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envoyer par mail à un amipublié sur Mauvais genres en mars 2003
Difficile, en fait, de faire le portrait d’un ami. Qu’il soit d’enfance, de régiment, de longue date, de beuverie, de l’avant-veille ou de demain, d’ici, de là -bas ou de nulle part, cet être humain dont on vous a demandé de parler se présente devant vous avec tous les caractères de l’affectation.
Donc, vous pensez soudain : " Ce mec est un salaud, comment veut-il que je parle de lui maintenant que je le connais ! ". Se met en place alors, dans le meilleur des cas, un exercice mental de désaffectation à la fin duquel on s’aperçoit qu’on ne connaît jamais qui que ce soit ( y compris soi-même, ou alors quelquefois, au moment d’envisager la question du suicide).
Ainsi, je revois Lilian, tout sourire, se levant à la fin du repas pour tailler la route entre Bergerac et Sète me lançant sur la table, entre le café et les petits morceaux de sucre : " Bernard me demande un portrait pour la rencontre sur Mauvais Genres... Tu peux le faire ? ".
Un truc que je pensais régler en quelques heures, le temps de vider une bouteille de whisky et que je laisse en suspends depuis plusieurs semaines. Je ne suis pas un professionnel de l’écriture, faut être indulgent.
De Lilian, afin de le définir pour un lecteur inconnu, je dirais simplement que la première image qu’il donne de lui-même est assez lumineuse. Une clarté simple et rassurante. Il y a ça dans son physique, dans son regard et dans cette manière de prendre le temps de prendre le temps, avec des gestes qui font sens. Bien sur, ce serait facile d’en rester là et, comme chacun de nous, il doit bien avoir, au milieu de la quarantaine, un certain nombre de cadavres dans ses placards, un bon paquet d’amertume sur la langue et pas mal de désillusions dans un coin de sa tête. Mais bon...
Lilian, son dernier roman " Le Rire d’Olga " le confirme, est un amoureux de la vie. Un sensuel avec le risque que cela comporte, celui de l’ivresse qui n’est rien d’autre, bien souvent, qu’une petite mort. La mort, quand on la craint, on se la fait petite, c’est mieux. D’ailleurs, Lilian, dans ton roman, il n’y a même pas de crime. N’aimerais-tu pas la violence ? Hahaha.
Il semblerait pourtant que par les temps qui courent, elle soit devenu (politique ou militaire) la tentative de simplification à la mode. Tu as sans doute des choses à dire sur la question.
Mais je m’aperçois que le " tu " reviens. Le processus de désaffectation est malheureusement bien éphémère. Ce qui veut dire qu’il est grand temps que je me taise.
A bientôt donc, le temps d’une autre histoire, d’un autre verre partagé en regardant la Méditerranée qui est, certes une mer nourricière mais à laquelle il manque quand même un peu de vagues pour qu’on la prenne au sérieux.