Julie, une jeune femme traitée dans un institut psychiatrique suite à son passé de “ délinquante juvénile ” (selon la dénomination de l’époque, nous sommes en 1972) est engagée par un architecte mécène, Hartog, afin de prendre soin de son neveu, Peter.
Depuis la mort de son frère et de sa belle sœur dans un accident d’avion, Hartog en est le tuteur et le gestionnaire de la fortune fraternelle. C’est apparemment quelqu’un qui “ fait le bien comme un fou ” (dixit son chauffeur).
Le lendemain de sa prise de fonction Julie et Peter sont enlevés au jardin du Luxembourg par un couple de truands aux ordres d’un tueur à gage nommé Thompson qui lui même est aux ordres d’un commanditaire mystérieux.
Julie découvre que derrière un kidnapping crapuleux pour lequel on veut lui faire porter le chapeau, se cache plus simplement une tentative de meurtre organisé. Elle réussit à déjouer les plans des truands, à s’enfuir avec l’enfant et n’aura de cesse de retrouver Hartog, qu’elle suppose retiré dans une “ folie ” d’architecte, la Tour Maure, isolée dans le vercors.
C’est là que dérouleront dans le sang les fils de l’intrigue.
L’intrigue, c’est une constante dans l’œuvre de Manchette est assez simple. Il faut d’emblée replacer le roman dans son contexte pour s’apercevoir dans quelle mesure Manchette est novateur. Nous sommes en 72. Tournant le dos à des dizaines d’années de romans à clé, il nous emmène dans un road-movie sanglant. Le seul intérêt du récit étant son esthétique, sa musique, la vitesse avec laquelle il avance et la façon qu’il a de le faire. En fait, son style car si l’on doit retenir une chose de Manchette, plus que son apport social ou son rôle dans la naissance du “ Neo-Polar ”, c’est bien le style.
L’histoire à la construction minime et quelquefois peu vraisemblable n’est qu’un prétexte. Juste un support qui permet à l’auteur d’effectuer sa tentative littéraire. Rendre hommage aux écrivains du “ Hard-Boiled ” qu’il apprécie, introduire une forme de violence inusitée dans le roman à cette époque qui serait un écho à la violence perçue des systèmes politiques, et surtout s’éloigner du traitement psychologique habituel des personnages. Les différents acteurs sont définis par leurs actes et leur aspect extérieur. C’est le clin d’œil fait à Hammett en passant par l’esthétique du nouveau roman français (pourquoi donc une histoire, seule l’écriture compte).
On trouve là ce qu’on va trouver dans les autres livres. Les truands sont stupides, certains, plus efficaces souffrent toujours d’un handicap (dans celui-ci, Thompson se perfore un ulcère gastrique), les motivations de la bourgeoisie sont absurdes et la confrontation avec elle ne peut être que violente. A part ça la société française post soixante-huit se vautre dans la consommation et la vacuité de la pensée.
Le roman refermé, il n’en reste qu’une série d’images plus ou moins violentes, de sensations plus ou moins prégnantes. Derrière son aspect volontairement volatile, se dessine vaguement un début de questionnement. C’est sans aucun doute le propos de l’auteur.
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