Philippe de la Genardière vient de publier à la rentrée 2008, chez Sabine Wespieser, son dixième roman, L’année de l’éclipse, et il a reçu le Grand Prix Poncetton SGDL 2008 pour l’ensemble de son oeuvre. Dans ce roman, Basile, le narrateur, en proie au vague à l’âme, un verre à la main, sur son balcon du sixième étage, "à la fois tribune et confessionnal", au-dessus des toits de Paris, ressassait les causes de son mal-être : il venait d’atteindre la cinquantaine, sa femme l’avait quitté après quoi, sa fille, et sa vie partait à vau-l’eau. "Sa légitimité d’homme se délitait" et il donnait libre cours à sa mysoginie, trop longtemps refoulée, incommensurable d’après les deux "furies", comme il appelait maintenant "ses femmes". Il devenait hypocondriaque et n’était pas en paix avec son corps. Enseignant la philosophie, il s’était fait mettre en congé de maladie et suivait une thérapie auprès d’un psychiatre. Son statut de philosophe le préoccupait vivement, il aurait aimé avancer dans ce qui devait être "l’ouvrage de sa vie", un essai intitulé Eclipse philosophique, mais le sort actuel de cette matière, contestée dans le système éducatif, n’était pas pour lui redonner du coeur à l’ouvrage. Selon lui, la pensée s’était absentée du monde - désormais soumis aux lois de la communication ou du divertissement - comme on s’éclipse discrètement au cours d’une soirée. Il se découvrait misanthrope, et sa dépression ne faisait qu’empirer. Il avait cessé de travailler son piano alors que son goût pour la musique représentait à ses yeux le comble de l’art et de la beauté. Chaque jeudi, il traversait le Jardin des Plantes pour aller chez son psy où, sans conviction, il se livrait à une analyse. Un jour, alors qu’il se dirigeait dans l’immense verrière du Grand Jardin d’hiver, il avait soudain entendu des voix étranges et reconnu une voix féminine aiguë susurrant des mots voluptueux et magiques "qui réveillaient en lui une sensibilité évanescente et toute une gamme de sensations oubliées", d’exhalaisons en tout genre dans la chaude humidité de ce lieu extraordinaire. "Dans la nef de cette cathédrale végétale", au coeur d’une forêt luxuriante débordant de plantes tropicales - dont les descriptions jaillissantes font penser aux "Jungles" du Douanier Rousseau - , Basile ressentait "comme une invitation à l’extase", s’enivrant des puissants arômes aphrodisiaques, et le sentiment de flottement qu’il éprouvait était si intense qu’il s’était affalé sur le rebord du bassin. Alors une silhouette lui était apparue perchée sur le rocher, puis très vite un visage, si vite qu’il s’était cru victime d’une hallucination, et une très jeune femme orientale, d’une beauté divine, à l’abondante chevelure blond vénitien, tombée du ciel, avait chanté pour lui : magnifique scène lyrique et surréaliste dont l’apothéose devait se traduire par la fusion des corps au cours d’une nuit exaltante après que le gardien eut refermé la porte du jardin... Shadi, la belle Iranienne, "femme libérée", allait-elle guérir Basile qui était "à la recherche d’un équilibre savant et fragile entre le corps et l’esprit", étant entendu qu’il réfutait le dualisme platonicien auquel il opposait une unité corps-esprit ?... En conclusion, L’année de l’éclipse, écrit dans un style élégant, poétique et musical, est un roman total flamboyant, sensible, sensuel, érotique, magique, émouvant et métaphysique où le narrateur, intellectuel déphasé de l’après-2000, libère ses fantasmes, transcende l’Amour et, peu à peu, malgré ses doutes, son expérience de la douleur et les aléas de l’existence, en restant fidèle à ses concepts dans la quête du Sens, de l’Etre, du Beau et du Tout, se relance dans l’aventure humaine par la Littérature salvatrice, à la recherche d’une harmonie nouvelle.
Citation : Perché sur son balcon, Basile, dans un brusque élan d’optimisme, s’était repris à espérer "tandis que la Tour Eiffel s’offrait en spectacle pour des dizaines de milliers de touristes..., en ce début d’été, impatients de découvrir l’ancienne déesse des temps modernes se livrer à d’érotiques et électriques gesticulations dans la nuit...". Et il observait, son verre à la main, "cette putain magnifique qui se contorsionnait dans les cieux traversés d’éclairs".
Livre vivement conseillé par Yvette Bierry
Répondre à ce message