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Interview de Leif Davidsen

par Bernard Strainchamps
trad. de l’anglais par Jeremy Marnham
Mise en ligne le Novembre 2007 | 1325 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Je pense que dans un roman, on peut à travers des personnages réalistes faire le portrait d’une époque et de faits historiques d’une manière plus complète et plus véridique. Je trouve souvent qu’un bon roman est une meilleure façon de faire comprendre les complexités de la vie et de la politique contemporaines.



Photo d’Ulla Davidsen

Le père de Marcus est un écrivain à succès qui connaît bien la Russie, pays dans lequel il a séjourné comme espion durant la période soviétique. Dites-nous ce qui vous différencie de ce personnage ?

Tout d’abord, j’habite au Danemark et non dans le sud de la France et nos regards sur la vie ainsi que nos styles de vie diffèrent beaucoup. Par exemple, je suis marié à mon épouse depuis 28 ans ce qui est au niveau personnel une grande différence. J’ai été journaliste en Union Soviétique ainsi qu’en Russie, mais jamais un espion. Evidemment, un écrivain s’inspire toujours de ses propres expériences, mais les filtre ensuite pour ne pas que cela devienne une autobiographie mais plutôt de la littérature. Le père de Marcus est le fruit de mon imagination et non un personnage de roman à clef.

Vous avez été journaliste avant de devenir écrivain. Que permet le roman que ne permet la presse dans le traitement de faits historiques récents ?

Je pense que dans un roman, on peut à travers des personnages réalistes faire le portrait d’une époque et de faits historiques d’une manière plus complète et plus véridique. Je trouve souvent qu’un bon roman est une meilleure façon de faire comprendre les complexités de la vie et de la politique contemporaines. En bref, un romancier est capable de se mettre dans la peau des gens. Il peut s’agir d’une femme amoureuse ou d’un terroriste haineux. En observant, en comprenant et en transposant en littérature les personnes et les évènements, le romancier transcende le journalisme et si cela fonctionne bien, on le lira durant des années. Ce n’est pas comme le journalisme qui bien souvent disparaît et devient obsolète. Je trouve que l’art du roman est bien utile pour former des idées et pour comprendre nos vies aujourd’hui.

Le lecteur voyage beaucoup dans vos romans. Cette fois-ci, en plus de la Russie et du Danemark, vous nous « promenez » en France et au Japon. « On s’y croirait ! » Est-ce du vécu ? Aimez-vous le sud de la France ?

Oui aux deux questions. J’aime beaucoup la France, y compris le sud et j’aime voyager en France. La recherche et le voyage sont très importants pour moi et je voyage beaucoup avant et pendant l’écriture d’un roman. Je ne sais pas et ne veux pas écrire sur des endroits que je n’ai jamais visités.

L’Epouse inconnue est certes un thriller. Toutefois si Marcus cherche à découvrir qui est cette femme avec laquelle il vient de vivre 10 ans, ce récit est moins une course poursuite effrénée qu’une savante décomposition d’un personnage pourtant si sûr de lui. Pourriez-nous vous dire comment vous avez construit ce roman et ce personnage ?

Pas vraiment, car je ne les vois pas comme une construction. Je vois peut-être le roman comme un polar, mais aussi comme une histoire d’amour ainsi qu’une fable moderne sur la vie contemporaine. Cela ne m’intéresse pas vraiment de savoir de quel genre il s’agit. Je suis avant tout intéressé par mes personnages et je suis donc très heureux que vous ayez remarqué l’importance de la construction de Marcus. Tous mes romans ont débuté de la même manière. Je commence avec un personnage, dans ce cas Marcus, mais je ne connais quasiment rien de l’histoire. Je ne prépare pas de trame à l’avance. Cela se développe au cours de l’écriture. Tout ce que je savais en débutant le roman, c’est que Marcus et Nathalie iraient en Russie et qu’elle disparaîtrait. Mon épouse et moi avons fait une ballade en bateau comme Marcus et Nathalie il y a quelques années, et j’ai pensé à ce que je ferais si ma femme disparaissait. Je savais aussi que Marcus était un businessman moderne, un de ces troupes de choc de la mondialisation, -et j’ai souvent rencontré ce type de personnes durant mes voyages ainsi qu’ici au Danemark -, mais le développement du personnage n’est venu comme les autres qu’au cours de l’écriture : Sacha, le petit garçon, le père et le magnat russe qui l’aident au début, tous les autres personnages du roman.

Avez-vous l’espoir que le conflit entre les Russes et les Tchétchènes finisse par trouver une résolution positive ?

Non, j’ai bien peur que non. Vous aurez peut-être une absence de guerre directe, mais ça ce n’est pas la même chose que la paix. La haine est trop profonde des deux côtés pour trouver une solution. Non, donc. Ce sera une blessure ouverte pour des années à venir malheureusement.


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