En cette période de l’année où on file inexorablement vers l’hiver, comme nous le rappellent la pluie, les feuilles mortes se transformant en gadoue immonde, les nuits plus longues que les jours, rien de tel qu’un roman comme Poussière tu seras de l’Irlandais Sam Millar pour coller à cette ambiance de requiem de décennie.
Rien de tel, enfin, pas sûr car, pour plomber un peu plus une atmosphère des plus moroses, ce roman noir est tout à fait ce qu’il faut.
Si on est donc un peu trop sensible à la "dépression saisonnière", il vaudrait mieux en reporter la lecture à un autre moment. D’autant que l’auteur nord-irlandais ne met pas longtemps à lancer son intrigue, ni à planter son décor, ni à préciser l’atmosphère de l’histoire dans laquelle il nous entraîne. Quelques courts paragraphes du premier chapitre y suffisent...
Adrian Calvert, adolescent renfermé depuis la mort accidentelle de sa mère , préfère aller se promener dans une forêt près de Belfast plutôt que d’assister aux cours à son lycée. Il découvre un os dont, très vite, il a la certitude qu’il ne peut être qu’humain. Il ramène sa trouvaille chez lui, la cache dans sa chambre et n’en dit rien à son père Jack, ancien flic qui noie son chagrin dans le whiskey et qui essaie, tant bien que mal, de se reconstruire en s’adonnant frénétiquement à la peinture, soutenu dans son entreprise par Sarah, sa maîtresse et galeriste, qui croit sincèrement en leur histoire et à son talent. Une reconstruction difficile pour Jack qui dissimule, outre sa relation amoureuse, une horrible vérité à Adrian.
Le jeune garçon, dont la curiosité est de plus en plus piquée par son étrange découverte, décide de percer le mystère de cet os, se rend à nouveau sur les lieux où il l’a trouvé et met la main (si on peut dire) sur un nouvel élément : une poupée qui s’avèrera avoir appartenu à une fillette disparue trois ans auparavant...
Pendant ce temps, le barbier Jeremiah Grazier est de plus en tendu : sa relation avec Judith, sa femme camée jusqu’au dernier degré et psychotique, devient de plus en plus difficile. Elle ne renonce aucunement à sa quête de paradis artificiels et astreint son mari à des rituels sadiques qu’il continue à accepter, comme s’il cherchait une forme d’expiation.
Une tendance à la passion, au sens christique du terme, que ne partage aucunement son collègue Jo Harris, pourtant durement touché par la mort de sa propre femme, ni Benson, flic plutôt débonnaire, ex-collègue et meilleur ami de Jack. Deux personnages qui, s’ils ne sont pas aussi positifs qu’ils veulent bien le montrer, n’ont néanmoins pas tendance à tendre l’autre joue aux claques de la vie.
Au même moment, un vieux clochard fait une découverte macabre dans les sous-sols d’un ancien orphelinat abandonné : les restes, atrocement mutilé, d’un être qui a dû mourir dans d’horribles souffrances.
Prévenu de cette nouvelle par Benson, Jack va vite avoir des problèmes d’ordre plus personnels : Adrian disparaît suite à une dispute dont je me garderai bien de révéler la teneur.
L’ex-flic va alors s’évertuer à retrouver sa progéniture fragile, bientôt réaliser que les choses comme les personnages sont liés, que les fils les unissant figurent une toile d’araignée mortelle. Façon veuve noire...
Avec un roman dont les deux parties s’intitulent "Hiver" et "Printemps" (je vous laisse deviner la plus longue...), découpé en 44 chapitres, ramassés ou plus développés, tous précédés d’une citation d’auteur éclairante, Millar nous assène une véritable baffe dans la gueule, un violent coup de poing dans l’estomac ou un grand coup de pied là où ça fait mal. On a des difficultés à choisir l’expression idoine.
Peu de temps morts, aucune respiration tout au long d’une histoire étouffante, oppressante, dont on sent que la prochaine étape va nous entraîner encore plus dans les profondeurs d’un abîme qui ne laissera remonter que très peu d’acteurs, consentants ou involontaires, à la surface. Et encore : les survivants s’en sortiront amochés pour toujours.(...)
Voir en ligne : poussière tu seras
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