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Pourquoi, ce titre "Des gens bien" (Good people) ?
En fait, c’est à ce jour le titre que je préfère. Je trouve qu’il englobe tant de choses… Ce que j’adore c’est que tout le monde, depuis ce couple sans histoire , mes protagonistes, jusqu’aux voleurs et aux trafiquants de drogue qui les pourchassent, tous se considèrent comme des « gens bien ». Nous sommes tous les héros du film de notre vie.
Peut-on construire une vie sur un mensonge ?
Je pense qu’une vie pourrait être construite sur un mensonge, mais que justifier ce mensonge deviendrait votre activité principale dans cette vie.
Les mensonges, surtout ceux que l’on destine aux personnes que l’on aime, ont tendance à croître et proliférer. Le mensonge originel finit par être consolidé par des quantités de mensonges plus petits. Le tout devient chaotique et répugnant. Et il peut bien sûr fournir le matériau d’un type de fiction plutôt addictif…
Trois "couples" et un enquêteur solitaire, cela permet de créer de l’affrontement, de la tension, et des retournements. Est-ce le déséquilibre idéal pour la fabrique d’un thriller ?
Je ne sache pas qu’il existe un équilibre « idéal » dans le domaine. J’ai lu des thrillers formidables basés sur un personnage, et d’autres qui en ont des dizaines. Ce qui est fondamental, c’est que quelque soit le nombre de personnes impliquées, ils veulent tous désespérément quelque chose , et que leurs désirs respectifs entrent en conflit.
En d’autres termes, faites prendre le départ à autant de personnes que possible, donnez leur à tous pour but la même chose, et faites en sorte qu’en chemin ils se combattent.
Pourquoi avoir placé la scène culminante de l’affrontement entre les trois "couples" dans un centre commercial ?
Il y avait un certain nombre de raisons. D’abord j’ai pensé que la banalité intrinsèque du lieu, et son caractère commercial, étaient vraiment intéressants. Voilà des gens qui se battent pour ce qui a le plus de valeur à leurs yeux , et ils le font dans un endroit vraiment de la vie de tous les jours, mais aussi un endroit extrêmement matérialiste.
La deuxième raison est d’ordre pratique. Je me suis dit, si j’étais l’un des méchants et que je devais choisir un endroit pour agir, lequel choisirais je ? Il faudrait que ce soit un lieu assez fréquenté pour que les gens se sentent en sécurité , mais qui pour autant me garantirait une liberté de mouvement et l’anonymat de la foule. Le centre commercial m’a semblé parfait.
En quatrième de couverture d’édition française, on peut lire un commentaire très élogieux de Dennis Lehane que j’approuve « Une intrigue qui va à cent à l’heure, une vraie tension, un immense plaisir de lecture : Marcus Sakey donne une décharge électrique au monde du thriller. ». Ecrire un thriller, cela s’apprend, produisez vous un artefact, ou ces chocs électriques que vous avez envoyés au monde du thriller proviennent-ils d’une source naturelle, de l’inné ?
Cet éloge de Dennis a été pour moi l’un des événements marquants de l’année. J’admire profondément son travail. Il a vraiment été l’un des écrivains qui m’ont donné envie d’écrire des thrillers.
Pour ce qui est d’apprendre à en écrire, il y a vraiment des choses que l’on peut apprendre. Comme dans tous les métiers, il y a de nombreuses ficelles et mieux vous les maîtrisez, plus le résultat final est puissant. Ceci dit, Je pense qu’apprendre à écrire dans n’importe quel domaine représente une implication personnelle de longue date. Il vous faut avoir été de tout temps un amoureux de la chose écrite. Il vous faut avoir lu pendant des décennies. Ce n’est pas comme se mettre à un hobby.
Si certains parmi les lecteurs de Bibliosurf sont désireux d’apprendre quelques ficelles que j’ai utilisées, il y a un certain nombre d’ articles sur mon site : http://marcussakey.com/writers.php
Joseph Bialot, un auteur français, dit qu’un bon roman noir, c’est un livre que l’on arrive pas à refermer jusqu’à la dernière page, et que l’on oublie aussitôt terminé. Partagez-vous cette affirmation ?
Je pense qu’il y a deux sortes d’écrits : le bon et le mauvais. Parler de roman « noir » ou y coller une étiquette de genre ne fait qu’embrouiller les choses. Si quelque chose vous émeut , vous fait réfléchir, vous force à retenir votre respiration et vous hante longtemps après que en avez achevé la lecture, c’est réussi . Quelque soit ce que nous écrivons, je pense que c’est ce résultat que nous essayons tous d’atteindre.
Ecrivez-vous des romans policiers parce que vous n’avez pas trouvé la fortune dans votre cave ?
Hé, Bernard, mais c’est ma façon à moi de creuser pour trouver le trésor. Un coup de pelle après l’autre. Et c’est tout ce que j’aime.