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Spécial dédicace Bibalou il s’en fout Le Rire d’Olga C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du blanc

Interview de Lilian Bathelot

par Pascale Doré
Mise en ligne le Septembre 2007 | 725 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

« L’important, c’est de raconter des histoires ou d’en lire, de partager un peu d’humanité, se retrouver dans l’autre, dans son regard, dans ses espoirs, ses colères, ses doutes. L’important c’est de se sentir moins seul, que le livre soit un lien, que soit partagé ce qui loge au profond et qu’on ne sait pas communiquer autrement qu’en inventant ou en lisant des histoires. »


Jusqu’à présent on vous connaît comme auteur de romans noirs – la « trilogie sétoise », « Le rire d’Olga »â€¦â€“ de littérature jeunesse – « Zinédine et Marion », « Bibalou il s’en fout »â€¦â€“ et de théâtre – « Le trésor des Six Reines ».

Avec « C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc », vous faites une incursion dans le domaine de l’anticipation, c’est venu comment ?

Cette histoire de genre m’assomme.

Moi, je ne connais que deux genres de livres : ceux qui m’entraînent jusqu’au bout avec enthousiasme ; et ceux qui me tombent des mains. Et quand je commence un roman, je ne me pose pas la question de savoir ce qu’il sera une fois fini, je n’écris pas un polar, un S.F., ou un anticipation, j’écris simplement une histoire.

Mais à la fin, il se trouve que d’autres la mettent dans des cases. C’est une manie, les cases.

Dans cette manie de saucissonner l’édition en tranches spécialisées, la littérature perd beaucoup. Et l’esprit aussi.

Car je ne crois pas que de proposer (ou de rechercher) dans un genre donné, des livres aussi semblables entre eux qu’il est possible, soit bon pour l’ouverture d’esprit – c’est à dire pour l’esprit tout court.

L’important, c’est de raconter des histoires ou d’en lire, de partager un peu d’humanité, se retrouver dans l’autre, dans son regard, dans ses espoirs, ses colères, ses doutes. L’important c’est de se sentir moins seul, que le livre soit un lien, que soit partagé ce qui loge au profond et qu’on ne sait pas communiquer autrement qu’en inventant ou en lisant des histoires.

A bas les genres !

Ce roman de science-fiction écologique, altermondialiste en diable, fait la part belle aux « peuples premiers »â€¦

Je voulais parler des cultures premières, de ce qu’elles peuvent nous apporter, des visions du monde dont elles sont riches. Vous savez, les peuples premiers commencent à redresser la tête. Ils retrouvent une certaine autonomie, retrouvent aussi la fierté de leurs racines, de leurs cultures, de valeurs très différentes de celles de l’industrie et du commerce mondialisés.

Les Inuits font partie du nombre. On a beaucoup à apprendre d’eux. Beaucoup.

On reconnaît souvent aux africains le sens de la musique, aux aborigènes celui de la peinture par exemple. On fait même des musées des arts premiers.

Mais il reste à découvrir les philosophies de ces peuples.

Les arts premiers sont reconnus par l’Occident, en partie, parce qu’on peut en faire commerce, qu’ils peuvent nourrir d’une manière ou d’une autre la civilisation industrielle.

En revanche, on ne reconnaît pas la valeur des philosophies des nations premières parce qu’elles sont aux antipodes, très souvent fondées sur des valeurs opposées exactement à celles qui fondent la supercherie du monde moderne.

Si les philosophies nous aident à ouvrir les yeux... notre monde s’écroule.

Alors, on les ignore, on les rejette sans chercher à comprendre dans le sac des visions primitives du monde.

Mais les philosophies des Indiens d’Amérique, des Aborigènes d’Australie, des Inuits, et d’autres, existent. Elles nous montrent que d’autres mondes sont possibles.

C’est sans doute en partie pour tout cela que j’ai placé l’intrigue au Groënland.

Et puis, cet univers est fascinant.

Rien qu’en regardant les cartes du Groenland, lorsque je préparais ce livre, je partais en voyage. Ce pays est beau, sauvage, incroyable. Il façonne des femmes et des hommes fascinants. Des hommes et des femmes dont l’esprit a permis de vivre dans cet environnement incroyablement difficile, depuis des milliers d’années, sans métal, sans textile, sans végétation, sans presque rien, en mettant à profit des ressources minuscules.

