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Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire cette terrible histoire de femmes abusées par les hommes ?
Je m’interrogeais souvent sur les violences faites aux femmes, sur leur soumission choisie et leur émancipation parfois illusoire. C’est un sujet qui me passionne. Il y a chez les femmes, me semble-t-il, ce que j’appellerai une tendance "molle". Cela n’a rien de péjoratif. L’image qui me vient est celle d’un roseau qui se courbe. Il est plus difficile, pensé-je, d’être une femme qu’un homme. Et ce, à peu près n’importe où dans le monde. A Créteil, à Ciudad Juarez ou à Téhéran.
Vous n’avez pas doté Violette de grandes qualités, coincée entre sa mère la grande Rose Bustamente, et sa fille, l’héroïne de ce roman, Vera Candida, celle qui a osé quitté l’île, qui a brisé le cercle du malheur. Pourquoi ce maillon faible dans la transmission ?
Il me paraissait indispensable que tous ces portraits de femmes ne soient pas ceux d’amazones courageuses et maternantes face à une tripotée de mâles défaillants. Il fallait louper l’une des marches. Il fallait un ratage. Il fallait que Vera Candida se construise à partir de la violence et des manquements de sa propre mère.
Itxaga - chevalier de la justice, attentionné avec les femmes -, est-ce l’homme idéal ?
Itxaga est un homme patient. Peut-être est-ce cela l’envers de la violence.
Quand j’ai fermé votre roman, j’ai pensé à Garcia Marquez et aussi à Paco Taibo II. Avez-vous des affinités avec la littérature latino américaine voire avec le polar ?
J’aime la littérature latino-américaine classique, les contemporains et ceux dont l’univers découle de cette littérature, Heloneida Studart, Wendy Guerra, Junot Diaz. Je n’ai jamais lu Paco Taïbo II. Mais j’aime beaucoup le roman noir. Je crois que tous (et bien d’autres encore) font partie des ingrédients que je mets dans mes plats très épicés.
Est-ce que l’art de la fabrique d’une fable telle que Ce que je sais de Vera Candida est transmissible ?
Je ne sais pas ce qui est transmissible ou pas. Je ne sais pas fabriquer une fable. Je sais juste que j’ai signé depuis fort longtemps un pacte avec mon imaginaire et que je lui laisse la bride sur le coup. Mon métier par ailleurs est d’être éditrice, on pourrait peut-être dire que j’aide parfois les auteurs à trouver leur chemin à la machette au milieu de toute cette végétation...