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Chroniques
Jean-Marc Laherrère - Janvier 2007
La nuit des Chats Bottés / Fajardie, Frédéric H.
Stéphan et Paul sont deux anciens militaires, jeunes, entraînés et sans but. Ils en trouvent un le jour où Stéphan tombe amoureux de Jeanne, une jeune femme à la vie triste, qui souffre encore d’avoir (...)
Anissa Belhadjin - Janvier 2007
Tarzan malade / Prudon, Hervé
Morvan Lespinguen, dit La Morve, est un tueur à gages qui aime le travail bien fait, le couscous en boîte, et aussi la religion. Mais il se trompe en tuant Janet Jenkins, ce qui lui occasionne bien (...)
QQ Lapra - Janvier 2007
Nada / Manchette, Jean-Patrick
Publié, lui aussi en 1972, c’est sans doute un de mes préférés. L’histoire, là encore est simple et linéaire. Un groupuscule gauchiste décide d’enlever contre rançon l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris. (...)
Marc Villard - Janvier 2007
Nada / Manchette, Jean-Patrick
Une clique d’anarchistes- inorganisés, donc - décide d’enlever l’ambassadeur des Etats-Unis à Paris et de réclamer une rançon. L’un d’eux renonce. L’enlèvement se fait et le groupe se trouve acculé à un (...)


Le Néo polar
par Anne Pambrun
Bibliosurf a choisi d’extraire un élément d’un support de cours sur le polar réalisé il y a 25 ans. Cette courte introduction au néo polar est un rappel, un appel à la lecture, ces jours où Fajardie a rejoint Manchette de l’autre côté du noir.
Groom  Billy-ze-kick Le  tourbillon La  nuit  des  Chats  Bottés  Tarzan malade Nada L’affaire N’Gustro Romans  noirs.  1

Du " Double assassinat dans la rue Morgue" à "La position du tireur couché ", 140 ans se sont écoulés.

LES AVANT-COUREURS

Jean AMILA et Francis RYCK.

AMILA est un écrivain social dans la tradition populiste. Il raconte déjà la révolte des minorités opprimées. (Paysans chassés par les projets de barrages, mariniers spoliés, délinquants, mères célibataires...) Il est aussi dans la tradition de MCCOY et de Léo MALET (Celui de "La vie est dégueulasse", brûlot anarchiste écrit en 1948)

RYCK : Il invente et met au point tous les thèmes dont va s’emparer la nouvelle génération : marginaux mal dans leur peau qui fuient sans but une société conformiste et carcérale qui dans leur fuite ne rencontrent que d’autres paumés et la Mort.

LE NEO POLAR

MANCHETTE fut le premier à faire figurer dans le polar des personnages marginaux et représentatifs de courants gauchistes et anarchistes des années 60. Nada 1972 : les terroristes y sont emblématiques de la volonté de l’auteur de considérer le polar comme "le roman d’intervention sociale très violent".

Ces anti-héros violents en guerre avec la société et ses institutions sont de vrais ennemis publics. La finalité de leur combat est idéologique (ce n’est plus l’argent). Ce qui compte c’est leur rôle de victime. Ce sont les laissés pour compte de la société. Ces auteurs revendiquent l’héritage du roman noir dans ce qu’il avait de plus critique et de plus révolté(Collections sanguine et engrenage.)

Dans les années 70 le policier était ignoble mais somme toute assez neutre. Le début des années 80 passe au crible le rapport de la police et du pouvoir. Certains policiers sont même parfois des hommes de main masqués d’un groupe terroriste d’extrême droite. Dans le polar de 70, les politiciens sont beaucoup moins présents que les policiers ou les notables. Le monde rural est décrit comme xénophobe, sauvage, horrible. Cet univers clos et refermé sur lui-même sert de repoussoir aux marginaux. Le retour aux champs ne débouche en rien sur une vision idyllique. (VARELLA : spécial purée ; FAJARDIE La théorie du 1% ; ARNAUD L’enfer du décor ; VAUTRIN Canicule )

