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J’aime les livres qui décrivent un milieu, donc dans le genre noir plutôt que intrigue complexe que je ne suis pas assez attentivement et dont je reste spectateur (lecteur) passif. J’aime les extrêmes, l’inhabituel.
Photographie de Régine Lemeur
Pourriez-nous vous en dire en quelques mots quelles ont été vos activités aux éditions Actes sud avant de créer Actes noirs ?
En 1984, traducteur et conseiller pour plusieurs éditeurs, j’ai démarré un domaine scandinave chez Actes Sud. Un des premiers titres parus – Betshabée de Torgny Lindgren - a remporté le Fémina étranger, cela m’a certainement aidé à avoir carte blanche. Le domaine scandinave compte actuellement plus de 120 titres. En 1988, lassés de m’entendre raconter mes voyages, mes amis d’Actes Sud m’ont poussé à démarrer une série de récits de voyages. Un des premiers titres fut Méharées de Théodore Monod, là encore, reconnaissance et plus de cent titres actuellement dans la série Terres d’Aventure devenue Aventure. Puis ce fut la série Antipodes, proposant des auteurs du Pacifique Sud : australiens, néo-zéalandais, écrivains des îles…
J’ai par ailleurs supervisé, édité et modelé des livres hors série, illustrés : Karen Blixen, Le grand rêve saharien, Africa trek etc…
Quel polar aimez-vous ? Quels sont les auteurs que vous avez envie de publier ? Existe-t-il un lien entre les écritures de Cornelia Read, Tony Bellotto et Stieg Larsson ?
J’aime les livres qui décrivent un milieu, donc dans le genre noir plutôt que intrigue complexe que je ne suis pas assez attentivement et dont je reste spectateur (lecteur) passif. Aucun rapport entre les titres mentionnés dans la question. J’aime les extrêmes, l’inhabituel. Cela dit, en tant qu’éditeur qui sait qu’il faut avoir un peu de tout pour faire une série.
Comment en êtes-vous venu à traduire et éditer la trilogie de Stieg Larsson ?
Depuis trente cinq ans en contact avec la Scandinavie, comme traducteur et éditeur ensuite, je suis bien sûr informé, par plusieurs sources, de ce qui se passe dans l’édition. Pourtant, comme je ne publiais pas encore de polars, j’avais oublié de regarder ce que pouvait être la série Millénium. Une bonne amie en Suède m’a heureusement secoué les puces alors que les autres éditeurs français étaient informés depuis trois mois. Inutile d’ajouter que j’ai flashé immédiatement.
Restait ensuite à trouver une collection pour ce livre. D’autres polars étaient en attente chez Actes Sud. Décision fut prise de lancer Actes Noirs, dont j’allais prendre la responsabilité, compte tenu de mes anciens et lointains contacts avec des éditeurs et agents d’un peu partout dans le monde.
A votre avis qu’est-ce qui caractérise l’écriture de Stieg Larsson ? Pourquoi est-ce si prenant ?
Stieg Larsson sait embarquer un moment avec un personnage et sauter vers un autre avant qu’on ne se lasse et au moment où on voudrait savoir. Ce n’est peut-être pas nouveau, mais il maîtrise à merveille. Plus fort, je pense, cette manière qu’il a d’embarquer sur une piste d’ordre général, puis brusquement de ramener celle-ci sur un personnage, puis brusquement encore de faire que le lecteur se sente dans la peau de ce personnage, donc brusquement concerné, inquiet, nerveux…
Une fois terminé la trilogie, le manque est déjà là ... et lecteur, on n’a qu’une question en tête : Stieg Larsson a-t-il écrit d’autres romans ?
Les bruits courent. On dit en Suède qu’il existe dans l’ordinateur de Stieg Larsson un manuscrit prêt, mais il y a conflit sur la succession… Toujours est-il que Stieg Larsson prévoyait une série en DIX volumes, mais que le III boucle relativement bien l’histoire tenue depuis le I. Et puis, la mort de Stieg Larsson, permettra au moins à Lisbeth d’avoir la paix, quelque part.
Vous revenez d’un voyage en Norvège. Avez-vous rapporté d’autres romans des contrées du nord dans votre cartable ?
Je n’avais pas de cartable, mais un sac à dos et de grosses chaussures, pour fouler le sol du Svalbard et du Finmark. Et j’étais en compagnie d’autres écrivains, invités par les Norvégiens, nous étions, dans l’autre sens, objet de leurs sympathique et généreuse attention.