Ayant entendu beaucoup de bien sur DOA, et notamment à propos de son précédent ouvrage Citoyens Clandestins, je me suis précipité sur ce Serpent aux mille coupures, histoire de ne pas passer à côté d’une nouveauté qui s’annonçait pometteuse. De plus, la quatrième de couverture avait, à la fois, quelque chose d’engageant mais surtout d’original car elle reprenait trois définitions de dictionnaire : chasselas, cocaïne, mondialisation. Intrigant...
Résumer ce roman, ou plutôt le point de départ de son intrigue, relève d’un exercice bien délicat, tant on a affaire à une construction complexe, mais je vais essayer de faire au mieux...
Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans le Sud Ouest de la France, plus exactement à Moissac, au milieu des coteaux. Baptiste Latapie, un des viticulteurs du coin, se dirige vers les terres d’Omar Petit, un métis d’origine sénégalaise, qui a eu, selon les habitants de la région, la très mauvaise idée d’épouser Stéphanie, fille d’un vigneron local, dont elle a hérité des terres. Poussés par la jalousie, Baptiste et d’autres "bons Français" mènent la vie dure au couple dans le but de bien leur faire comprendre qu’on ne veut "pas de macaque à Moissac".
Occupé à vandaliser proprement les vignes de Petit, Baptiste aperçoit une voiture en stationnement avec à son bord trois hommes parlant espagnol. L’un deux, pris d’une envie naturelle, s’avance dans le sous-bois et découvre un motard accidenté. Décision de celui qu’ils appellent "Jefe" : achever l’homme. Manque de chance pour nos trois hispanophones : ce dernier se montre plus prompt, les descend en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, remonte sur sa moto et file tant bien que mal...
Baptiste, qui s’était fait discret, a bien sûr tout vu. L’envie de donner une bonne leçon au "singe" lui est passée avec une rapidité étonnante. Il part se barricader chez lui, bien décidé à se faire le plus petit possible jusqu’à ce que les choses se tassent.
Notre homme à la moto, dont on ne connaîtra le prénom que dans les ultimes pages, trouve refuge chez les Petit. Bien grand mot, à vrai dire, car celui-ci prend littéralement en otages Emile, Stéphanie et leur fille Zoé. Il va les séquestrer chez eux, dans leur propre ferme en attendant d’être en état de reprendre la route.
Dans le même temps, Neris et Cannavaro, deux individus membres d’une Famille napolitaine, arrivent en retard sur les lieux de leur rendez-vous avec des représentants de Don Alvaro Greo-Perez, dont son fils, grand ponte du trafic de cocaïne colombien. Ils sont venus pour parler affaires, étude de marchés, taux de pénétration du produit. Bref, une certaine routine pour des gens qui touchent au bussiness. Ils ne découvrent que trois corps sans vie et décident de maquiller tout ça, en accident de voiture....
Le lieutenat-colonel de gendarmerie Massé du Réaux, dépêché sur les lieux, examinent les cadavres et se rend bien compte, malgré la supercherie imaginé par les deux Italiens (mettre le feu à la voiture), que seul un véritable professionnel a pu abattre ces hommes. Le véhicule, étant immatriculé en Espagne, on fait donc appel aux collègues de Madrid pour en savoir un peu plus. Les services travaillant rapidement, les Espagnols envoient Barrera, un de leur agent spécialiste des narcos-trafiquants, en France car il s’avère bien que Greo-Perez vise à conquérir le grand marché européen....
On l’aura compris : l’intrigue est une véritable toile d’araignée, une pelote de laine que l’on est invité à dérouler soigneusement, un canevas où chaque fil doit prendre sa place minutieusement. DOA n’a donc pas choisi la facilité en matière de construction de récit. Ceci étant, le lecteur ne se perd jamais dans ce véritable nid de serpents, et ce, pour différentes raisons. Tout d’abord, parce que l’auteur a construit un récit polyphonique dans lequel, tour à tour, les acteurs de la tragédie prennent la parole ; y compris les moins importants. Ensuite, et ceci découle peut-être de ce qui a été dit précédemment, en sachant, peu ou prou, qui est qui (à l’exception notoire du motard) ou encore en connaissant les enjeux du roman assez rapidement, on se concentre sur le suspense dont le livre n’est pas exempt, même si cela ne semble pas être sa matière principale. Loin de là...(...)
Voir en ligne : http://noirs-desseins.over-blog.com/article-29110858.html
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