Thomas H. Cook n’est pas un nouveau venu car cela fait maintenant 28 ans que son premier roman a été publié en français.
Cette notoriété, et ce succès, font que nous n’attendons jamais trop longtemps entre les sorties U.S et leur traduction.
Voilà donc, deux ans à peine après sa parution originale, que Les liens du sang arrivent en France.
David Sears, la jeune quarantaine, est interrogé par Petrie, un flic de la petite ville de Nouvelle Angleterre où il réside.
Au fur et à mesure du roman, l’interrogatoire, dont on ne connaîtra les raisons qu’à la fin, vire à la confession, presque digne d’une thérapie...
David, avocat spécialisé dans les affaires familiales, aujourd’hui marié à Abby et père de Patty, une jeune adolescente plutôt joyeuse et docile, n’a pas toujours eu une vie aussi harmonieuse et paisible qu’aujourd’hui.
Il a grandi, tout comme sa soeur aînée Diane, à l’ombre d’un père, qu’il appelle "le Vieux", certes brillant et cultivé mais atteint d’une schizophrénie paranoïaque qui l’a transformé en monstre.
Rabaissé toute son enfance par ce tyran, David ne doit finalement son salut qu’à l’immense bienveillance d’une soeur qui l’a protégé, allant même jusqu’à sacrifier ses propres possibilités - Diane est une surdouée - pour veiller sur le Vieux lorsque ce dernier s’est approché de la Fin.
Libérés par la mort de ce maniaque, le frère et la soeur ont réussi à se construire une vie acceptable. Jusqu’à un certain point.
Diane a épousé Mark, un brillant chercheur en biologie, dont les travaux sont sur le point de révolutionner la science, a donné naissance à un petit Jason. Malheureusement, l’enfant se révèle très vite atteint d’une forme de maladie mentale qui le cloître dans le silence, le coupe du monde. Une maladie dont on se demande si elle ne serait pas une part de l’héritage du Vieux...
Profondément attachée à cet enfant, Diane va alors entièrement se consacrer à lui, reproduisant, d’une certaine façon, l’attitude qu’elle avait adoptée vis-à -vis de son père : une surveillance de tous les instants, un amour enveloppant, rassurant qui doit permettre à Jason de vivre le mieux possible et d’échapper à un internement qui semble pourtant lui être promis.
Un jour, l’unique jour où Diane s’accorde quelques heures de liberté hors du foyer, Jason se noie dans l’étang situé juste en face de la maison.
Une tragédie qui va précipiter le divorce, Diane rejetant la responsabilité sur Mark qui n’a pas surveillé Jason, selon elle. Bien décidée à prouver qu’il est non seulement responsable de négligence à l’encontre d’un enfant qu’il considérait comme une "erreur de la nature" mais encore coupable de meurtre, la jeune femme va alors déployer une énergie démentielle à convaincre le monde qu’elle a vu juste, qu’elle a raison.
Une idée fixe, une obsession qui va se transformer en pure folie tant les comportements de Diane vont alors se révéler de plus en plus étranges. D’abord préoccupé par les troubles de sa soeur, David sombre dans une angoisse plus alarmante lorsqu’il réalise qu’elle entraîne Patty dans les tréfonds de sa folie.
Un roman que je qualifierais d’intéressant mais pour lequel je n’ai pas vraiment ressenti d’enthousiasme...
Une impression très mesurée que je vais tenter d’expliquer ici.
Tout au long de ce récit (à deux voix ?), le lecteur se trouve au prise non seulement avec les terribles secrets ou frustrations d’un personnage qui a grandi dans une cellule familiale réduite, que la folie d’un père autoritaire a mené à sa quasi-perte, mais aussi avec les névroses actuelles des uns et des autres.
Des névroses qui, en ce qui concerne le frère et la soeur, paraissent être le fruit d’une hérédité, d’une dégénérescence se transmettant d’une génération à l’autre.
Dans cet ordre d’idée, Cook réussit à nous troubler, à instiller une forme de malaise grandissant au point où on en arrive à se demander ce qu’il en est de la manipulation, de la folie, de la vérité, de l’illusion ou de la réalité. On se retrouve totalement pétris de doutes, ne parvenant pas à déceler qui dit vrai ou ce qu’il faut croire. Un peu à l’image de Petrie dont les réactions à l’écoute du récit de David trahissent le trouble.
Un sentiment qui se renforce dans le dernier chapitre : les ouvertures sont nombreuses, les interprétations diverses et contradictoires. Bref, l’auteur nous laisse nous débrouiller avec son histoire. Pourquoi pas d’ailleurs ? (...)
Voir en ligne : les liens du sang
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