Mais la ville reste plus que jamais le lieu privilégié du polar. Seulement ce n’est plus le centre urbain qui prime. L’action se passe maintenant dans les banlieues, la zone, ou les quartiers populaires, voire marginaux. De nouvelles couches sociales sont apparues. Les minorités : arméniennes, bretonnes, travailleurs immigrés, délinquants, terroristes, paumés, zonards, trimards, mouisards, loubards, losers, toutes générations confondues. C’est le blues des générations perdues et des vies ratées. Le courant populiste y retrouve une nouvelle vigueur. Aux illusions de Mai 68, le polar répond par un sinistre bilan social et individuel, réquisitoire de toutes les misères de ce temps. Plus émotionnel qu’authentiquement politique, sa charge affective dynamite toujours le romanesque et son boulevard du crime hétéroclite n’en porte pas moins les signes et les témoins de notre temps, même et surtout si la mort attend au carrefour.

Le roman noir était le symbole d’une société où les valeurs avaient été bouleversées mais qui s’accrochait à ses traditions. Le détective était ardent défenseur des lois de l’ordre, de l’idéal de la société. Le succès du polar après les deux guerres correspondait chez le public à un besoin de stabilité, à un désir de retrouver des hiérarchies , de sentir qu’il existe des barrières contre la montée de la pègre.

Puis au fil des années ces certitudes sont effilochés. Il devenait de plus en plus évident que la société actuelle ne valait pas mieux que les précédentes. Les jeunes se tournèrent vers la SF, source d’évasion. Les nouveaux auteurs de polar sont aussi contestataires que les auteurs de SF. Ils nous offrent à la fois l’image d’une décadence de la société d’aujourd’hui et d’une nostalgie pour les polars d’hier.

Jean-Patrick MANCHETTE.

Il publie en 1971 " Affaire N’Gustro " (pourriture des milieux politiques) En 1972 " Nada " : sanglante cavale d’un groupuscule terroriste anéanti par une effrayante répression policière.

Les malfaiteurs sont un groupe d’homme politisé qui braquent, enlèvent et tuent pour un idéal dont ils reconnaîtront finalement l’aspect dérisoire. Les personnages sont névrosés, apatrides, politisés et intellectuels sans cause et tout lecteur peut s’identifier à l’un ou à l’autre des protagonistes. Le flic est un salaud qui ne fait qu’obéir aux ordres du pouvoir.

Tous les ingrédients sont réunis pour que se crée une nouvelle génération.

Puis MANCHETTE crée Tarpon, détective (ex CRS ayant démissionné après avoir tué un étudiant dans une manif en province) 1976 " Le petit bleu de la côte ouest " (Malaise des jeunes bourgeois qui fuient vers une autre vie . )

L’art de MANCHETTE se caractérise par un certain détachement de l’écriture : l’émotion est refusée (comme chez HAMMETT et CHANDLER). L’action prime l’homme se définit par son comportement. Donc pas d’introspection (HAMMETT).

L’exemple type de cette technique littéraire se retrouve dans "La Position du tireur couché " (1982).

Martin Terrier, tueur fatigué, décide de se retirer du métier, fortune faite. Mais on ne se débarrasse pas aussi légèrement d’un passé aussi lourd. Il sera amené à tuer, tuer encore, tuer toujours. En tuant les autres, c’est lui qu’il cherche à détruire, mais jamais l’auteur ne l’explicite. Au lecteur de tirer ses conclusions.

Dans ce livre, comme dans les précédents, Manchette, outre les cadavres. accumule les détails précis sur les accessoires : types des armes utilisées, marques de voitures et de cigarettes, titres des morceaux entendus à la radio par les protagonistes, etc. Cette profusion de " vrai " confère récit - Peu vraisemblable dans son déroulement- une sorte de " réalisme poétique" évoquant certaines grands films hollywoodiens. Rien n’est croyable, mais le lecteur a envie d’adhérer, de se faire complice de I’auteur, et a besoin de ces éléments véridiques pour Y cramponner le petit bout de sa raison.

Même si l’auteur ne croit guère à ce qu’il écrit, le lecteur y croit, et se passionne. Le but est atteint.

