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La mort leur va si bien.
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Mort ou presque.
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Interview de Peter James
par Julien Vedrenne
Mise en ligne le Avril 2007 | 764 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Peter James est un romancier britannique globetrotter. En 2006, les éditions du Panama ont édité Comme une tombe, livre dont le succès a été récompensé par deux prix : le Prix polar international 2006 et le Prix cÅ“ur noir 2007. Il revient en mars avec La Mort leur va si bien qui signe ainsi le retour de son commissaire Roy Grace, premier policier de police qui admet avoir recours au paranormal quand il a l’impression de se retrouver dans une impasse.


Peter James, bonjour. Première question banale, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de bibliosurf.com ? Vos origines, votre parcours professionnel qui vous a amené, tranquillement, à écrire des romans noirs… [1]

Je suis sorti diplômé d’une école de cinéma à Londres en 1970 avec l’ambition d’écrire des romans et de réaliser des films – c’était un projet qui me tenait à cÅ“ur depuis mon plus jeune âge –, et je suis allé au Canada, où l’industrie du cinéma et des films TV en était à ses débuts. Mon premier écrit est venu lorsque j’avais 22 ans et que j’étais stagiaire pour un programme quotidien à la télévision pour les tout petits enfants, appelé Polka Dot Door, à Toronto. Un jour, l’écrivain de la série n’est pas venu et l’on m’a demandé d’écrire le scénario du jour – et j’ai fini par en écrire trois par semaine pendant un an. Ça a commencé par me rendre fou au bout d’un temps, mais c’était une bonne leçon de discipline ! J’ai alors commencé à travailler avec Bob Clark sur une série à petit budget de films d’horreur dont Children Shouldn’t Play With Dead Things et Deathdream, qui est maintenant un classique du genre et que j’ai produit en 1972. Mais, plus que tout, ce que je voulais c’était écrire des romans policiers – mais je pensais alors qu’il y avait de tellement bons auteurs policiers que le monde n’en avait pas besoin d’un supplémentaire ! C’est alors que j’ai lu un article de journal évoquant le manque de bons romans d’espionnage. J’en ai donc écrit un, appelé Dead Letter Drop, qui a été publié à mon plus grand étonnement. Pour ma plus grande stupéfaction, il ne s’est pas du tout bien vendu. J’en ai écrit deux autres – Atom Bomb Angel et Billionaire, qui ne se sont pas mieux vendus. Alors une de mes amis qui travaillait aux éditions Penguin m’a demandé pourquoi diable je m’évertuais à écrire des romans d’espionnage alors que je n’avais jamais travaillé dans les services secrets et que je n’avais aucune expérience en la matière. Elle m’a demandé d’écrire ce qui me passionnait et non ce que je pensais qui se vendrait ! Mes pensées sont donc revenues vers le roman policier. À peu près à cette époque, le fils de bons amis a été tué dans un accident de voiture dans le nord de la France, et ses parents ont commencé à aller voir un médium pour entrer en contact avec lui. Ça m’a donné l’idée de mixer deux univers que j’avais toujours eu à l’esprit : ceux du crime et du paranormal. J’ai écrit un roman, Possession, sur une mère qui va voir un médium pour contacter son enfant, mort dans un accident, et qui découvre qu’il a tué sa petite amie. J’ai été stupéfait de le voir devenir un énorme best-seller, devenant numéro un des ventes en Grande-Bretagne et traduit dans 23 langues. J’en ai alors écrit plusieurs qui mélangeaient suspense, crime et paranormal. Je me suis dirigé alors vers un genre plus conventionnel, le suspense. Il y a cinq ans, mon éditeur, Macmillan, m’a demandé si je voulais écrire une véritable série policière. J’ai sauté littéralement sur l’occasion, car c’était ce que j’avais toujours voulu faire. Comme une tombe a été le premier, et est devenu le livre pour lequel j’ai eu le plus de succès. Et puis La Mort leur va si bien est sorti et a fait encore mieux. Et j’ai trouvé un style qui me convient parfaitement et que j’aime.

Pouvez-vous raconter l’intrigue de Comme une tombe qui était, à mon sens, un roman à suspens avec une intrigue originale et qui a su rebondir tout au long de l’histoire, à la fois de façon surprenante et logique ?

