Yasmina Khadra a révélé son identité au cours d’une émission de Bouillon de Culture. Cet homme qui se cachait sous les deux prénoms de sa femme, était en fait un fonctionnaire de l’armée algérienne, qui, par ses premiers romans (des policiers qu’il avait publiés sous un second pseudonyme) voulait évacuer les horreurs dont il avait été témoin !
Il semble donc que ce soit son propre personnage qu’il mette en action dans ce roman. Le narrateur, Brahim Llob, n’appartient pas à l’armée mais est un commissaire de police. Bien que son efficacité ne soit plus à prouver, son supérieur lui demande de prendre une retraite anticipée, car il n’approuve pas les idées que le commissaire passe dans ses romans ! L’autre alternative serait qu’il se soumette et renie publiquement ses écrits ! devant son refus de céder, les ennuis s’enchaînent autour de Brahim (son appartement est fouillé et saccagé, des morts subites ponctuent son enquête etc...)
Ce roman n’est pas un roman policier traditionnel dans la mesure où nous n’avons pas la traque d’un criminel par un policier ! Il s’agit plutôt de l’histoire d’un homme qui essaie de lutter contre la corruption pour réinstaurer la démocratie dans son pays ! C’est un témoignage politique, un acte de courage !
Le credo de l’auteur se résume dans l’évocation de son personnage Da Achar :
« Il disait : les races , ce ne sont pas les Blancs, les Noirs, les Rouges, les Jaunes. Les hommes ne savent pas apprécier les talents de la nature. Ils font des diversités des partis pris : ils appellent ça ségrégation. Les races, ce ne sont pas les Arabes, les Juifs, les Slaves, les Tutsis. Les hommes ne savent pas consulter le Temps. Ils se contentent d’embrigader des ethnies. En hiérarchisant l’humanité, ils espèrent racheter leur insignifiance, prendre leur revanche sur leur propre vulgarité… les races, les vraies, il n’y en a que deux : la race des Braves et la race des Ignobles ; les gens de Bien et les gens odieux. Depuis la nuit des temps, elles s’affrontent sans merci, tel est l’équilibre des choses. Elles étaient là bien avant la Lumière, bien avant les prophéties, et elles survivront encore à toutes les civilisations. Depuis notre venue au monde, on nous enseigne la zizanie, on nous détourne de la Vérité. On nous apprend la haine de l’Autre, la haine de l’Absent et de l’Etranger, en somme une haine préfabriquée. Et regarde, Brahim, regarde donc. Qui brûle nos écoles aujourd’hui, qui tue nos frères et nos voisins, qui décapite nos érudits, qui met à feu et à sang nos jeunes contrées ? Des Extraterrestres, des Malaisiens, des animistes, des chrétiens ?…Ce sont des algériens, rien que des Algériens qui, il n’y a pas longtemps, chantaient à tue-tête l’hymne national dans les stades, se portaient massivement au secours des sinistrés, se mobilisaient admirablement autour des téléthons. Et regarde, maintenant. Te reconnais-tu en eux ?- Moi, pas du tout… Les gens de ma race, Brahim, ce sont tous ceux qui, d’un bout du globe à l’autre, refusent catégoriquement que de pareils monstres soient pardonnés. »
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