Oui, les cultures premières ont beaucoup à nous apprendre. Et c’est une fête d’apprendre cela…

Il est difficile de refermer ce livre sans se dire « déjà ? ». Alors, si on vous demande « encore » que répondez-vous ?

Je ne réponds pas… Je déguste !

Et j’en profite pour dire que je travaille à la suite de « C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc », que j’avais envie d’écrire depuis que j’ai terminé le premier volume.

L’univers qui est brossé dans l’Inuit est encore riche de ressources, les ressorts de l’intrigue restent pleins d’énergie. Les Nations premières qui parviennent, en puisant dans leurs racines, à ouvrir une alternative à l’impasse de notre monde, c’est plein de souffle, ça.…

Cette suite est vraiment naturelle.

Et puis, il reste encore beaucoup à faire à Kisimii, qui n’a pas la partie facile. Mais cette fois, pour une partie du livre, – l’autre se passe au Groënland, comme le premier volume – elle va faire un tour vers d’autres territoires. Chez les Aborigènes d’Australie, dans un monde riche d’une culture de 40 000 ans… Et d’un avenir lumineux au pays du Rêve.

Votre vision de notre société future fait froid dans le dos. Direz-vous que vous êtes un pessimiste forcené ou un voyant extralucide ?

Ouak ? Pessimiste ?

Je ne vois pas d’espoir plus lumineux que celui que l’on trouve dans l’Inuit !

Je crois que la proportion de « bon » et de « mauvais » chez l’humain reste identique depuis l’aube des temps. Je nourris mes histoires de ces deux facettes. En tâchant d’éviter les simplifications.

Parce que j’aime bien cette idée qu’en dessinant la ligne de partage entre le bien et le mal, on ne divise pas l’humanité en deux groupes distincts, mais que cette ligne traverse chaque homme et chaque femme, où les deux cohabitent.

Je tâche de rendre ça dans mes histoires, j’imagine.

C’est pour ça que vous me traitez de voyant extralucide ? C’est une insulte ? (rires)

Qu’est-ce qui vous a séduit chez ce nouvel éditeur jeunesse « Le Navire en Pleine Ville » ? L’envie, pour vous, d’embarquer vers une nouvelle aventure ?

Le Navire est vraiment une belle maison d’édition. Leur exigence et leur travail sont admirables.

Dès que Hélène Ramdani m’a expliqué comment elle voyait sa maison, j’ai eu envie de faire partie du voyage. De participer parmi les premiers à cette aventure.

Bien sûr, le Navire reste (encore) un petit éditeur. Mais si l’Inuit n’est pas (encore !) un phénomène de l’édition, l’accueil a été excellent du côté des critiques et des libraires, comme de celui des bibliothèques et des lecteurs.

Et grâce à eux, nous allons titiller les bulldozers de l’édition sur de nombreux prix littéraires.

Oui, c’est une aventure vraiment sympathique. Et puis, il y a les petites pépites de la vie, comme par exemple ce jour où nous avons reçu le CD d’une chanson de FranSko directement inspirée par « C’est l’Inuit… ». Une très belle chanson pleine d’émotion (que l’on peut écouter sur le site du Navire).

Pour finir, pouvez-vous dévoiler un peu de ce que sera votre actualité pour l’année à venir ?

Côté écriture, la suite de « C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc », toujours au Navire bien sûr. Un bonheur.

Puis, la « trilogie sétoise » qui reparaît aux éditions Jigal, dix ans après leur première sortie. Ça aussi, c’est un autre bonheur…

Jigal a eu une réflexion intéressante sur la trilogie, et ils la proposent dans un ordre différent de celui d’origine, qui suivait tout bêtement la chronologie d’écriture. Là, la couleur de chaque titre est prise en compte. Cette démarche n’est évidemment possible qu’en réédition. Et je trouve le choix pertinent.

Sortie de « Spécial dédicace », premier volume nouvelle mouture, en Octobre 2007.

Voilà pour le volet « parution », mais on n’est pas à l’abri de surprises…

Sinon, l’actualité, c’est aussi la pièce « Le Trésor des Six Reines » (jeune public), dont la tournée commence sa deuxième saison (2007/2008 – Compagnie de l’écharpe blanche), et je crois qu’il ne reste que quelques cases disponibles pour ceux qui voudraient la programmer dans leur ville.

Pour aller + loin avec Lilian Bathelot


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