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Dans l’Å“il noir du corbeau

Interview de Sophie Loubière

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Mai 2009 | 1234 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

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© copyright Radio France

Marier Bridget Jones et Robicheaux, est-ce la nouvelle recette du best seller ? Le renouvellement du roman policier passe-t-il par la chick lit ?

L’appellation "Bridget Jones" est comme vous devez vous en douter une idée de la com’ pour faire plus "vendeur". Je n’en voulais pas. j’ai proposé plutôt de mettre une femme dans le genre "Dorohty Parker". On m’a répondu que bien que le personnage soit plus proche d’une Dorothy, celle-ci était moins parlante que Bridget.

Anne n’appartient cependant à aucun genre romanesque. Elle est une femme de notre temps, ressemble à beaucoup d’autres femmes. Une grande partie de sa vie est inspirée de la mienne (l’histoire d’amour, notamment).

Je ne cherche pas à renouveler un genre. Depuis mon premier polar "La petite fille aux oubliettes" (un Poulpe) vous verrez que mes personnages féminins sont toujours de cette même trempe : le genre qui s’assume tout en ne s’assumant pas, belle mais complexée, complexe, mais très simple, au fond, en accord avec les thèmes de mes deux romans "blancs" ("Je ne suis pas raisonnable" et "Pour en finir avec les hommes (et la choucroute)" édités chez Balland)

Est-ce une recette du best seller ?

Prions que oui ! Un best seller, ça rapporte du pognon ! Ca rendrait ma vie au quotidien plus facile, et je pourrais écrire plus de livres.

... Plus sérieusement, quand j’entame l’écriture d’un livre, je cherche d’abord à écrire une histoire assez bouleversante pour toucher, surprendre. Si je peux le faire sans passer par les figures traditionnelles du serial killer, de la femme fatale ou de la sainte nitouche, et en évitant les experts et les néo-Marlow, inscrire le roman dans un contexte contemporain, tant mieux.

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Non, Bill Rainbow n’ a pas de filiation revendiquée par rapport au personnage des romans de James Lee Burke dont à ce jour je n’ai pas lu les ouvrages. Mais la comparaison est flatteuse ! Il a plutôt une forte filiation avec le personnage de mon précédent roman ("Dernier parking avant la plage"), un homme fatigué, qui a commis pas d’erreur, fait bcp de conneries, souffert tout autant, mais qui laisse la porte ouverte sur une possibilité d’espoir et de partage avec une femme. Ce profil d’homme qui apprécie la vie (la bouffe, le jazz, l’amitié) mais est aussi au bord du gouffre sentimentalement et celui qui me touche le plus et m’intéresse. Un homme à sauver, ça a toujours été mon truc, depuis que j’ai vu SPELLBOUND à l’âge de 5 ou 6 ans sur la télé noir et blanc de mes parents.

Pourquoi San Francisco ?

Une idée de mon mari qui y a vécu. Il a pensé que cela serait plus fort que si je situais toute mon action dans les Vosges et à Nancy.

Les nombreuses références à Hitchcock (jusqu’à la scène de la douche), est-ce un moyen d’augmenter la tension du lecteur, le suspens ?

Ah, bon ? Il y a la scène de la douche ? Génial ! Je ne le savais pas. C’est formidable le "cinéma" que le lecteur peut se faire au travers d’une lecture, c’est magique, et c’est ce qui transcende le roman... Vous parlez sans doute de moment où Anne se douche en laissant la porte de la salle de bains ouverte ? Franchement, je n’y ai pas pensé une seconde. Mais vous oui, alors, c’est parfait !

Les références à Hitchcock m’ont amusé parce que pendant les repérages fait avec mon bébé et mon mari avec notre voiture de location en février 2008, nous y pensions beaucoup, nous sommes même allés jusqu’à la petite ville où le film LES OISEAUX a été tourné. Et puis, je pense, comme vous le dites justement, que cela donne de relief à certaines scènes comme dans celle située sur la falaise, une dimension dramatique et cinématographique qui apporte une palette d’émotions et de couleurs et permet toutes les combinaisons possibles au lecteur.
Si cela fonctionne dans le roman, j’en suis très heureuse.

Autre ingrédient original, vous avez choisi une héroïne "cuisinière de plateau télé". La nourriture est très présente. Faire saliver le lecteur, est-ce l’idée de départ ? Et n’est-ce pas un peu pervers de créer un personnage qui fait si bien la cuisine et ne peut pas en manger sans conséquence ?

Faire saliver le lecteur n’est pas l’idée de départ, mais une de mes intentions. Amener le lecteur jusqu’à l’envie de croquer dans ces plats, comme je le fais dans mon émission sur France Inter : il y a chaque semaine au milieu de l’émission une PAUSE RAFRAICHISSANTE avec une recette de cuisine... Je vois trois grands plaisirs à la vie : lire, manger, et faire l’amour.

J’ai travaillé pour une chaîne TV de cuisine (CUISINE.TV, j’ai participé à son lancement), là où j’ai rencontré Eric, le chef qui a concocté les recettes du roman. Je ne présentais pas les fiches cuisines mais j’étais aussi mal payée qu’Anne dans le roman !
J’ai toujours aimé cuisiner (tradition familiale, entre une mère Lorraine d’origine italienne et un père bordelais). Mais je sais aussi combien parfois l’on peut cuisiner sans "faim", sans désir, sans finalité, parce que l’on est sans amour... Cela est une réalité de la vie : la vie a ses perversités.

L’histoire des corbeaux, vous l’avez inventée ?

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Oui, en glanant ici et là des légendes autour de cet oiseau. L’idée d’introduire les corbeaux ne vient pas d’Hitchcock mais très simplement d’une rencontre faite sur la falaise lorsque j’ai fait mes repérages (vous trouverez les photos prises à cette occasion sur mon profil sur facebook - environs 30 photos commentées). Mon mari et moi avions stationnée la voiture sur le bas côté, nous regardions la mer, il y avait un vent terrible, un paysage magnifique, et soudain, sur notre gauche, à quelques mètres à peine, sur le terre-plein, deux corbeaux immobiles nous regardaient de leurs yeux noirs. Ils m’ont donné l’idée d’une malédiction, d’une menace, ils ont décidé de leur place dans le roman, et aussi de son titre définitif. Ils ne m’ont pas laissé leur numéro de téléphone, dommage...

Est-ce si bizarre de collectionner des disques de musique de film ?

Pour ceux qui n’en collectionnent pas, oui. Je fais ici référence à un ami dont l’appartement est une véritable grotte remplie de BOF. On trouve des pochettes de disques jusque dans les toilettes.

Vous racontez des histoires à la radio, vous écrivez des romans. Pourriez-vous en passer ?

Non. Cela fait partie de ma vie, de ma survie - et j’ajouterais aussi qu’écrire, c’est "sur-vivre".

Voir d’autres photos sur le compte facebook de Sophie Loubière


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