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Le narrateur du dernier roman de Sonallah Ibrahim est un graçon d’une dizaine d’année qui rapporte des scènes de sa vie quotidienne. Nous sommes au Caire, à la fin des années 1940. L’enfant vit seul avec son père, un fonctionnaire à la retraite qui a tou juste les moyens de subvenir à leurs besoins. Ils partagent un modeste appartement avec un jeune policier et sa campagne, "Mama Taheya". L’enfant entrecoupe son récit de souvenirs de sa vie antérieure, quand ils vivaient encore avec sa mère. Scènes de bonheur et de plénitude, qui contrastent avec le dénuement matériel et le manque affectif présent, que son père a bien du mal à combler.
Renouant avec l’écriture objectiviste de son premier roman, Etoile d’août, Sonallah Ibrahim décrit le petit appartement à l’entrée d’une impasse, avec son mobilier misérable et les rares objects que possède encore le père, l’école du quartier et les jeux des enfants, le contexte politique, le régime déliquescent de Farouk, la guerre de Palestine (1948) et, surtout, les coutumes et les moeurs sexuelles de cette classe sociale incarnée par le père vieillissant mais encore vert.
Le "petit voyeur" essaie de comprendre ce monde d’adultes sur lequel on lui fournit bien peu d’explications. A l’affût des conversations, il espionne à travers les trous de la serrure, fouille des tiroirs et les placards. Mais ces images volées lui restent souvent incompréhensibles.
En restituant au plus près le regard de cet enfant qu’il a été, avec ses peurs, ses angoises et sa quête inachevée de sens, Sonallah Ibrahim place son lecteur dans la même position et l’oblige à reconstruire avec lui le sens de cette vie, page après page, et donner à son récit une charge émotionnelle exceptionnelle.