Jacques Lafleur est en pleine déprime, mais elle ne va plus durer, il se fait égorger dans le jardin de sa sœur d’un coup de sécateur. Sa sœur,
Jeanne, a complètement sombré, impossible de lui tirer un mot. Son frère Pierre, spécialiste de serpents et sa belle sœur Valérie ne savent pas
expliquer sa déprime, sauf peut-être par sa présence, il y a un an, le 21 septembre 2001 sur la rocade toulousaine, juste au moment où AZF explosait.
Alors Félix Dutrey patauge, même s’il est certain que tout ça est une affaire de famille. Mais il y a autre chose qui perturbe Félix : le retour de
Magali Lopez, qui revient à peine d’un très long congé de maladie, à la suite de la dernière enquête qu’ils avaient menée ensemble, lors que laquelle
elle avait été très gravement brûlée (voir "mourir n’est peut-être pas la pire des choses"), et Félix ne peut s’empêcher de se sentir responsable.
Puis il y a Rémi, jeune un peu perturbé, coincé entre un père ivrogne et brutal et une mère qui encaisse. Rémi qui trie les ordure, et trouve un
trésor, un carton plein de journaux intimes, ceux de Jacques Lafleur, un Jacques d’avant 2001, qui le fait rêver, et dont ensuite il épouse le désir
de vengeance. Autant de destins qui vont se croiser, s’emmêler, jusqu’au drame.
Le roman précédent de Pascal amorçait un tournant dans son œuvre, ne serait-ce que par son passage au grand format de Rivages Thriller. Ce tournant
est ici confirmé, et accentué. On retrouve toutes les qualités du précédent roman, et elles sont renforcées : épaisseur des personnages, fluidité de
la construction polyphonique qui apporte une très grande richesse de points de vue au récit, passage d’un style à l’autre suivant les types de récit
(interrogatoire, extraits de journal intime, récit classique), parfaitement maîtrisé, montée impeccable du suspense. Il apporte ainsi une touche
supplémentaire à sa peinture de Toulouse, avec le portrait de nouveaux quartiers, et surtout le constat tout en finesse et en émotion des effets
dévastateurs de l’explosion du 21 septembre. Il enrichit un bestiaire déjà étonnant, et nous offre en prime de superbes pages sur la montagne. Pour
finir, comme Harvey, Mankell ou McBain, il construit peu à peu une "famille" : Félix Dutrey bien sûr, mais également ceux qui travaillent avec lui,
Marc, Magali, le remplaçant du bon Mousplède … Ils gagnent en épaisseur, évoluent, aiment, doutent, souffrent, s’engueulent … Et il nous tarde déjà de
les retrouver, en espérant faire un bon bout de route avec eux.
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