Je l’aimais, oui. Il est peut-être très imprécis de dire que je l’aimais, mais rien ne pourrait être plus précis"
Le narrateur parle de Marie en ces termes...
J’ai trouvé amusant de commencer à parler de ma lecture de ce livre en reprenant à mon compte cette phrase...
Oui, j’ai aimé ce livre, c’est peut-être très imprécis de dire que j’ai aimé ce livre, mais rien ne pourrait être plus précis...
Je l’ai lu d’une traite, j’ai été emportée dans les moiteurs, et les atermoiements, j’ai été happée par la brûlure des flammes, impressionnée par la fureur désespérée du cheval, conquise par la jalousie amoureuse du narrateur qui fantasme la puissance de son rival et qui la nie tout autant en racontant son histoire...
Zahir, "celui que l’on n’oublie pas" sera (ou pas) un élément qui empêchera l’amour avec Marie de se redéployer...
Cette histoire d’amour, de désir contrarié mais pas impossible, est une belle variation sur l’être aimé, fantasmé. L’être qu’on voudrait tout à soi, tellement qu’il n’a même plus besoin d’être là pour nous appartenir, qu’il n’est jamais autant présent que quand il ne l’est pas...
Marie semble exceller dans cet exercice...
L’origine du livre est peut-être même contenue dans cette scène là , cinématographique et éculée, mais tellement précise et marquante :
"Je voyais Marie s’éloigner de moi au rythme lent de l’escalator qui montait, je ne pouvais pas la retenir, je ne pouvais pas l’atteindre, j’étais bloqué au pied de l’escalator et elle ne pouvait pas me rejoindre, elle ne me faisait aucun signe, le visage perdu, triste, qui s’éloignait de moi au rythme de l’escalator qui montait."
Et l’amoureux écrit et Marie redevient sienne... Il la connaît comme s’il l’avait faite, il sait ce qu’elle vit, ce qu’elle sent, ce qu’elle pense...
Comme l’auteur le dit lui même, (enfin, je crois bien l’avoir lu quelque part), il est Marie...
En construisant ses trois tableaux de variations autour de ses amours de Marie, l’auteur cherche à capter l’émotion, la sensation et trouve le saisissement brutal du retour au réel quand la rêverie n’a plus la place ou le temps pour exister...
"Je savais que je n’atteindrais jamais ce qui avait été pendant quelques instants la vie même, mais il m’apparut alors que je pourrais peut-être atteindre une vérité nouvelle, qui s’inspirerait de ce qui avait été la vie et la transcenderait, sans se soucier de vraisemblance ou de véracité, et ne viserait qu’à la quintessence du réel, sa moelle sensible, vivante et sensuelle, une vérité proche de l’invention, ou jumelle du mensonge, la vérité idéale"
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