envoyer par mail à un ami
À quinze ans, Karl Vogel est atteint d’une tumeur au cerveau. Sa mère le conduit à l’hôpital avec la tête d’une femme qui va perdre son fils. Et lui ne sait pas où trouver la force de lui donner tort. Il subit des traitements lourds – chimiothérapie et radiothérapie – mais connaît quelques moments de rémission durant lesquels il s’interroge sur son corps. Le garçon a hérité de la fascination de son père pour la Grande Guerre, champ de bataille sur lequel il fantasme ses exploits. Mais bientôt il s’intéresse aux musculatures d’athlètes. Sa passion va dès lors à l’idéologie nazie dans laquelle il voit une réalisation de la volonté de puissance. Il décide de devenir le Führer de son corps. Sa rage de guérir déclenche sa volonté de domination. Mais celle-ci ne va pas se limiter à son organisme malade. Mettant en pratique sa nouvelle foi, il décide d’« agrandir son territoire », fait des conquêtes parmi les autres patients, les abandonne, décide qui doit vivre et mourir.
Quand un garçon n’est pas sportif, il pense qu’il sera tenu à l’écart de la vie héroïque, il se sent obligé de compenser sa nullité par un don de l’esprit – chez moi, c’était la poésie : je m’étais reporté sur une autre forme de cadence. Mais au fond, il demeure frustré. Il ne connaîtra pas l’enivrement qu’il y a à sentir son corps palpiter et bouillir, il ne saura pas le miracle de la métamorphose.