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envoyer par mail à un amipubliée en octobre 2004 sur mauvaisgenres.com
Pourquoi avoir écrit la Grosse ?
L’expression « un bon gros » m’a toujours énervée. Un jour, j’ai imaginé
une grosse, une femme forcément, qui ferait quelque chose de mal sans
qu’on se méfie d’elle. Et puis le personnage a évolué après que j’ai lu un
article de Poirot-Delpech sur le cas d’une Allemande que l’administration
de la poste avait refusé d’embaucher à cause de son poids. Entre temps,
j’avais rejoint un des ateliers d’écriture de l’association Filigrane. Ã
l’époque j’écrivais des nouvelles, j’aime bien ce genre de récit.
Lors d’une séance, l’animateur nous a proposé de commencer une nouvelle « policière ». Le nom et le personnage d’Eva ont surgi. Mon début m’a plu et j’ai continué le récit à la maison. La grosse a donc d’abord été une « grosse » nouvelle d’une trentaine de pages. Puis les critiques des amis aidant, j’ai compris qu’il y avait matière à roman.
Comme d’autre part on m’avait dit qu’en France, les
éditeurs ne publiaient des nouvelles que si l’auteur était déjà connu par
un roman, je me suis lancée le défi, pour un jour pouvoir peut-être
publier mes nouvelles.
Eva est horrible : elle est de mauvaise foi et s’arrange facilement
avec sa conscience ! Pourtant, elle nous ressemble beaucoup. Qu’en
pensez-vous ?
Vous faites les questions et les
réponses ! Nous sommes tous, comme elle, de mauvaise foi, la nôtre !
Chacun se donne les meilleures raisons pour « s’arranger avec sa
conscience ». C’est naturel, sinon, comment pourrait-on se supporter avec
nos petites mesquineries de tous les jours ? Dans ce cas, il vaut mieux
penser que ce sont les autres qui ont tort. D’ailleurs, je n’ai rien
inventé : voir la pièce de Pirandello « Chacun sa vérité ».
L’enchaînement des crimes a-t-il été facile à trouver ?
Il n’y a pas que le meurtre pour se débarrasser de quelqu’un. Et au bout
d’un moment, une série de meurtres, ça devient fastidieux pour l’écrivain.
J’ai cherché des solutions plausibles, et donc j’ai imaginé des jeunes
filles dont le caractère et le comportement permettraient à Eva de trouver
une solution qui ne soit pas forcément l’assassinat : par exemple le
chantage au suicide pour une névrosée ou le mariage pour une midinette.
Eva n’est pas une tueuse en série, elle déteste le sang, la mort. Elle
veut juste écarter ou faire disparaître l’obstacle qui l’empêche
d’atteindre son but. Si le receveur l’avait embauchée, elle n’aurait
jamais commencé à tuer.
Avez-vous lu Le Couperet dans lequel Donald Westlake met en scène un
personnage qui se débarrasse aussi de ses rivaux pour obtenir un poste ?
Un ami m’a prêté ce livre cet été après avoir lu La grosse. Je ne le
connaissais pas. Je lis très rarement des polars américains. J’ai bien
aimé. La fin, surtout, m’a surprise. Dans la vie, ça doit se passer comme
ça plus souvent qu’on ne le pense : le coupable n’est pas arrêté.
D’ailleurs on m’a reproché de ne pas avoir assez puni Eva.
Les retours de vos lecteurs sont-ils toujours les mêmes ?
Le retour qui revient tout le temps c’est : une fois qu’on commence, on ne s’arrête plus, on veut savoir comment ça va finir.
On m’a dit aussi souvent qu’il fallait un certain temps (les dix premières pages) pour entrer dans l’histoire. Les lecteurs veulent-ils du sang dès la première ligne ?
Après, chacun voit ce qui l’intéresse. Par exemple « la revanche sur les habitants de la ville », il n’y a que vous qui en avez parlé. Beaucoup de personnes ont bloqué sur la scène de la douche. Les lecteurs ont également aimé entrer dans l’intimité de la vie d’Eva, dans ses pensées, dans son quotidien. Et ça, j’ai aimé l’écrire.
Beaucoup de lecteurs pensent également que la mère d’Eva est méchante (ils ne le disent pas d’Eva d’ailleurs !). Pour moi, elle n’est pas méchante, elle adore sa fille. Mais des malentendus ont creusé un fossé entre elles.
Mais en gros les lecteurs se divisent en deux groupes : ceux qui aiment Eva et ceux qui la détestent.
J’ai été très étonnée que personne ne me parle du meurtre de la mère. Un sacré pas dans l’horreur pourtant. Mais un commissaire de police a dit un jour lors d’une interview que 10% des accidents domestiques sont des crimes déguisés ; la police le sait mais ne peut rien faire.
On a aussi souligné le
côté « humour » de certaines scènes.
écrivez-vous un journal intime ?
Non. J’en ai fait un à l’adolescence mais en pointillé.
Comme tout le monde, je crois. Aujourd’hui, je regrette de l’avoir perdu
(ou détruit je ne sais plus).
D’où vient votre envie d’écrire des histoires…
ça date de l’époque où je corrigeais des copies d’étude
de texte pour le Cned. J’adorais les corrigés types que rédigeait Gérard
Farasse, professeur à l’université du littoral (dans le Nord). Il avait
une façon d’expliquer les images, de faire comprendre la beauté des mots,
leur utilité, qui m’a poussée à m’y essayer à mon tour.
… pour les autres ?
J’ai toujours raconté des
histoires aux enfants de mon entourage (j’ai commencé à travailler comme
institutrice en maternelle). J’adore ça. Pourtant je n’écris pas pour eux
!
Pourquoi avoir choisi Liv’éditions pour éditer votre roman ?
En 2000, j’ai envoyé le manuscrit une première fois à une vingtaine de maisons d’éditions, sans résultat. Quelques-uns m’ont conseillé de travailler le style, ils avaient raison. J’ai retravaillé le texte et fait un nouvel envoi fin 2002 (encore une autre vingtaine d’éditeurs sélectionnés dans une liste « spécialistes de romans noirs », liste que j’avais trouvée dans la revue « écrire et éditer » ). Liv’éditions a été le seul à répondre positivement. J’ai discuté au téléphone avec Lionel Forlot, j’ai été voir leur site sur Internet. ça m’a plu.