apprécient « le positionnement et le cadrage humaniste de l’anti héros ».

On a plaisir à les retrouver tout au long des séries

Le roman policier nordique fonctionne sur le mode de la série et des personnages récurrents à la psychologie très fouillée. « La psychologie des personnages n’est ni manichéenne ni caricaturale. » « Les personnages récurrents sont en général attachants et on a plaisir à les retrouver tout au long des séries. » « J’aime bien les suivre dans leur pérégrination. » Les lecteurs reconnaissent un vrai savoir faire dans la fabrique des personnages : « ils ont le chic pour créer des personnages complexes et attachants que l’on a envie de retrouver de livre en livre. »

Toujours la même musique : on apprécie Wallander dont on suit le parcours chaotique au fil des enquêtes parce qu’ « il est humain avant d’être flic », « la relation qu’il a avec sa fille, ses collègues de travail, le regard humaniste qu’il porte sur ses compatriotes, son bon sens, ses choix politiques ». « D’ailleurs les autres héros récurrents nordiques ont aussi leur vie privée et leur vision de la société qui est très intéressante. » Exemple : un lecteur distingue « Erlandur pour son attitude conciliante et désabusée mais aussi pour sa prédisposition au renoncement dans sa vie personnelle, sa capacité à l’amour filial... et son lot de contradictions.

Il n’y a qu’un lecteur qui réfrène son enthousiasme et constate « une usure du personnage Kurt Wallander au fil des romans », en modérant immédiatement son propos « seul reproche à mon avis que l’on peut faire à la série ».

Complexité et originalité aussi. Une lectrice met en relief chez Indridason « un rapport nouveau entre les personnages, c’est à dire le rapport des islandais à des représentants de la loi qui n’imposent certainement pas leur fonction aux protagonistes..., un comportement complètement inédit, surtout dans le cadre du roman policier ».

Il faut bien sûr que le personnage récurrent soit sympathique : « il doit s’attacher à la recherche de la vérité » ; « il doit avoir un minimum d’humanité » ; « les failles (l’alcoolisme) peuvent le rendre attachant ». « Je les apprécie chacun pour des qualités différentes : l’empathie, la noirceur, le désespoir, la solitude, la détermination, l’entêtement, etc... Et on aime « encore et toujours » le personnage mélancolique et rebelle, particulièrement Harry Hole et « bien sûr !! », Varg Veum. « C’est le énième privé blasé qui se fait tabasser à tours de bras, et pourtant ça fonctionne très bien. » « Tel Humphrey Bogart , il attend qu’une blonde avec mouchoir sur la bouche et voilette entre dans son bureau. Désabusé, il se moque du temps. »

On s’identifie « facilement » et « naturellement » au personnage « parce qu’ils font si vrais. Même, on n’hésite pas aller plus loin dans l’interprétation tellement on aime : « Jo Nesbo semble avoir mis beaucoup de lui dans son personnage ».

Ils racontent toujours des histoires qui s’ancrent dans la réalité

Les lecteurs reconnaissent à tous les auteurs nordiques « un vrai talent de conteurs ». « Ils racontent toujours des histoires qui s’ancrent dans la réalité ».Ils apprécient : « les dénouements toujours très réussis de Karin Fossum » ; « les enquêteurs hors normes et complexes » de Stieg Larsson ; « les intrigues, hyper bien ficelées, qui tiennent en haleine jusqu’à la dernière page » de Nesbo.

Gunnar Staalesen se démarque de ce mode de récit prenant en privilégiant « l’ambiance, le regard, l’humour ». « Il y a une vraie filiation avec Chandler ».

L’écriture est chez « Staffan Westerlund, Indridason et bien d’autres... limpide, incisive ». « Elle donne l’impression d’un grand calme dans un corps nerveux ». La cinquième femme de Mankell, Rouge-gorge de Nesbo, La Femme en vert d’ Indridason , et la trilogie Millenium de Larsson sont les romans les plus cités.

L’amateur lit du polar nordique pour se dépayser, « pour la neige et la lumière (ou l’absence de lumière) du grand nord », pour les contrastes entre les « paysages fabuleux » et les décors austères : même si « c’est dur, maussade, poisseux », Staalesen nous fait aimer « sa bonne vieille ville de Bergen ».

L’amateur apprécie la richesse des thémes abordées, « le côté nostalgique et prégnant des souvenirs d’enfance », le caractère bien rendu « des malentendus générationnels » chez Mankell, « la façon parfaite de faire intervenir le passé trouble de la Norvège dans une intrigue présente chez Nesbo. » et « le point de vue à la fois historique de Staalesen (la série commence au début des 70 ’s) sociologique (évolution du pays depuis ces 70 ’s) », et le « regard aigu sur des sociétés parfaites et très encadrées ».

L’amateur avoue avoir vécu « quelques nuits blanches car ils ne pouvaient se décider à lâcher leur livre ». Certes, « il dévore mais ensuite redéguste doucement... »

Et vous le roman policier vous « pogne-il aux tripes » ?

Pour en savoir +, consultez le dossier roman policier nordique




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