Harry Bosch est un flic maudit, ténébreux, solitaire, méprisant sa hiérarchie, un écorché vif en indigestion prolongée de Vietnam. C’est un homme de bon goût, puisqu’il écoute Coltrane, et qu’il est fasciné par la touche d’Edward Hopper (qui fait la couverture de l’édition originale française : un bon point pour le Seuil). C’est en plus un excellent flic, si l’on en juge son taux d’élucidation. Saqué pour cause de bavure (bien involontaire) sur la personne d’une belle ordure, Bosch est muté aux homicides, à Hollywood.
Un gamin des rues découvre près du barrage, à l’embouchure d’un gros tuyau, le cadavre d’un ancien du "Nam" (c’est plus branché comme ça), un ancien "rat de tunnel", comme Bosch. C’est pourtant par hasard que celui-ci est mis sur l’affaire. De fil en aiguille, Bosch remonte à un cambriolage spectaculaire et non élucidé, vieux de six mois. Ses découvertes lui font adjoindre une ravissante ténébreuse du FBI, et le ténébreux binôme sera talonné tout du long par deux crétins des affaires internes qui n’ont qu’une envie : coincer Harry Bosch et le mettre hors circuit.
Dans ce premier roman consacré à Harry Hieronymus Bosch, Connelly déploie la grosse artillerie : entre vétérans du Vietnam, FBI, affaires internes, et maffieux exilés, il tisse une sombre machination qu’il se plait à dévoiler au compte-goutte. On ne s’ennuie pas une seconde dans Les égouts de L.A. ; mais malheureusement, le roman est un peu plombé par l’écriture très ordinaire de Connelly, ses effets faciles (l’envie du pastiche démange parfois à la lecture de certains dialogues) et un final complètement invraisemblable (l’attraction de la surenchère ?). Même s’il s’en approche, le personnage de Bosch n’atteint pas (et c’est heureux) le niveau caricatural de Lucas Davenport, le flic de John Sandford. Mais Connelly n’a pas le talent d’un Wambaugh ou d’un Lawrence Block (série des Matt Scudder) pour nous communiquer les affres du flic tourmenté. Il nous reste quand même une lecture agréable (difficile cependant de comprendre l’extrême engouement qu’a suscité ce livre à sa parution, aux Etats Unis comme en France).
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