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Comment est née l’idée des Coureurs de Nuits ?
L’idée des coureurs de nuits est venue après un reportage que j’avais effectué dans mes jeunes années et qui était toujours resté gravé dans ma mémoire. Il s’agissait d’une enquête sur l’agence Coutot, une agence des généalogistes spécialisés dans la recherche d’héritiers. Il arrive en effet que des gens très riches meurent sans aucune famille connue. Les limiers de l’agence Coutot cherchent alors un héritier (Parfois un cousin jusqu’au sixième degré) le dénichent, et lui annoncent alors sa bonne fortune …tout en percevant leur écot au passage. C’est sur ce canevas que repose l’intrigue du premier épisode des coureurs de nuits, “ Le trésor du Magounia ” dans lequel on découvrait Saint sauveur, coureur de nuits au service d’une organisation , l’œuvre, dirigée par un homme mystérieux, Foch, dont le but est de faire de l’argent, quel que soit le moyen utilisé.
La caractéristique des coureurs de nuits est qu’ils sont tous orphelins, qu’ils ont tous fait de la prison et qu’au cours de leurs enquêtes, conformément aux directives de Foch, ils ne collaborent jamais avec la police. ( diktat qui ,bien sûr, soufre des exceptions…)
L’Ogre des Landes est un peu une parabole sur l’écologie, le retour à la nature mais également sur les dérives que cela pourrait entraîner.. Êtes vous d’accord sur cette analyse ?
Pour mes polars, je m’inspire évidemment de tas de situations que j’ai pu observer au cours de ma carrière de journaliste. J’ai ainsi pu constater que l’écologie, une belle idée certes, était effectivement parfois une porte ouverte à des délires d’ordre sectaires particulièrement dangereux.
Le personnage de Zinoviev est-il sorti de votre imagination ou avez-vous emprunté à des personnes existantes ou ayant existé ?
Le personnage de Zinoviev est, comme beaucoup des personnages que je fais intervenir dans mes romans, une sorte de synthèses de types que j’ai pu croiser au cours de mes reportages, en y ajoutant des images qui m’ont frappées au cours de mon enfance. Ainsi, je me souviens que, tout môme, j’avais vu un film “ les chasses du comte Zaroff ” qui mettait en scène un type qui chassait des proies humaines à l’arc…
Le personnage de Heinrich, savant fou, est-ce une transposition de ces entraîneurs de l’ex Allemagne de l’Est, qui n’hésitaient pas à employer tous les moyens pour faire gagner leurs athlètes (les athlètes n’étant que des pions, car ils ne pensaient qu’à la gloire de leur pays) ?
En ce qui concerne Heinrich, son personnage est né d’un reportage sur le dopage dans le sport que j’avais effectué en ex Allemagne de l’Est, juste après la chute du mur. J’avais été extrêmement impressionné de constater à quel point le dopage en RDA était une véritable industrie d’état, et je me suis toujours demandé ce qu’était devenus les “ chefs dopeurs ”. Il se trouve que, comme par hasard, beaucoup d’entre eux avaient été recyclés en occident.
Les traits son forcés, l’histoire aussi. C’est délibéré ou simplement un jeu afin de connaître vos limites dans les intrigues ?
Vous parlez de traits forcés concernant certaines de mes intrigues et je pense que vous n’avez pas tort. Il se trouve que durant une grande partie de ma vie, j’ai été tenu ( ligoté) par le réel et l’écriture d’un roman est effectivement pour moi l’occasion d’en faire exploser les limites, de les faire voler en éclats tout en m’efforçant de conserver un fond et un sens. Il se trouve à ce sujet que j’ai souvent constaté, suivant le vieil adage, que le réel dépassait souvent la fiction. C’est sans doute la raison pour laquelle je tente souvent, tout en respectant l’intrigue, de repousser les limites le plus loin possible. Cela peut effectivement devenir un jeu pour moi d’inventer des intrigues les plus folles, les plus délirantes, avec le plus de coups de théâtre et d’originalité possible, tout en respectant un fond réaliste.
La Traque des Maîtres Flamands contient de très nombreuses références à des peintres. Ceux-ci ont véritablement vécus au XIVème siècle. Derrière l’histoire, y-t-il un gros travail de recherche ?
Avant de me lancer dans l’écriture d’un roman, j’effectue toujours un travail de recherche et je me rends systématiquement sur les lieux que je vais décrire. Toutefois, je ne me sens pas prisonnier de ce que j’ai observé. Ainsi, dans “ les maîtres Flamands ” par exemple, toutes les toiles que je décris existent et j’ai pu en contempler un grand nombre dans les musées de Bruges. Mais le bordel que j’ai mis en scène à l’intérieur de la ville, hélas, n’existe pas. J’ai du me contenter de visiter ceux, un peu sordides (mais bourrés de filles bien bandantes tout de même…) qui se trouvent à la périphérie.
Comment travaillez vous ? Avec de nombreuses notes, des repères ou vous laissez vous emporter par les personnages ?
Avant de me lancer dans l’écriture d’un livre, j’observe toujours le même sorte de rituel : J’imagine d’abord l’intrigue, me laissant complètement aller à mon imagination, à mes envies, voire à mes fantasmes. Puis, je cherche dans l’histoire des choses qui peuvent ressembler à ce que j’ai mis en place. Par exemple, dans mon dernier roman ( celui que je suis actuellement en train d’écrire) j’ai imaginé qu’un village situé au bord du Verdon avait été condamné et englouti pour permettre la construction d’un lac artificiel et d’un barrage, entraînant un traumatisme et des conflits au sein des habitants. Ensuite, en cherchant, j’ai découvert que c’était exactement le cas du village des Salles Sur Verdon dans les années 60. J’ai donc été voir sur place pour respirer, sentir, et cueillir quelques anecdotes afin de nourrir et d’enrichir l’histoire que j’avais imaginé au préalable, sans chercher à coller à la “ vraie ” réalité. Comme dit Foch, le patron de l’œuvre et des coureurs de nuits, “ Lorsque le vrai est faux, c’est que le faux est vrai ”.