Lors du choix des romans à chroniquer, avec Marc, nous avons décidé d’y inclure un Tarpon. Ma mémoire, un peu faiblissante me jouant des tours, lorsque nous avons choisi “ Que d’os ! ”, j’ai répondu pourquoi pas.
Pour être tout à fait franc, ce roman n’est pas à classer dans le panthéon des meilleurs polars. Comme quoi avec le temps, il y a des machins qui rouillent un peu.
L’argument est assez embrouillé, comme dans un roman de Chandler. D’ailleurs visiblement, le premier chapitre affiche la couleur, il y a du pastiche dans l’air, un petit clin d’œil au grand Ray pour se faire plaisir.
Eugène Tarpon, ancien gendarme est maintenant détective privé. Alors qu’il surveille un apprenti pharmacien que son patron soupçonne de taper dans la caisse, il est chargé de retrouver une jeune aveugle disparue dans des conditions mystérieuses. Les deux affaires bien sûr se recouperont et Tarpon, prenant plus de coups qu’il n’en faut, aidé par une journaliste pulpeuse et un ancien déporté alcoolique démantèlera un réseau de trafiquants de drogue camouflé en secte pour bobos de l’époque.
Contrairement aux autres romans, Manchette s’essaye à la construction policière classique, en utilisant les outils. Le travail stylistique est ici, à mon sens bien léger et l’histoire parfaitement invraisemblable, les personnages, toujours aussi clichés mais, cette fois non portés par une envie esthétique, absolument inconsistants. Les marionnettes fonctionnent par leur “ non-être ” dans la dérision de Manchette mais pas dans une histoire classique.
Ce que je vais écrire maintenant va peut-être en exaspérer un grand nombre mais cela tendrait à prouver que si Manchette est un écrivain, ce n’est certainement pas un écrivain de polar, tant il a du mal avec la construction. Ca n’a pas une grande importance, ce n’est pas pour cela qu’on l’aime.
La partie la plus intéressante du livre est celle qui traite des décors. Manchette est assez bon pour décrire les intérieurs de l’époque, pour évoquer par la même occasion les disques de jazz qu’il apprécie. Mais c’est trop peu pour que l’on soit satisfait.
On peut donc facilement laisser Tarpon là où il est et l’oublier rapidement.
Répondre à ce message