Sur ce plan, l’oeuvre de Manchette s’apparente à certains romans japonais, comportant plusieurs de lecture : le non-dit est souvent plus révélateur que l’exprimé.

MANCHETTE est donc le maître incontesté du Néo-polar comme MALLET était celui du roman noir.

Le polar est une littérature pour insomniaques et ferroviaire. Jean-Patrick Manchette

Pierre SINIAC (né en 1928)

Il avait déjà publié en 1960 " Monsieur cauchemar ". Trop tôt ; Il fut boudé par le public. Ses héros Luj Inferman et la Cloducque, descendus tout droit de Gargantua et d’Ubu, ou encore du monstre de Frankenstein, étaient vêtus, pour ne plus ressembler à personne, d’un pardessus et de gants de boxe. Ces deux monstres échafaudent d’extravagant escroqueries (7 récits ont pour héros ces deux monstres)

1980 Aime le maudit
1981 Femmes blafardes (chef d’oeuvre de SINIAC)

Influencé par Pierre Very à ses débuts, il a très vite bifurqué pour constituer à lui tout seul une branche de l’arbre généalogique du roman criminel.

Alex VAROUX (né en 1944)

Jon détective se nomme Globule ; et Varoux se place résolument parmi les fantaisistes du roman Policier. 1974 La bête de Trouffignac. Il crée la collection Engrenage, pépinière du Néo-Polar.

Frédéric H. FAJARDIE né en 1947

1979 Tueurs de flics : une petite bombe ! (guérilla entre des policiers et des desperados qui se sont jurés de liquider les premiers par tous les moyen, y compris l’anthropophagie !)

C’est écrit avec un évident souci de style. Fajardie est aussi un grand romantique. Les actes de haine sont souvent adressés, comme un bouquet de roses, à une femme aimée.

1979 La nuit des chats bottés.

Le deuxième roman de Fajardie, La Nuit des chais bottés (1979) est bâti sur le modèle des histoires de chevalerie : un marginal, Stéphan, qui considère la vie de façon candide , rencontre Jeanne aux yeux tristes. Pour lui plaire, il va affronter une série d’épreuves, flanqué d’un Sancho géant qui lui obéit au doigt et à l ‘oeil. Il n’a pas de lance mais des explosifs ; pas d’armure mais un char d’assaut. Et le voilà chargeant les moulins de notre société déboussolée : le P.M.U., l’imprimerie nationale, le Sacré-Coeur de Montmartre...

1982 La théorie du 1%

JEAN VAUTRIN (1933)

Le deuxième grand maître du néo polar. C’est un fervent admirateur de QUENEAU ; c’est aussi un cinéaste (Jean Herman)

1973 A bulletins rouges.
1974 Billy ze kick, où l’invention verbale dirige le récit, mais la contestation y est encore souriante.

"Bloodv Mary (1979) est un poème noir et sang, véritable Guernica banlieusard, peuplé d’insolites et truculents morts en sursis : le Surinformé, qui écoute plusieurs stations de radio à la fois, craint de rater un évènement majeur - alors qu’il se trouve au coeur du cyclone -, l’égoutier qui. frustré de soleil. absorbe des pilules à bronzer, le laveur de carreaux noir, amoureux désespéré d’une femme blanche, inaccessible en haut de son donjon, entrant qui s’identifie à Butch Cassidy...

1980 Groom
1982 Canicule

Comme on le voit, le néo-polar est un vaste cri de dégoût à l’encontre de la société nantie. Mais la civilisation du béton se poétise, avec VAUTRIN qui ajoute des modulations de son cru aux grands thèmes du néo polar.

Hervé PRUDON

Il fait avant tout de brillants exercices de styles (L’attention portée avant tout à l’écriture est aussi une caractéristique du néo-polar)

1978 Mardi gris
1979 Tarzan malade

Les chapitres sont alternativement écrits à la, 1ère 2ème et 3ème personne : je, tu, il. L’écriture prime toujours.

PRUDON s’ingénie toujours à désarticuler le mot et 1a phrase.

I981 Banquise. : il accentue cette tendance au privilège du style jusqu’au délire verbal.

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