Comme une tombe débute avec une blague innocente lors de l’enterrement d’une vie de garçon qui dérape : Michael Harrison va se marier dans quelques jours avec Ashley, sa fiancée. Mais Michael a toujours fait de très mauvaises blagues à ses amis avant leurs mariages, et ils ont décidé de les lui faire payer. Ils font la tournée des pubs, dans un van, le saoulent, et le mettent dans un cercueil avant de l’enterrer dans un endroit choisi au préalable, dans les bois, avec un talkie-walkie, un magazine porno et une bouteille de whisky. Ils ont planifié de revenir quelques heures après pour le déterrer. Malheureusement, peu après, ils sont victimes d’un accident de voiture. Trois d’entre eux meurent, alors que le quatrième se retrouve dans le coma. Mark, le meilleur ami de Michael et son associé dans les affaires, aurait dû être présent. Il a été retardé par une réunion et un vol retardé. C’est à sa sortie de l’avion, quand il rallume son portable, qu’il apprend la terrible nouvelle. C’est une Ashley en larmes qui lui parle de l’accident et lui rapporte que personne ne sait où Michael est. Mark réalise alors qu’il est le seul au monde à savoir où Mark se trouve. S’il se tait, il obtiendra la totalité des parts de l’entreprise qu’il partage avec Michael. Et un plus gros prix encore. La tragédie d’un homme est simplement l’heureuse fortune d’un autre. C’est simple comme la mort…

Avec La Mort leur va si bien, j’ai un peu l’impression que l’on assiste à un retour vers un certain classicisme. La structure du roman et aussi la narration du déroulement de l’enquête font de Roy Grace le personnage principal alors que dans Comme une tombe, tous les acteurs étaient au même niveau.

C’est vrai. Avec Comme une tombe, j’introduisais pour la première fois mon personnage de Roy Grace. Dans un certain sens, je me suis plus focalisé sur lui dans La Mort leur va si bien car de nombreux lecteurs l’avaient aimé, mais aussi parce que je ne voulais pas commettre l’erreur de refaire le même roman, alors dans chaque roman, Roy sera tour à tour un personnage central ou plus reculé, mais toujours un personnage important. Je pense que vous trouverez que la structure du troisième roman de la série "Roy Grace", Not Dead Enough, est encore différente.

Pourquoi donner à Roy Grace la possibilité d’avoir recours au paranormal – il est d’ailleurs assez amusant de constater que le paranormal est loin d’être une science exacte et qu’il peut amener Roy Grace dans de mauvaises direction – alors qu’il mène plutôt bien son enquête ?

Quand j’ai crée Roy Grace, je voulais obtenir quelque chose de foncièrement différent de ce qu’on trouvait ailleurs. J’ai décidé de lui donner son propre mystère qui resterait insoluble : ce qui est arrivé à Sandy, sa femme, disparue le jour de son trentième anniversaire. Mais aussi de lui donner un intérêt pour tout ce qui a trait au paranormal – un sujet que je maîtrise plutôt pas mal pour l’avoir étudié ces vingt dernières années. J’ai été très surpris, il y a quelques années, de découvrir que de nombreux officiers de police avaient recours aux médiums et aux voyantes, en dernier ressort, quand tout le reste a échoué. J’y ai été confronté en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis et en Australie, et je suis sûr qu’il en est de même dans de nombreux autres pays. En Angleterre, il y a le fameux cas du rapt de Leslie Whitte, que la police n’a pas pu retrouver avant qu’elle ne consulte une voyante, qui leur a dit exactement où se trouvait le corps. Aux Etats-Unis, le Pentagone, le vrai, a ses dossiers X-Files – et ils ont actuellement un département paranormal qu’ils gardent très secret. Et c’est aussi ce que font les polices du monde, elles les gardent secrètement pour ne pas s’exposer au ridicule – ce qui est ce qui arrive à Roy Grace lors d’une audience au tribunal, au début de Comme une tombe, quand la presse découvre qu’il a emprunté une chaussure dans les pièces à conviction, pour la montrer à un médium. Mais je n’utiliserai jamais le paranormal comme une méthode pour lui de résoudre un crime – j’aurais l’impression de tricher avec mes lecteurs.

On vous sent fortement imprégné par la vile de Brighton qui est aussi celle de Graham Greene, un auteur que vous appréciez, comme vous me l’avez confirmé lors de votre venue à Paris pour la remise du Prix cÅ“ur noir de Saint-Quentin-en-Yvelines. L’homme du Rocher de Brighton était connu pour ses intrigues originales et pour son aptitude à créer des puzzles aux multiples facettes. Pierre Bayard, dans son livre Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, lui consacre un chapitre intitulé « Dans la vie mondaine ». Il rappelle l’imbroglio dans lequel plonge Rollo Martins dans Le Troisième homme. Un écrivain pris pour un autre. Mais lui écrit de la littérature populaire, considérée comme bas de gamme, alors que l’autre est un auteur reconnu. Vous rappelez-vous cette scène ? Aimez-vous ces situations complètement absurdes ? Et comment vous placez-vous sur l’échiquier de la littérature ?

