Petits pains au chocolat, est un premier roman écrit, selon la quatrième de couverture, par une jeune Toulousaine de 18 ans.
J’ai retrouvé, chez mon libraire de quartier, toujours un bon conseil pour découvrir ces nouveaux textes, ou des nouvelles maisons d’édition plus confidentielles (ici, Stéphane Million Editeur) mais qui méritent le détour.
Il y a peut-être ces premières maladresses, par ci, par là , qu’on retrouve souvent chez les débutants, mais j’ai trouvé dans ce livre, une voix très particulière. Et ce qui touche dans ce roman, ce n’est pas tant l’histoire (une adolescente confronté au mal de vivre, parachutée dans un Paris terrifiant et ensoleillé, une histoire d’amour complexe, des personnages secondaires sur le vif…) mais bien l’écriture. Le style fait preuve d’une grande maturité, loin des premiers textes typiquement niaiseux, ces Petits pains présentent un charme indéniable, où la poésie se mêle parfaitement au souffle romanesque. J’ai été touché par cette « voix », Roxane Duru maîtrise les mots avec un certain talent pour nous plonger dans des écrits intimes, rageurs et touchants.
Il y a des phrases ainsi, où l’on peut s’identifier à l’héroïne « J’avais anéanti le matin », ou encore des fulgurances très belles, comme le chapitre « Vers la mer » : « Des bougainvilliers déborderont contre des murs gerbant l’été. Le matin, tu ouvriras la porte, une grande baie vitrée à deux battants, et puis tu tâtonneras les grains de sable. En marchant encore un peu, tu verras une crique sur la droite, un sillon creux, exactement comme la courbe de tes reins, et un rocher au cul énorme. Sur ce rocher, enfant, j’avais l’habitude de m’asseoir des heures, et de balancer des galets dans les vagues. […] »
La forme du roman (sous forme de blog) peut dérouter au départ, mais elle est originale, offrant à la lecture des contre-points. On retiendra que Roxane Duru sait décrire ces petites choses, les souvenirs d’enfance et les après-midis tristes des adolescents, la découverte d’une ville dans laquelle Lou, l’héroïne se perd toute entière, les traversées amoureuses qui ressemblent à des naufrages, décrivant les amants de passage comme des « pantins mous qui déposent des crabes sur son sexe » et la passion amoureuse comme un otage du corps.
Dans ce roman, sous les frémissements d’une histoire d’amour, Paris devient une ville en guerre, à corps et à sang, où les deux amants terribles s’entrainent dans une relation de domination : personne n’en reste indemne, ni la jeune fille Lou, ni l’écrivain arrogant qu’il la rejette, ni le lecteur qui se laisse imperceptiblement embarqué dans un roman plus maîtrisé qu’il n’en a l’air. Je retiens donc ce premier coup d’essai de cette très jeune auteure, en attendant son prochain roman, espérant y retrouver son très joli univers.
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