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Pas facile de trouver un moment pour interviewer Dennis Lehane à Frontignan, ce week-end. Malgré son évidente gentillesse, l’écrivain vedette du festival sait aussi se préserver.
Nombreux étaient ceux qui désiraient échanger quelques mots avec lui. La cuvée 2007 du FIRN avait attiré une audience conséquente. Comme dans ses romans, Lehane a une langue fluide et rapide. J’ai essayé d’être le plus fidèle possible en retranscrivant de mémoire les paroles échangées. Mais je ne suis pas un angliciste professionnel…
QQ.Lapra : A la fin de « Gone, Baby, Gone », vous laissez le lecteur devant deux points de vue dramatiques opposĂ©s.
Dennis Lehane : Bien sûr. Je parle d’un sujet complexe et n’ai pas de leçon à donner. C’est à vous de réfléchir, mon travail consiste juste à poser les questions.
QQ : Cette position est-elle une conséquence de votre expérience d’éducateur spécialisé ?
DL : Certainement. Je veux écrire sur mon quartier. Je le connais. En ce sens, mes précédentes activités me sont une aide indispensable.
QQ : La conclusion de ce roman ne perturbe-t-elle pas le lecteur de roman noir américain, habitué à des dénouements plus… définitifs ?
DL : Je ne le pense pas. Encore une fois, je considère que l’écrivain doit savoir proposer les bonnes interrogations. Le reste vous appartient (sourire). Ce sont les hommes politiques qui donnent les solutions.
QQ : A votre avis, ils y arrivent ?
DL : …(Sourire).
QQ : Que pensez-vous de l’adaptation faite par Eastwood de « Mystic River » ?
DL : Elle est très bonne.
QQ : Eastwood, comme dans beaucoup d’autres de ses films, s’intéresse particulièrement à la problématique de la paternité. C’est sans doute ce qui lui a plu dans votre roman… Qui est votre père ?
DL : (Avec un grand mouvement de bras circulaire). Mon père est un homme merveilleux.
QQ : Que fait-il ?
DL : Il est conducteur de poids-lourds chez SEARS.
QQ : Lehane, c’est irlandais, bien sûr ?
DL : Evidemment.
QQ : D’où Patrick Kenzie.
DL : Il y a pas mal de moi en lui, oui.
QQ : Savez-vous qu’un certain nombre de vos lecteurs est encore persuadĂ© que le flic de « Shutter Island » est vĂ©ritablement victime d’une machination ?
DL : (Avec un sourire encore plus appuyé). Je n’ai pas d’avis sur la question. C’est au lecteur de juger.
QQ : Mais quand même, vous nous laissez suffisamment de pistes…
DL : C’est vous qui le dites. Moi je ne sais rien.
QQ : Ce roman tranche un peu sur le reste de votre production. Pour cet exercice Ă risque, il faut une construction sans faille. Combien de temps cela vous a-t-il prit pour concevoir « Shutter Island » ?
DL : Une nuit.
QQ : Peut-on voir dans ce roman une métaphore ? Un certain nombre d’écrivains déclarent, soi-disant en plaisantant, se servir de leur tendance paranoïaque pour écrire. Vous sentes vous paranoïaque lorsque vous écrivez ?
DL : Absolument pas. Mais vraiment pas. Quand j’écris, je me considère juste comme un écrivain.