Mon Dieu ! Ça c’est une question ! Ou un groupe de questions ! Oui, j’ai été énormément influencé par Graham Greene, qui est vraiment mon auteur préféré, et Le Rocher de Brighton est un tel livre ! Et je pense qu’il a la fin psychologique la plus noire de tous les romans. Greene est capable de capturer Brighton et de nous la restituer exactement comme elle est encore aujourd’hui. Une merveilleuse cité avec une menace sourde et persistante. C’est ce que j’essaie de retranscrire dans tous mes écrits – bien que je ne prétende pas rivaliser avec mon Maître… Je me rappelle parfaitement la scène du Troisième Homme – un de mes films préféré (en partie parce que ma mère est partie de Vienne en 1938, ce qui me rattache plus particulièrement à cette ville, et en partie à cause de cette incroyable performance – la scène mémorable dans la nacelle –, que Roy Grace regarde au début de Not Dead Enough !!!). Et, oui, j’adore les situations absurdes. Une grande partie du plaisir que vous éprouvez à écrire des romans de suspense est que vous pouvez jouer avec beaucoup de ficelles avec vos lecteurs, si et seulement si vous respectez les règles. Comment je me place sur l’échiquier de la littérature ? Je suis un grand admirateur de Ian Rankin, et je lui suis régulièrement comparé, parce que, je crois, de manière un peu similaire, nous sommes assimilés à une ville, lui à Édimbourg, moi à Brighton. Et cette comparaison m’honore. Quand j’écrivais mes romans noirs sur fond de supernaturel, j’étais surnommé la réponse anglaise à Michael Crighton et à Stephen King. Maintenant, j’aimerais bien mieux être surnommé la réponse anglaise à Ian Rankin !!!

Pouvez-vous raconter vos péripéties dans la recherche de vos sujets de romans ? Vos rencontres, en Australie ou ailleurs, avec des membres de la police qui vous ont permis de trouver des sujets ?

Je passe un jour toutes les deux semaines, deux semaines et demie, sur place avec la police, que ce soit dans une voiture, sur la place d’un crime ou dans un bureau, essayant d’en apprendre un peu plus sur la police (ils voient vraiment le monde de façon différente), et de rester à jour dans les évolutions de leurs méthodes et de leurs techniques, afin d’avoir des idées pour mes personnages et mes crimes. Et il semblerait que quoi que j’invente en tant qu’écrivain, quelque part, dans le monde du crime, ça c’est déjà passé… Pour mon quatrième roman avec Roy Grace, que je suis encore en train d’écrire, j’ai une scène où le niveau d’une rivière en dehors de Melbourne est en train de baisser, ce qui révèle une voiture. À l’intérieur du coffre de cette voiture, se trouve le corps d’une femme. En janvier, j’étais à Melbourne. Je raconte cette partie de l’histoire à un groupe d’inspecteurs qui m’avaient gentiment invité dans leurs bureaux. Ils me regardent étonnés, et me racontent que c’est arrivé il y a deux semaines ! Ils m’ont emmené voir la rivière, la voiture et la morgue où se trouvait le corps (vous pouvez voir quelques photos sur le blog de mon site : www.peterjames.com).

Allez-vous continuer la série des « Roy Grace » ou bien allez-vous explorer d’autres horizons ? Quand est prévu, en France, le troisième roman ?

J’aime écrire cette série et je projette de continuer au rythme d’un roman par an, pour un futur proche. Cela dit, je n’exclue pas d’écrire d’autres romans dans le même temps. J’en ai un sur un dessinateur de bébés, qui avance lentement et qui n’est pas encore près d’être fini. Mon troisième roman de ma série, Not Dead Enough (je ne sais pas encore son nom en français), sera publié en mars 2008.

Quelles sont vos références littéraires et cinématographiques ? Vos romans restent très visuels et leur déroulement se prête idéalement à la réalisation d’un film. Est-ce d’actualité ?

J’ai grandi avec un régime à base de romans et de films. J’étais un dévoreur de films depuis tout petit – et j’ai vraiment été influencé par la Nouvelle Vague française avec des réalisateurs comme Jean-Luc Goddard, Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, Claude Chabrol, François Truffaut, Jean Renoir, qui ont par ailleurs réussi, à certains moments, de merveilleux thrillers mélangés à une profonde pensée intellectuelle. Et c’est vraiment ce que je veux faire, des thrillers, mais des romans qui font que mes lecteurs pensent le monde différemment. Je pense que le roman noir est la genre idéal aujourd’hui pour explorer, examiner et transposer le monde dans lequel nous vivons. Je n’écris pas dans le but de transposer mes films au cinéma. J’écris plutôt, du moins je le pense, avec la compréhension du comment un film peut appréhender le plaisir qu’il va donner aux spectateurs. Je pense qu’il y a une très grande similitude entre le fait de tourner une page d’un roman et un film qui vous accroche. Et le premier point pour les deux est de réussir à présenter de grands personnages. Sans personnages à soigner, il n’y a rien. Un de mes plus grandes influences du genre est Elmore Leonard. Actuellement, je ne pense pas qu’il se caractérise par l’ingéniosité de son intrigue, en revanche, c’est un génie en matière de personnages. Vous pouvez avoir un de ses personnages qui lit l’annuaire du téléphone pendant trois cents pages, et vous restez scotché. Ça c’est de l’écriture !

Portfolio

Notes

[1] questions traduites en anglais par Anne Vaudoyer





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